G. HcrmauD, Opusc.^ V, p
Ht CHAPITRE II. — AXALYSE DE LILIADE
Mtffe principal y parait à son tour, de telle sorte que jamais le rôle d'aucun d'entre eux ne se mêle avec celui d'un autre. Mais ce plan si simple comporte une admirable richesse de récits partiels. En Tariant les actions et les sentiments, le poète suscite en nous à s^in gré des impressions aussi diverses que profondes, qui nous conduisent par un progrès naturel jusqu'au dénoùment. Et ce qu'il y a de plus éminent en lui, c^est ce que nous avons déjà principalement admiré au livre I, à savoir le don de créer des êtres vivants, de faire parler les passions, de saisir immédiatement dans chaque situation et pour chaque personnage le sentiment vrai, enfin d'attribuer k chaque héros sa physionomie propre sans avoir besoin pour cela de le décrire. Tout ce qui constitue le type homérique est donc là réuni et s'y manifeste au plus haut degré.
Ces observations s'appliquent à tout le récit de la bataille, c'est-à-dire à la principale partie du livre XI (v. 1-596); mais elles ne conviennent en aucune manière à ce qui suit (v. 597-fin). Cette fin est en effet un épisode absolument distinct du récit précédent. Nestor emmène sur son char Machaon blessé. Achille les aperçoit de sa lente, mais, comme il ne reconnaît pas le blessé, il envoie Patrocle savoir qui il CHt. Palrode vient dans la tente de Nestor et refuse de «'y arrêter, alléguant l'impatience d'Achille. Cela n'enipéche pas Nestor de lui adresser un long discours étranger à la circonstance. En s'en retournant, Patrocle rencontre Kurypyle blessé, et oubliant de plus en plus qu'il est attendu si inipalieminenl, il reste avec lui. Ce n'est qu'au livre XV, lorsque l'action aura marché, qu'à la vue du désastre (les Achéens il pensera enfin à revenir vers Achille. 11 sera auprès de lui au début du XVI* livre, sans
qu'il y soit fait aucune mention précise de son retour, et là ni l'un ni Tautrc ne paraîtront se souvenir du premier motif de ces allées et venues. Tout indique par conséquent que cet épisode de la commission de Patrocle a été ajouté après coup et probablement altéré lui-môme par des additions postérieures. En tout cas, il ne saurait être considéré comme une partie intégrante du beau récit auquel il fait suite immédiatement dans VIltadeK
Tout ce qui est compris entre la -défaite des Achéens et Tintervenlion de Patrocle ^c'est-à-dire les livres XII, XIII, XIV et la plus grande partie du livre XV) peut être considéré soit comme une continuation de ce qui précède, soit comme une préparation à la Patroclie, Ce sont des chants d'âges divers et de mérite inégal, au milieu desquels éclatent dans plusieurs passages des beautés de premier ordre, bien que d'ailleurs aucun de ces chants ne semble avoir fait partie du noyau primitif du poème.
Tout d'abord l'assaut du mur et la prise du camp (Ter/ojxayCa). Le poète du livre précédent se représentait le camp des Achéens comme entouré d'un simple fossé ; cela est évident par de nombreux pas-
i. G. Hermann est le premier qui ait signalé les difficultés résultant de cette commission de Patrocle, et par ses observations à ce sujet il a jeté beaucoup de lumière sur les relations des parties qui composent le milieu de Xlliade (De interpolatore homericOy Opusc. t. Y). — Parmi les additions, la plus apparente est le long récit de Nestor, peut-être emprunté à quelque ancien chant épique selon la supposition de Nitzsch (Sagen poésie y p. 129) et de Bergk (Gricch. Lit. y p. 601).
8agC8 *. Ici les choses changent, et nou^ nous trouvons en présence d'un rempart véritable, solidement bâti en pierres, avec des tours en bois et des parapets ; les portes en sont fermées par de lourds battants munis eux-mêmes de fortes traverses. Ce camp est une place forte ; c'est celui que nous avons vu construire sur les conseils de Nestor à la fln du septième livre, et nous nous expliquons maintenant l'épisode si invraisemblable de cette construction, qui semblait oublié; il était indispensable pour permettre d'introduire dans VIliade le récit d'un assaut. Ce rempart merveilleux a été inventé par un poète qui a voulu donner une suite au récit de la défaite des Achéens : désireux de nouveauté, il a imaginé un assaut. Nous verrons plus loin que le combat auprès des vaisseaux, qui forme à la (in du quinzième livre le vrai début de la Patroclie^ est certainement antérieur à y Assaut, On avait donc raconté déjà et la perle du champ de bataille (XP livre) et la lutte furieuse soutenue ensuite jusque dans le camp (fin du XV' livre et commencement du XVP). Quel autre moyen dès lors d'étendre le récit, que de supposer quelque circonstance intermédiaire? Une chose semblait même tout indiquée : c'était d'imaginer que les Troyens avaient été arrêtés quelque temps entre les deux phases de leur victoire. Pour les arrêter, il fallait un obstacle : de là l'invention du rempart et de l'assaut. Le douzième livre est donc une addition aux chants primitifs. Mais cette addition, ne peut-elle pas du moins être considérée comme l'œuvre de l'auteur même de ces chants, désireux d'agrandir et de compléter sa première création ? Nous ne le croyons pas. L'invention fondamentale, celle du rempart, a