Welcker, Der epische Cyclus, t. I, p. 268 et suiv
séjour de sept ans dans l'île de Calypso : comment saurait-il si Démodocos a fait un poème sur tel ou tel sujet? Ce qu'il est censé connaître, ce sont les événements que la renommée a publiés partout ; l'un de ces événements étant mentionnés par l'aède, il peut lui demander sans invraisemblance d'en raconter un autre qui s'y rattache étroitement. Cet ensemble de dires qui courent le monde, voilà manifestement ce que le poète homérique appelle o^jliq, proprement la route suivie par le récit populaire à travers une série d'inventions variées'.
Il est vrai que le viii* chant de VOdyssée appartient à un temps bien postérieur à celui où nous nous plaçons en ce moment, puisque VOdyssée^ comme nous le verrons, est née après Vlliade, et que le viii* chant semble être un des plus récents du poème ; en outre la composition même de ce chant est suspecte à la critique moderne, qui tend à en considérer la seconde partie comme une imitation de la première, ajoutée après coup. Mais n'hésitons pas à dire que cela n'infirme en rien les conclusions que nous croyons avoir le droit d'en tirer. De quelque façon et en quelque temps qu'ait été composée cette partie de Y Odyssée, elle révèle certainement un usage qui subsistait encore quand elle fut achevée. Or, si l'on récitait ainsi des chants détachés, directement empruntés à la tradition, lorsque Vlliade et la plus grande partie de VOdyssée avaient déjà pris naissance, à plus forte raison devait-on le
1. Odjrssée, VIII, 74: 0?fi7iç, t^ÇT^t' &paxXéo( oûpavov eûpùv txavev. Il ne faut donc pas donner à ce mot par une interprétation tout arbitraire et forcée le sens de poème ^ il désigne simplement une tradition connue et fixée, à laquelle l'aède emprunte les épisodes qui lui plaisent. La tradition relative à la guerre de Troie est roT(i7) que Démodocos dans VOdyssée met à contribution.
faire, lorsque ni l'un ni l'autre de ces grands ensembles n'existait. Nous pouvons donc être certains qu'au temps où la poésie épique prit son essor, les choses se passaient ordinairement ainsi. Les traditions étaient déjà riches, variées, et fixées dans leurs traits essentiels ; le public les connaissait en gros : les aèdes les lui racontaient en détail. Leurs récits, bien qu'indépendants les uns des autres par la composition comme ils l'étaient par la récitation, se rattachaient entre eux par suite de certaines relations naturelles des épisodes et par le rôle prédominant attribué à certains héros. Il se formait ainsi, à mesure que ces récits partiels naissaient, non de grands poèmes au sens propre du mot, mais des groupes de chants, qui pouvaient avoir, selon les circonstances et le génie des auteurs, plus ou moins d'unité intime.
Vlliade, à sa naissance, ne fut pas autre chose qu'un de ces groupes, et nous pouvons espérer maintenant, en l'étudiant de près à la lumière de celle idée, en comprendre la formation.