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Voyez l’argument

3. La pièce peut étre jouée par deux acteurs. Protagoniste : Apollon, Alceste, Héraclès, Phérès ; deutéragoniste, Thanatos, servante, Admète, serviteur. Un choreute chante les quelques vers du rôle d’Eumélos.

ment satyrique, en raison de la destination spéciale de ce drame.

Médée (Mhdeux), de l’année 431, a pour sujet la vengeance de Médée. Abandonnée par Jason, qui veut épouser Créuse, fille du roide Corinthe, elle met à mortelle-même, pour déchirer le cœur de l'infidèle, les enfants qu’elle a eus de lui, et elle s’enfuit ensuite sur un char aïlé qui doit la transporter à Athènes. Par le rôle épisodique d'Égée et par cette fuite, cette tragédie se rattache à la légende attique. Avart Euripide, Néophron de Sicyone avait mis le même sujet à la scène ‘. C’est une des pièces les mieux composées du théâtre d’Euripide etaussi une des plus pathétiques ?. On y admire la jalousie furieuse de Médée, sa dissimulation si dramatique, et surtout le trouble qui l’agite quand elle va frapper ses enfants. Rien de plus beau que le monologue qui précède le meurtre. À côté d’elle, les autres personnages ne peuvent avoir que peu d'importance. Jason est un froid et odieux calculateur, dont la douleur même nous touche peu; mais Médée suffit à remplir la tragédie.

Hippolyte (‘Irrodvro: deTecos ou crepavixc), 498, est un remaniement du premier Hippolyte ou Hippolyte voilé, dont nous ignorons la date. Le jeune Hippolyte, fils de Thésée, inspire à sa belle-mère, Phèdre, un amour incestueux, qu'il repousse. Phèdre se tue ; maisen mourant elle l’accuse, par un écrit mensonger, du crime auquel il s’est refusé. Thésée, trompé, chasse son fils, en appelant sur lui la colère de Poséidon. Un monstre sorti de la mer effraye les chevaux du jeune homme; ren-

L. Lire la notice de M. Weil en tête d’Alceste dans son édition de Sept Tragédies d'Euripide. Nous reviendrons plus loin sur Néophron et sa Médée.

2. Protagoniste, Médée ; deuléragoniste, nourrice, Jason; fritagoniste, pédagogue, Égée, messager. Deux choreutes chantent le rôle des enfants.

300 CHAPITRE NII R'URTENDE

versé de son char et trainé par eux, il est horriblement déchiré. Avant de mourir, il se réconcilie avec son père, à qui Artémis vient elle-même révéler la vérité 1. Le rôle d’'Hippolyte a été loué à bon droit pour sa fierté un peu sauvage, pour sa grâce ingénuc et pour sa noblesse. Celui de Phèdre, bien qu’au second rang, est admirable par la force de la passion, par la rêveric poétique, par la contradiction secrète d'un cœur qui veut et ne veui pas. Dans ie premier Hippolyte, Euripide Pavait faite plus audacieuse ; en se corrigeant lui-même, il a laissé de côté un effet dramatique, que Sénèque et Racine lui ont repris.

Les Troyennes (Towads<), 415, sont moins une tragédie proprement dite qu’une série de scènes pathéliques, où Euripide a rassemblé, autour du personnage d'Hécube, quelques-uns des épisodes les plus émouvants du lendemain de la prise de Troie : le partage des captives, la mort de Polyxène, celle d’Astyanax. La douleur, la tendresse, l’effroi, le désespoir, la haine y sont exprimés avec une force remarquable. A côté d’Hécube, Andromaque et Cassandre y font sur le spectateur une impression profonde, l’une par ses angoisses maternelles, l’autre par son délire ?.

Hélène (‘Eéya), 412, repose sur une donnée singulière. Euripide, reprenant à son compte la légende de la Palinodie de Stésichore, suppose qu’Hélène a été transportée par Hermès en Égypte chez le roi Protée, tandis que Pâris trompé n’emmenait à Troie que son fantôme. À Protée vient de succéder son fils Théoclymène, qui veut épouser Hélène. Celle-ci, pour lui échapper, se réfugie au pied d'un autel. C’est là que la retrouve

1. Protagonisle, Hippolyte ; deutéragonisle, Aphrodite, Phèdre, Thésée; triltagonisle, Artémis, serviteur, nourrice, messager.

2. Protagoniste, Hécube ; deutéragoniste, Athéna, Cassandre, Andromaque, Hélène; {ritagoniste, Poséidon, Thaltybios, Ménélas. ?

Ménélas, poussé par les vents vers l'Égypte après la prise de Troie. Ils se reconnaissent, ils préparent leur fuite, et ils l’accomplissent en trompant le roi avec l’aide de sa sœur Théonoé et grâce à l'intervention divine des Dioscures !. Malgré d’admirables scènes, tout cela est passablement extraordinaire; la tragédie, ainsi comprise, tend à se transformer en roman dramatique. Oreste (‘Opésrns), 408, a pour sujet le jugement d’0reste parricide par le peuple d’Argos *. L'invention y est aussi libre, pour ne pasdire aussi fantaisiste, que dans Hélène. Aprèsles belles scènes du début, où nous voyons Oreste, malade, tendrement soigné par sasœur Électre, où nous assistons émus à son délire, le poèle nous transporte bien loin de la tradition. II nous met sous les yeux, d’une part, les péripéties d’un procès capital dans une démocratie, où le caprice du peuple peut tout; de l’autre, les lâächelés des hommes politiques, personnifiés en Ménélas, qui tremble devant lui. Il semble done que de la fiction nous passions insensiblement à une image de la réalité ; ce n’est toutefois que pour revenir à la fiction pure. Car la pièce se termine par l'exposé d'un complot, grâce auquel Oreste, Électre et Pylade se rendent maîtres du palais. Là se place l'épisode presque comique des terreurs de l’esclave phrygien, qui donne lieu à une monodie célèbre. Quand les choses sont en pleine confusion, Apollon intervient etarrange tout. Iphigénie à Aulis (’Lovyéverx à év AM), 405, estune tragédie d’un caractère tout différent. Là, niaventure,

1. Protagoniste, Hélène, Dioscure; deutéragoniste, Teucros, Ménélas, deuxième messager; fritagoniste, vieille femme, premier messager, Théonoé, Théoclymènñe.

2. Prolagoniste, Oreste, messager ; deutéragoniste, Électre, Ménélas, phrygien; tritagoniste, Hélène, Tyndare, Pylade, Hermione, Apollon.

- 3. Prolagonisle,, Agamemnon, Achille; deutéragonisle, vieillard, Iphigénie, messager; {ritagonisle, Ménélas, Clytemnestre.

ni fantaisie; mais, en revanche, de belles situations morales et des sentiments d’un naturel touchant. C’est la légende du sacrifice d'Iphigénie, à Aulis, qui en forme le fond. En reprenant ce sujet déjà traité par Eschyle, Euripide a su le faire sien par l'invention des péripélies et le jeu des sentiments qui en résulte. Au début, les hésitations douloureuses d’Agamemnon, sa dispute avec Ménélas et le revirement de celui-ci; puis, Parrivée d’Iphigénie, l’entrevue émouvante de la jeune fille et de son père, la révélation du secret, la démarche de Clytemnestre auprès d'Achille, enfin les supplications

inutiles d'Iphigénie et de Clytemnestre, les instances

d'Achille, et soudain le changement de résolution d’Iphigénie, son héroïsme, et l’admirable récit du sacrifice terminé par un prodige qui fait disparaître la victime. Sauf le miracle, tout est pris dans la nature, et jamais Euripide ne l’a mieux interprétée.

Les Bacchantes (Bixya) sont de la même année. Euripide y a traité un des sujets de la légende dionysiaque, déjà porté sur la scène par Eschyle dans son Penthée : la résistance de Penthée, roi de Thèbes, à l'établissement du culte de Bacchus, etson châtiment 1. Le conflit au fond est celui de la raison humaine et de l’exaltation religieuse qui est présentée comme la vraie sagesse, Contre son habitude, le poète a pris sans protester l'esprit de son sujet. Il est impossible de se railler plus cruellement qu'il ne le fait de tout ce qui paraît sensé. Le défaut naturel de la sagesse humaine apparaît vivement dans Penthée, plein de bonnes intentions, mais fermé à l'intelligence de l’inconnu; et la grandeur de cette autre sagesse mystérieuse, qui n’est folie qu'en apparence, se laisse deviner dans la majesté sereine et ironique du jeune dieu Bacchus, quand

1. Protagoniste, Penthée, Agavé; deutéragoniste, Dionysos, Tirésias ; érilagoniste, Cadmos, serviteur, messager.

il est conduit devant Ie roi. La fin de la pièce est terrible. L’aveuglement de Penthée, les récits qui nousle montrent déchiré par les Bacchantes, Ie retour d’Agavé, sa mère, portant sa tête comme un horrible trophée, et enfin la révélation soudaine qui lui fait reconnaitre son fils tué par elle-même, forment autant de scènes saisissantes. Les parties [lyriques comptent parmi les plus remarquables du théâtre d'Euripide.

Après ces pièces, dont l’ordre chronologique est fixé par des témoignages, voici celles dont les dates précises sont inconnues ou ne reposent que sur des conjectures.

Andromague (’Avdoowiyn) fut jouée, nous dit-on, dans le commencement de la guerre du Péloponnèse, hors d’Athènes!.Les critiques anciens laconsidéraient comme une pièce de second ordre?, malgré de fort belles scènes, et c'est bien à le sentiment qui a prévalu. Andromaque, veuve d’Hector et captive de Néoptolème, a eu de celuiei un fils, Molossos. En l’absence de Néoptolème, elleest menacée par sa femme, Hermione, et par Ménélas, père d’Hermione. Pour larracher à l'autel où elle s’est réfugiée, Ménélas s'empare de Molossos et s’apprête à l’égorger. La mère ct l'enfant périraient sans le vieux Pélée, grand-père de Néoptolème, qui vient à leur secours. Ménélas se retire à Sparte, et Oreste, que personne n’attendait,arrive pour emmener Hermione, après avoir préparé à Delphes les embüches où doit périr Néoptolème. Il part avec Hermione, et l’on annonce la mort de Néoptolème. Alors la déesse Thétis paraît et règle les choses ; arrangement final qui n’empèche pas la pièce de rester en somme fort incohérente *. Signalons comme

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