‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 63 sur 261 · Hérodote. II · texte numérisé non relu

Hérodote. II

2. Des qualifications telles que axaXap&s^xr];, PpiTJTCuoç, evuàXtoç, TaXaupivo;, |3o(oni(, etc., sont certainement plus anciennes que les chants héroïques.

EMIGRATIONS EN ASIE 81

aussi qu'on en trouve tant d'autres dont le sens général et purement descriptif atteste qu'ils ont pris naissance dans une poésie plus religieuse que dran)ati(|ueV Les hymnes ont été Kécole des premiers chants épiques, comme ces chants à leur tour ont été celle de Tépopée homérique.

Chez un peuple aussi vif d'esprit que le peuple grec, cette poésie primitive ne pouvait rester bien longtemps semblable à elle-même. Elle eut certainement son progrès intérieur, et ce progrès devait la conduire peu à peu à une transformation. Les grands événements des xii" et xi* siècles avant notre ère, — établissement des Doriens dans le Péloponnèse, chute de la puissance achéenne dont Mycènes était le centre, fondation d'étals éoliens et ioniens sur le littoral de TAsie Mineure, — tous ces mouvements d'hommes, de passions et d'idées eurent sur la poésie une influence profonde et décisive.

Dès la lin du xii° siècle, peut-être même avant Tinvasion dorienne, il semble que la puissance achéenne de Mycènes soit ébranlée. Sous Oreste, fils et vengeur d'Agamemnon, une grande émigration se prépare déjà , d'après le témoignage de Strabon*. Une partie des Achéens se lève, quitte

1. Il parait évident eu elFet que si la poésie héroïque avait créé elle-même ses épithètes, elle les aurait empruntées à Tordre d'idées qui lui était particulièrement familier. Or c'est ce qu'elle ne fait presque jamais. Pur exemple, eutre les nombreuses épitliètes attribuées à la mer, il n'y a que celle de EuptSjcopoç qui ait quelque rapport avec les légendes héroïques.

2. Consulter sur tous ces faits le témoignage capital de Strabon, XIII, 1, 3-4 (Meineke).

ses foyers, va chercher quelque part une nouvelle patrie. Ils se rassemblent à Aulîs sous Penthilos. fils d'Oreste : puis ce chef, et après lui son fils Arch^*laos et son petit-fils Gras, amènent ces exilés à travers la Thrace et THellespont jusqu'au nord de la Troade. Ils traversent la péninsule dardanienne et viennent s'établir à Lesbos. D'autres Achéens, sous Kleuas et Malos, également descendants dWgamemnon, arrivent peu après de Locride en traversant directement la mer Egée. Plus hardis que leurs prédécesseurs, ils prennent pied sur le continent même de la a Sainte Asie ». autour de Kyme, près de THermos. Dans le cours du xi* siècle, ce mouvement continue. Toute une série d'émigrations ioniennes, qui semblent avoir eu IWttique pour point de départ, jettent sur le même rivage, mais plus au sud, entre THermos et le Méandre, des colonies principalement composées des fugitifs que l'invasion du Péloponnèse et ses conséquences chassaient de leur domicile. A leur tête figurent, selon la tradition antique, des chefs fils de FAthénien Codros et par conséquent issus de la race pylienne des Nélides.

I/hisloire de ces établissements grecs d'Asie Mineure nous est malheureusement presque inï*onnue du xi' siècle au viii', cVst-à-dire pendant la période où naît justement la poésie épique. Toutefois, dans cette obscurité même, il y a quelques fails essentiels que nous devons relever, parce qu'ils ont eu la plus haute importance pour cette poésie.

L'exil rapproche les hommes. Dépossédés de leur ancienne patrie, les Grecs d'Asie durent se sentir en quelque sorte plus frères les uns des autres. Nous voyons parmi eux les Ioniens se grouper en confédéralion autour du sanctuaire de Poséïéon

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