‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 88 sur 261 · Bergk, Griech. lÀter., t. I, p · texte numérisé non relu

Bergk, Griech. lÀter., t. I, p

2. Il est vraisemblable que trois de ces jeux, le combat singulier, le jeu du disque, le tir à l'arc ont été ajoutés après coup. Cela résulte des deux passages où Achille (v. 621-623) et Nestor (v. 634-640) ne meutionucnt que cinq jeux (Lacbmann, BeirachLy p. 86, et

ticulièrement sensible dans le récit de la lutte, dont il élude la dernière partie au moyen d'un artifice : Achille donne des prix égaux aux deux rivaux, Ajax et Ulysse, et met fin à leur combat « afin que d'autres Achéens puissent aussi concourir » (v. 737). Cette préoccupation d'être complet au risque de sacrifier les éléments dramatiques du développement n'a rien assurément d'homérique *.

L'objet du vingt- quatrième livre, qui termine Vlliade^ c'est le Rachat du corps d Hector ("ExTopoç XuTpa). Les dieux prennent pitié d'Hector privé de sépulture. Zeus fait venir Thétis et la charge de préparer Achille à rendre le corps de son ennemi vaincu. De son côté, il envoie Iris au vieux Priam pour le décider à aller lui-même demander à Achille le cadavre de son fils. Priam part la nuit, malgré les prières d'Hécube. Grâce à l'assistance d'Hermès qui vient à lui, sans se laisser reconnaître, il pénètre dans le camp des Grecs et arrive jusqu'à la tente d'Achille. Il se jette à ses pieds, et dans une scène admirable réussit à le fléchir. Tout est beau

Lehrs, De Aristarchi studiis homeric.y p. 424). Mais, cette addition supprimée, la critique subsiste et n'est presque pas atténuée.

1. Je n'insiste pas ici sur d'autres arguments que Ton donne ordinairement pour prouver que cette description des jeux est moins ancienne que les parties primitives de VIliade, On fait remarquer par exemple que les héros qui prennent part aux jeux, Agamemnon et Diomède notamment, ont été blessés tout récemment et qu'ils se sont depuis lors abstenus du combat; à plus forte raison doivent-ils être hors d'état de se mêler aux jeux. Ce sont là des raisons de stricte vraisemblance qui ont, je crois, peu de valeur en tout état de cause, et qui n'en auraient aucune si ce chant avait été originairement indépendant, bien que rattaché à la série. Ce qui est plus significatif, c'est le rôle important d'Eumèle, fils d*Admète, et d'Epéios, constructeur du cheval de bois, tous deux inconnus dans l'Iliade^ sauf dans le Catalogue.

dans ce récit justement célèbre. Achille fait laver le corps d'Hector et donne à Priam l'hospitalité sous sa tente. Mais avant le jour, Priam, sous la conduite d'Hermès, quitte le camp et rentre dans Troie. Là, il assemble tout le peuple pour pleurer le glorieux guerrier tombé sous les coups d'Achille. Au milieu des femmes, Andromaque, Hécubc, Hélène se répandent successivement en plaintes touchantes *. La forme symétrique de ces plaintes, qu'on a exagérée en voulant les réduire en strophes *, est remarquable et heureusement appropriée à la monotonie naturelle de la douleur. On célèbre les funérailles d'Hector, et c'est par cette scène d'une noble tristesse que s'achève le poème.

Ce vingt-quatrième livre constitue un ensemble dont l'unité ne parait pas douteuse. La scène entre Priam et Achille en est le centre ; ce qui précède en forme l'introduction, et ce qui suit en est le dénoûment naturel. Il y a quelque lenteur dans la première partie et les personnages y sont faiblement

1. Ou a considéré ces plaintes comme une addition postérieure (Seibe], Die Klage um Hector ^ p. 37 et suiv. Cf. Christ, Prolegom.y p. 27). Rien ne me parait moins vraisemblable. Nécessaires à la proportion du développement, elles sont parfaitement dans le ton général du XXIV® livre. On dit que les aèdes ou chanteurs spéciaux des funérailles sont qualifiés d'sÇap^^^ouç (v. 721), et que néanmoins, à propos d*Andromaque, d'Hécube, d*Hélène, nous voyons employés les verbes ^p/^8 (v. 723), eÇ^?x.6 (v. 747), êÇ^px^ encore (v. 761), ce qui implique contradiction. L'objection me semble de peu de valeur. Les aèdes de profession peuvent commencer par une plainte générale, un thrènCy auquel répond le cri de douleur des femmes ; puis chacune des parentes les plus rapprochées commence à son tour une lamentation particulière, à laquelle répond encore le même cri (etcI 8s 9tevcc)(^ovto pyslxe;). Les deux choses ne s'excluent pas.

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