SA CONCEPTION DU DRAME RAT
Sophocle disait de lui-même, selon ce que rapporte
Plutarque, qu'après avoir rejeté comme puéril le faste d'Eschyle, puis l’artifice exagéré de sa propre manière, il avait enfin adopté en troisième lieu le genre de style le plus naturel, qui était le meilleur‘. Cela donne l’idée d’une attention constante du poète sur lui-même et d’un changement réfléchi, dont les pièces subsistantes rendent d’ailleurs témoignage. Il y à en effet moins d’eflort apparent dans Phuloctète et dans OŒEdipe à Colone que dans Antigone et dans Électre, non seulement pour le style, mais d'une manière générale pour le jeu des sentiments et pour l’arrangement des choses. Quant au faste d’Eschyle, Sophocle l’avait déjà rejeté, à la date des plus anciennes pièces de lui qui nous soient restées. . Outre ses tragédies, 1l avait composé, d’après divers témoignages, des élégies, des péans, et un traité sur le chœur. Il ne nous reste de tout cela que des fragments insignifiants ?.
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Un passage de la Vie anonyme représente Sophocle
atténuer la diversité de leurs voix; et l'écart des scènes empéchait que le public n’en fût choqué. Si Sophocle eût disposé d’un quatrième acteur, il semble qu’Ismêne aurait dû étre présente, comme Antigone, à la scène entre Œdipe et Polynice.
1. Plutarque, Progrès dans la vertu, T : ‘O Yopoxdñs ÉAcye tov Ac- XU)OU draretauyos OYXOV, ElTa To mxpÈV KA HATATEYVOY TÂS AÜTOÙ xXracxevñs, Toitov Non To Thc RéEews perabd}hev eldoc, Omep éotiv HOixwTarov «ar BéAtiotov. Il n’y a d’obscur dans ce passage très controversé que le mot Oiansma:yws qui semble altéré. Le reste est clair et excellent.
2. Suidas; Xopoxlns ; Harpocration, ’Apyn ävôpa dstuvuor ; Héphestion, 8: Érotien, 399; Plutarque, S’i est bon qu’un vieillard, etc., e. 3. Voir en outre l'inscription donnée par l’’AGñvarov, V, 340, Ces fragments lyriques et ces témoignages sont réunis dans Bergk, Poet. lyr. graeci, IT, p. 243.
comme un novateur en matière d’art dramatique‘. Autant que nous pouvons en juger aujourd’hui, ces innovations, importantes en effet, se ramènent à quatre principales : il a renoncé à la tétralogie liée; 1l a introduit le troisième acteur : il a porté de douze à quinze le nombre des choreutes, tout en diminuant la part de l’élément choral; enfin il a mis en usage la décoration peinte du fond de la scène. Ces innovations ontété déjà notées précédemment dans l'étude d'ensemble que nous avons faite des lois de la tragédie et de leur développement. Nous allons montrer par où elles se rattachent au système dramatique de Sophocle, en considérant maintenant sous ses divers aspects l’art qui lui est propre.
« Sophocle, dit Suidas, fut le premier qui concourut en opposant un drame à un drame, et non plus une tétralogie à une tétralogie?. » L'interprétation la plus naturelle de ce témoignage, qui a donné lieu à tant de discussions, serait certainement d’admettre que Sophocle, au lieu de présenter quatre drames à chaque concours, n'en présenta plus qu’un. Mais cela n’eût été possible évidemment que si ses concurrents l’avaient imité. Or ce que nous connaissons des didascalies du v° siècle prouve au contraire que l’usage subsistait alors de présenter quatre pièces à chaque concours?. Il faut donc donner un autre sens au témoignage de Suidas, et le plus raisonnable, comme aussi le plus généralement accepté, est celui-ci : Sophocle renonça définitivement à Ja tétralogie liée, qui était encore prédominante au temps d’Eschyle, et il put ainsi être considéré comme l’auteur