‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 80 sur 261 · XI, V · texte numérisé non relu

XI, V

quelque chose d'artificiel. Ce qui dislingue essentiellement l'art homérique proprement dit, c'est la simplicité extrême des moyens unie à la grandeur de reflet. L'auteur du onzième livre n'aurait certainement pas eu besoin de cette grosse construction pour créer un épisode dramatique : il nous aurait émus et passionnés tout aussi fortement avec l'attaque et la défense d'une simple palissade. Le récit est fort beau, cela est vrai ; mais il y a quelque naïveté à poser comme principe que tout ce qui est beau dans VIliade appartient nécessairement par là même au poète primitif; la vraie question est de savoir si cela est beau du môme genre de beauté que le premier livre ou le onzième. Or il est difficile de nier que les narrations du douzième livre ne dénotent un art plus savant, et par là môme moins spontané. L'action esl plus en dehors des personnages, elle n'est pas aussi complètement faite avec leurs passions, elle donne plus de place et d'importance aux événements, et par suite les phases morales n'en sont pas aussinettementmarquees.il faut ajouter que ce récit introduit le troyen Polydamas comme un personnage connu (v. 60), bien que son rôle appartienne aux livres suivants, et qu'il met au premier rang Sarpédon et ses Lyciens, qu'on ne voit pas figurer dans les chants les plus anciens du poème.

Avec le treizième livre, commence un récit d'un caractère nouveau assez apparent encore sous des interpolations presque évidentes, récit qui remplit les livres XIII et XIV, ainsi que la première partie du livre XV.

Le camp est forcé. Il semble que l'action devrait se précipiter; elle se ralentit au contraire. Zeus, voyant les Troyens victorieux et par conséquent la vengeance qu'il a promise à Achille en voie de se

réaliser, détourne ses regards. Il en résulte que les événements cessent d'être dirigés et flottent au hasard. Poséidon profite de ce que Zeus est distrait pour venir au secours des Achéens. Une description pleine d'éclat et de grandeur nous fait assister à son voyage, assez inutile d'ailleurs, à travers les mers (v. 10-38). Tantôt sous les traits de Calchas, tantôt sous ceux d'un personnage anonyme, le dieu excite les principaux chefs. A vrai dire, il s'agite plus qu'il n'agit. Une longue bataille, extrêmement confuse, se déroule devant nous. Mais il faut subir d'abord un épisode de très médiocre intérêt : c'est l'entretien aussi languissant qu'inutile entre Idoménée et Poséidon (v. 206-245), puis entre Idoménée et Mérionès (v. 246-332). Idoménée, du côté des Achéens, Enée, du côté des Troyens, sont les principaux héros du combat: narration toute en épisodes *, sans progrès sensible, jusqu'au moment où Hector, rassemblant les siens pour une attaque commune , se porte avec toute la masse des Troyens contre Ajax (v. 723-837). L'intervention de Poséidon étant à peu près sans effet, le quatorzième livre débute par un conseil des chefs achéens, où Agamemnon propose encore une fois de se rembarquer. Ulysse, puis Diomède, font écarter cette proposition. Tout ce que nous voyons ici rappelle ou répète ce que nous avons déjà vu : c'est un des morceaux les plus faibles de Ylliade. Poséidon reparaît pour la quatrième fois sous les traits d'un vieillard inconnu, et il fait lever l'assemblée par une exhortation ardente. Au milieu de ces

1. C'est là que se trouve une des contradictions de détail les plus notables de VIliade. Le roi des Paphlagoniens, Pylaeménès, qui a été tué par Méuélas au livre V (v. 575-579), suit ici en pleurant le corps de son fils tué sous ses yeux (v. 656-659).

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