‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 64 sur 261 · LES LEGENDES DES GRECS D'ASIE · texte numérisé non relu

LES LEGENDES DES GRECS D'ASIE

Helicouios au Panionion de Mycalc ; il est possible que les Achéo-Eoliens du littoral mysien se soient associés entre eux de la même manière. En tout cas, il y eut bien certainement dans ce groupe de colonies une communauté de souvenirs, d'abord inconsciente, dont la poésie ne tarda pas à s'emparer. Une bonne partie de ces fugitifs venaient du Péloponnèse. Le dernier grand souvenir qui leur était resté du pays natal, c'était celui de la brillante civilisation achéenne d'Argos et de Mycènes, dont Tiniage idéalisée denieurait empreinte à jamais dans leur esprit. Les Achéens de Lesbos et de la Mysie, qui, sous les descendants d'Agamemnon, formaient à Torigine le groupe le plus homogène, gardaient ce souvenir avec un attachement particulier; mais les Ioniens, leurs voisins, n'avaient aucune répugnance à s'y rallier, car leurs pères avaient été associés à cette puissance. Donc tous ces Grecs d'Asie étaient des (irecs d'avant la conquête dorienne. Comme nos réfugiés français du xvii® siècle après la proscription religieuse de Louis XIV, ils gardaient quelque chose d'antique et vivaient en imagination dans le passé, ce qui ne les empêchait nullement d'ailleurs d'appliquer leur intelligence pratique aux choses du présent. Au milieu même de leurs discordes, les traditions conservées et aimées étaient leur signe de ralliement. D'ailleurs ils les enrichissaient et les élargissaient par des mélanges incessants. On trouvait en Eolide des Béotiens à coté des Achéens; en lonie, à coté des anciens habitants de l'Egialée péloponnésienne, on trouvait des Abantes, des Minyens, des Cadméens, des Dryopes, des Phocidiens, des Arcadiens, des Epidauriens, des Pyliens. La nouvelle Grèce d'Asie fut comme le creuset où se lit la fusion de leurs légendes; il s'y forma, pour

8'i CHAPITRE PREMIER — T.ES ORIGINES

ainsi parler, un large Achéisme, qui fut la première forme de THellénisme.

De plus ces hommes intelligents et énergiques eurent l'avantage, fruit de leur malheur môme, de se trouver en contact avec des peuples différents. Les Ioniens durent, pour s'établir à l'embouchure du Méandre, faire une rude guerre aux Cariens, tribus asiatiques, que la science moderne tend à rattacher à la race Kouschite, et qui avaient eu par leur étroite alliance avec les Phéniciens une période de gloire et de puissance*. Les Achéens arrachèrent le sol de leurs cités futures aux tribus aryennes des Dardaniens et des Mysiens. Les uns et les autres devinrent voisins des Phrygiens, peuple de même origine qu'eux, dont les monuments attestent encore aujourd'hui le génie original et le sens artistique'. Là se trouvaient aussi les Lydiens, les Lélèges, plus au sud les Lyciens, races mélangées. Ces rencontres de peuples, même hostiles, sont toujours marquées dans l'histoire par des échanges heureux. L'esprit humain n'a pas de moyen de progrès plus efficace que la comparaison. La race grecque, en se transportant en Asie, et en s'y retrouvant au milieu d'autres races dont sans doute elle s'était dégagée quelques siècles auparavant, accrut ses facultés natives, emprunta et imita, et en môme temps prit une conscience plus nette de sa personnalité.

Enfin il faut noter encore que l'occupation du littoral d'Asie, grâce aux avantages naturels du pays, créa bientôt pour ceux qui l'accomplirent des conditions d'existence toutes nouvelles. Si nous admet-

1. Maspero {Histoire ancienne des peuples de l'Orient, p. 238) renvoie à l'ouvrage d*Eckstein, les Cares dans l* antiquité.

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