PREMIER ETAT PROBABLE DU POÈME
de ces parties forment une série chronologique, en ce sens que les cvéncnienls qu'elles rapportent occupent nécessairement une place déterminée dans le temps les uns par rapport aux autres. Tels sont le CAaw/ de la Querelle, les Exploits d' Agamemnon, la Patroclie, la Mo?'t dHectOi\ Si on suppose ces morceaux récités dans leur ordre naturel, ils constituent ensemble, non une épopée proprement dite, puisqu'ils ne se suivent pas sans interruption, mais un groupe do chants d'un genre très approchant, puisqu'ils mettent en scène les moments principaux d'une môme action. Qu'ils aient pu être composés et récités ainsi, cela n'a rien qui doive surprendre, pour peu qu'on se représente combien la légende déjà connue permettait facilement aux auditeurs de combler les lacunes du récit ; et d'autre part dans quel intérêt et par quel calcul un grand poète aurait-il traité en détail des épisodes secondaires avant que ces scènes bien plus importantes eussent été mises en pleine lumière? Allons plus loin: la Patroclie elle-même, qui présente moins nettement que les trois autres chants les caractères de la composition primitive, n'est en aucune façon indispensable à la série fondamentale dont nous parlons. Il aurait suffi au poète de la Mort (f Hector de rappeler en dix ou quinze vers le fait connu de la mort de Patrocle pour que son dernier chant satisfit à toutes les conditions de vraisemblance exigées alors d'un morceau épique.
Une telle série de chants ressemblait en somme d'assez près à celle que nous voyons attribuée à Démodocos au huitième livre de V Odyssée ^ et nous avons dit plus haut comment elle put naître. Voici donc ce qui nous semble être la vérité sur ce point. UOdyssée nous apprend positivement que de telles séries ont existé, et V Iliade^ analysée avec soin, nous
livre une de ces >erie> encurv Irêé^ reconnaissable dans la ma-^se de potrsie plii< récente où elle est aujourd'hui engajrrt-.
Mais à coté de ce> morceaux, nous avons remarqué qu'il s'en rencontrait d'autres dans Vl/iade, qui semblent également prîmilîts et qui pourtant n'ont pas de place déterminée dans la série indiquée, bien qu'ils se rapportent à la même donnée générale : par exemple les Aiiieux d Hector et d'Andromaque et \ Ambassade dé^a^ée des altérations et des additions qu'elle a subies. Uien de plus naturel : car le poète ne se sentait pas obligé de disposer toutes les situations qu'il imaginait de telle manière qu'elles se fissent suite rigoureusement les unes aux autres. Quelques-unes étaient liées chit>nologiquement : soit ; mais pourquoi aurait-il cru nécessaire de s^assujettir partout à cette exactitude? Dans sa pensée, nous l'avons dit déjà, l'entrevue d'Hector et d'Andromaque était censée avoir lieu peu de temps avant la mort d'Hector : c'était là une donnée implicite qui dominait son récit; mais quel besoin pour lui de la traduire d'une manière expresse? Du moment qu'il ne faisait pas un poème, il n'avait pas à assigner une fois pour toutes à la scène qu'il composait ainsi une place fixe dans un développement arrêté ; s'il pouvait, dans la récitation, la lier à celle de la mort d'Hector qui jusque un certain point lui faisait suite, rien en somme ne Fv obligeait, et elle ne perdait pas sa valeur pour être isolée. Il y avait dans tout cela une liberté que nous nous représentons mal, dominés que nous sommes par la superstition du livre et de Tœuvre immuable dans sa forme pr(»mière. De même, le récit de l'Ambassade se rapportait bien, dans la pensée du poète, à un moment où les Achêens, vaincus par suite de Tab-