‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 77 sur 261 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Troyens, puis au retour ils inellcnl à mort Tespion troyen Dolon ; d'où le titre de Fépisode. Tout ce livre était déjà considéré dans l'antiquité comme un morceau ajouté à V Iliade primitive*; la critique moderne s'est ralliée à peu près unanimement à cette opinion qui s'impose'. Rhésos et ses Thraces, qui sont représentés là comme les principaux auxiliaires des Troyens, ne sont mentionnés nulle part ailleurs dans V Iliade; ils apparaissent et disparaissent tout à coup ; il en est de même du merveilleux attelage dont Diomède s'empare. D'ailleurs l'action de la Dolonie ne peut raisonnablement trouver place dans la nuit déjà si remplie d'événements où a lieu l'ambassade, et elle ne se rattache en rien ni à ce qui précède ni à ce qui suit. Enfin par les caractères de l'invention poétique et du style, ce livre se distingue profondément des parties anciennes du poème. On y remarquera le goût des détails, des descriptions de costumes, de l'arrangement symétrique poussé jusqu'à la monotonie. Rien ne ressemble moins à la grande manière de l'auteur de la Querelle et des Exploits de Diomède,

Après la Dolonie, les choses sont à peu près dans le môme état qu'à la fin du P*" livre. A travers ces

1. Eustathe, p. 785, 41 : ^oli\ Se oi naXaiol X7)v ^a^S^ay xatjTifjv 69' 'Ofjwjpou W.9. TSTayOai x«l jxtj e-ptaTaXo-pjO^vai toÎç [xéps^t Tf)ç 'IX'.ido;, Otco oà IlEiaiaipaTOU TÊTa/Oa» £iç tf^v r,o{r\iv^.

2. Ducnt/er, Die Doloneia (Homerische Abhandlungen, Leipzig, 1872, p. 303-325). — Nitzsch lui-même, le défenseur dctermiiic de l'unité primitive de ïlliadcy considérait la Dolonie comme une addition.

longs récils qui vont du livre II au livre X, la situation n'a pas sensiblement changé. On peut raccorder sans le moindre effort le XV livre au P^ Ce n'est môme pas assez dire : en réalité, si nous nous les représentons comme liés immédiatement l'un à l'autre, non seulement les scènes qui vont suivre n'en souffrent pas, mais elles y gagnent en valeur morale, parce qu'elles semblent plus naturelles et plus justifiées. Que nous met sous les yeux ce XI* livre ? Une grande bataille livrée et perdue par les Achéens. C'est le matin : Eris, envoyée par Zeus, prépare tout pour que la lutte soit terrible et sanglante. Agamemnon, plein de confiance et d'ardeur, s'arme pour combattre. Rien de plus naturel après la querelle du 1°** livre, mais rien de moins vraisemblable après les désastres du VIIl* et l'ambassade du IX®*. Avant que la bataille s'engage, Zeus manifeste énergiquement sa volonté et prend la direction des événements'. Par ses ordres, nul dieu n'interviendra; lui seul conduit les choses à son gré en vue de venger Achille, comme il l'a promis à Thétis. Autant son action était jusqu'alors incertaine et mal combinée, autant elle devient tout à coup ferme et appropriée. Nouvelle preuve du rapport étroit de ce chant avec celui de la Querelle.

1. Il y a une véritable contradiction morale entre le début du IX" livre, qui nous montre Agamemnon accablé, et cette première scène du XI*', où il est plein d'espoir et d'assurance. Et pourtant dans le poème actuel, ces deux scènes ne sont séparées que par une nuit, pendant laquelle le refus violent opposé par Achille aux tentatives de réconciliation d'Agamemnon a dû achever de désespérer celui-ci.

2. Celte dC'claration fait aujourd'hui double emploi avec celle qui figure au début du livre VllI, et elles sont difTiciles à concilier ensemble.

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