‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 76 sur 261 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

che par sa lenteur avec les morceaux créloquence naïve et vigoureuse auxquels il est associé. Quant aux paroles emportées d'Achille, elles sont comparables aux plus beaux passages du chant de la Querelle^ dont elles reproduisent d'ailleurs exactement les qualités distinclives. Nul doute pour nous par conséquent sur l'origine vraiment homérique de tous ces développements. Mais, chose inattendue, ils sont inconciliables avec le poème actuel. D'une part, ils ne s'accordent pas avec la promesse de Zeus à Thétis, car la satisfaction pleine et entière ici offerte à Achille est de nature à dégager le dieu de son serment, sans que les Achéens aient encore cruellement souffert. Et d'autre part ils s'accordent encore moins avec ce qui va suivre. Sans discuter toutes les difficultés de détail*, relevons la contradiction formelle qui existe entre V Ambassade et le commencement du livre XVI. Là, Achille, prêt à envoyer Patrocle au combat, lui recommandera de modérer volontairement son succès, « afin que les Achéens lui rendent sa jeune captive et qu'ils lui apportent de beaux présents » (XVI, 83). En d'autres termes il veut obtenir au seizième livre, par un calcul de politique, précisément ce qui lui est offert au neuvième dans le poème actuel et ce qu'il y refuse avec un emportement appuyé de serments qui n'admettent pas de retour. Ces deux scènes ne peuvent appartenir à un même plan'; il en résulte que le

1. XI, 608 : Nuv 6'îw ;c£pi youvai' ejxà (JT7[a£<jO«i *A/aioû; — Xia^o^i.^vov»;. XVI, 71 : Tocya xsv çsuyovTsç evocûXou; — TrXTjgs'.av vfixiwv, £* {xoi xGSi'wv 'Ayajx^tJLVtov — ^:iia vZtir^,

2. Il est impossible, malgré l'opinion contraire de Bergk (Griech. Liicr.^ t. I, p. 594), de considérer le passage du livre XVI comme une interpolation, car ce passage tient au développement même de l'idée; en outre, une interpolation doit avoir une raison d'être:

t» CHAPTTBE n — A^ALl^C DC L1L1AI>E

Inrre IX n'a fwis pa éîrr £>ït ea tu^ da ntrit continu que ttoas li^^ons aaîoimilinî. iZoïBnent résoudre cette apparente contradiction? Voila on déreloppement magnifiqae qae nous attribuons sans hésiter an poète primitif: et nous le trourons en désacirord arec les plus vieilles parties du poème, c^elle expli> cation vraisemblable donner de ces faits, sinon qu' il a dû être composé par l'auteur du chant de ia Querelie comme un récit indépendant* ? Mus tard on Faura fait entrer dans ïlliaie comme les Adiemx d'Heeiar ei f Andn^fmaqwe au mojen de raccords plus ou moins adroits. Ajoutons qu'il a subi probablement soit avant, soit après son entrée dans le poème, une addi> tion importante, celle du rôle de Phénix tout entier, qui n'appartenait pas à la composition primitive*.

Le livre X ou Dolonie raconte une expédition nocturne qui est censée faite par Ulysse et Diomède dans le camp troyen pendant la même nuit, à la suite de Tambassade. Ils v massacrent le thrace Rhésos et ses compagnons nouvellement arrivés au secours des

celle-ci serait injastifiable. puisqu'elle conlredit une des plus remarquables scènes du poème. Quel rhapsode aurait ignoré YAm~ bassade, si V Ambassade eût appartenu au récit même dont il exposait une partie?

1. Une fois que la Querelle fut derenue populaire et que tout le monde connut l'offense faite à Achille et la violence de son ressentiment, l'auteur devait tout naturellement avoir Tidée de raconter comment les Achéens tentèrent de le fléchir après des désastres supposés. Il n'était aucunement nécessaire que cette ambassade eût une date une ni qu'elle fît partie d'un récit continu.

2. Le discours de Phénix est une longue narration mythologique qui ne répond pas au reste de la composition. On a remarqué (Bcrgk, Griech. Liter., t. 1. p. 395). qu'en parlant des députés, le poêle se sert constamment du duel, comme si Ulysse et Ajax étaient seuls en scène : v. 182, 183, 185, 192, 196, 197.

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