‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 124 sur 351 · Vie I; Pausan. I, 2; Plutarque, Lycurque, 31, etc · texte numérisé non relu

Vie I; Pausan. I, 2; Plutarque, Lycurque, 31, etc

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On lui attribuait dans l'antiquité quatre-vingt-douze pièces !; mais il semble que quelques-unes aient été perdues de bonne heure et que lauthenticité de plusieurs autres soit restée douteuse. Dix-huit tragédies et un drame satyrique nous sont parvenus sous son nom: lPune d’entre elles, Rhésos, est considérée généralement comme l’œuvre d’un autre poèle. Si l’on ajoute à ces dix-neuf pièces celles qui nous sont connues par divers témoignages, on reconslituce une liste qui comprend environ quatre-vingls noms, en laissant de côté ceux qui semblent faire double emploi.

Plusieurs des tragédies conservées nous montrent combien il serait téméraire de vouloir deviner d’après de simples titres les sujets traités par Euripide. Si nous ne connaissions /élène ou les Phéniciennes que par leur nom, nous n’aurions aucune chance de déterminer ce que le poète y a mis en scène. Il faut donc renoncer, toutes les fois que les témoignages précis nous font défaut, à des conjectures vaines; et, par suite, il est à peu prèsimpossible de dresser une sorte de carte du domaine mythique exploré par Euripide, comme nous avons essayé de le faire pour Eschyle et pour Sophocle. Nous nous bornerons à quelques remarques sur ce point.

Les grands sujets de l’ancienne épopée ne sont pas délaissés par Euripide, mais ils sont loin de constituer pour lui une matière unique et privilégiée. Parmi tous les titres de ses pièces, on aurait peine à en réunirune

1. Suidas et diverses Vies; Varron (dans Aulu-Gelle, XVII, 4, 3)

ne lui en reconnaît que soixante-quinze. Un marbre d’Albano (CIG 604) nous à conservé un catalogue des pièces d’Euripide; ce cata-

logue est malheureusement tronqué, et d’ailleurs d’une autorité :

médiocre. À consulter, Welcker, Die griech. Tragoedien, t. IT (entièrement consacré à Euripide.)

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trentaine, qui semblent se rapporter aux principaux événements épiques 1. Un grand nombre au contraire visent manifestement des faits secondaires, souvent des légendes locales, parfois même des inventions de conteurs en dehors de la tradition commune ?. L'histoire fabuleuse de PAltique a dans ce théâtre une importance toute particulière *. En général, ce qui semble avoir surtout déterminé le choix d’Euripide, c’est le caractère pathétique des sujets. Les grandes passions et les situations violentes, voilà ce qu’il recherchait. Il se souciait assez peu que le nom de ses personnages éveillàt de grands souvenirs, pourvu qu'ils eussent à son service des larmes, des soulfrances, des troubles profonds. Parfois aussi, ce qui lui plaisait en eux, c’était une certaine conformité de leur caractère ou de leur tendance morale avec son propre caractère ou les dispositions de son esprit. Il était bien aise de s’en faire des interprètes, et il s’attachait à eux en raison des services qu’il en attendait #. Les sujels de circonstance avaient une grande puissance d’attrait pour cet esprit ingénieux, qu’un rapprochement séduisait. Plusieurs deses tragédies attiques out été failes manifestement en vue des événements du jour ; de mêmeson Archélaos, composé en Macédoine. Il résulte de là que son théâtre complet devait offrir une diversité d'aspect bien caractéristique. Ge n’était plus l'imposante ordonnance de celui d’Eschyle, avec ses

1 Citons Alexandre, Antigone, les Bacchantes, Bellérophon, Danae, Hécube, EÉlectre, Hercule furieux, Iphigénie à Aulis, Palamède, Pélée, Plisthène, Protésilas, Télèphe, les Troyennes, Philoctèle, OEdipe, les QUE Thyeste.

. Par exemple : Éole, Épéos, Alceste, Archélaos, Hélène, Cadmos,

Cr . Lamia, Licymnios, Mélanippe prisonnière, Melnpue la sage, Œneus, Oresle, Palamède, Polyidos, Sthénébée, Téménos.

3. Egée, Érechlée, les Héraclides, Thésée, les Suppliantes, Hippolyte, Iphigénie en Tauride, Ion, Médée.

4. C’est ce qu’on peut soupçonner par exemple pour Palamède, pos Mélanippe la sage pour Anliope, pour Bellérophon, etc.

groupes épiques; ni la belle harmonie de celui de Sophocle, concentré en scènes héroïques. Dans celui-ci, il y avait de tout, des aventures, des prodiges, des meurtres, des incestes, des surprises en abondance, des emportements de passion, des catastrophes multipliées, en un mot toute une variété de crimes et de misères que la tragédie n'avait pas encore connue.

Cette variélé extrème, les pièces subsistantes nous la feraient voir suffisamment, quand même les autres seraient culièrement ignorées. Nous énumérerons d’abord par ordre chronologique les huit dont nous savons les dates, et ensuite par ordre alphabétique les onze auires !.

Alceste (’AXenorw), joué en 438;'tenait, dans latétralogie dont elle faisait partie, la place ordinairement attribuée au drame satyrique ?. Le poète y a représenté le dévouement de la reine de Phères, Alceste, qui donne sa vie pour sauver celle d'Admète, son époux. Morte, elle est ramencée au Jour par Héraclès, qui l’arrache aux mains de Thanatos *. La partie surnaturelle du sujet n’est qu’indiquée par Euripide. Ge qui fait la beauté de la pièce, c’est la peinture des sentiments. La tendresse et la piété d’Alceste, sa fermetéd’âme et d’esprit, la douleur d'Admète, nature médiocre, mais affectueuse et sincère, l'égoïsme naïf de son père Phérès, les regrets touchants des serviteurs y sont peints avec finesse et vérité. Quant au rôle d'Héraclès, vorace ct bruyant, quoique généreux ct dévoué, c’est la part faite à lélé-

1. Renvoyons, ici comme précédemment, aux analyses et aux appréciations détaillées de Patin.

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