SYSTEMES INTERMEDIAIRES
qui sont venus postérieurement s'ajouter à VAchilléide et l'ont transformée en Iliade ; enfin de deux chants supplémentaires (livres XXIII et XXIV), composes en dernier lieu. Or, pour n'emprunter nos objections qu'à l'analyse môme du poème, il est visible, d'après le chapitre précédent, que cette opinion pèche de plusieurs manières : d'abord en ce qu'elle admet dans VIliade primitive des chants tels que le VHP livre, qui manifestement ont été faits à l'aide d'emprunts et pour servir de raccords ; ensuite en ce qu'elle n'explique pas suffisamment la subordination des livres II-VII à la donnée générale du poème ; enfin, en ce qu'elle reconnaît comme parties intégrantes de VAchilléide des scènes, qui, pour être nécessaires à l'action, n'en sont pas moins, ainsi que nous venons de le dire, d'origine relativement récente. Il faut ajouter qu'elle a encore le grand inconvénient de substituer à l'accroissement organique et naturel un accroissement artificiel, bien moins satisfaisant pour Tesprit.
Parmi les tentatives faites pour échapper à ces diverses difficultés, les plus remarquables me paraissent être colles de Guigniaut d'une part et de Koechly de l'autre. Guigniaut, dans sa Notice sur Homère \ a très bien vu qu'il fallait attribuer nécessairement l'unité de VIliade à une conception primitive comprenant l'action dans toute son étendue, et que d'un autre côté la mise en œuvre de cette conception dans ses diverses parties ne pouvait être imputée à un môme poète. Son erreur a été de se représenter cette conception primitive sous la forme d'un plan proprement dit, qui se serait transmis par
1. En tête du Dictionnaire d'Homère et des Homérides de Theil et Hallez d'Arros.
héritage aux lloincrides el qu'ils auraient peu à peu exécuté. Il est trop manifeste que cette notion d'un plan distinct de l'ouvrage lui-niénie ne peut se concilier avec la liberté et la souplesse de la vieille poésie épique, surtout si Ton admet que Técriturc fut alors hors d'usage. Mais ce n'est là qu'une erreur de forme, pour ainsi dire, qui ne doit pas compromettre ce qu'il y a de juste dans l'idée môme. Koechly, disciple de Lachmann, et se plaçant par suite à un point de vue tout opposé, néglige trop l'unité de VIliade actuelle ; mais ce qu'il a eu le mérite de mettre en lumière, c'est que le premier germe du poème a dû être non pas un poème à proprement parler, mais une série de chants détachés qui se reliaient les uns aux autres '. Qu'il ait d'ailleurs mal défini cette série primitive, peu importe : l'idée n'en reste pas moins. C'est en combinant ces deux conceptions qu'on peut sans doute approcher le plus possible de la vérité.
L'analyse de VIliade nous a fait reconnaître qu*iin certain nombre de parties du poème présentent des caractères communs très frappants. Quelques-unes
1. Homer und das griechische Epos, dissertation publiée en 1843 duns la Zeitschrift fur die Allerthumwissenschaftj reproduite dans les Opuscula philologica, t. II; voir surtout p. 14 et 15. Cf. aussi Dissertation sur l'Odyssée, p. 73 du même volume. — L'édition de VIliade, publiée par Koeclily dans la collection Teubncr en 1860 sous le titre d' 'IXià; [xixpaé, ofire seize chants extraits du poème homérique. L'ensemble est ainsi (ictruit, ce qui est un grave inconvénient, sans que nous puissions voir comment les parties procèdent les unes des autres.