V. 1218-1281, Weil, Sept Tragédies, notice d’Électre
tué par surprise ; Glÿtemnestre est attirée à l’aide d’une ruse dans la maison de sa fille, où elle tombe sous le poignard d’Oreste. Le poète semble accroître à dessein ce qu'il y avait d’odieux dans la légende, comme pour condamner le crime par son horreur mème. Le même sentiment éclate dans la scène toute nouvelle des remords d'Électre et d’Oreste. Une apparition des Dioscures sert de dénouement et fait savoir aux spectateurs ce que le poète a besoin de Icur apprendre.
Les Héraclides (‘Hozxhada) appartiennent manifestement au temps de la guerre du Péloponnèse. Le poète y rappelle vivement la dette de reconnaissance qu’Argos a contractée envers Athènes, quand celle-ci protégea les enfants d’Héraclès contre Eurysthée, leur persécuteur. Par le sujet, la pièce présente une certaine ressemblance avec les Suppliantes d’Eschyie. Son défaut capital, c’est l’abus des discours, et, par une conséquence naturelle, la faiblesse des caractères. Euripide paraît l'avoir senti lui-même, etil a cherché à y remédier en quelque mesure par l'épisode du dévouement héroïque de Macarie, par les dernières scènes du rôle d’Iolaos, neveu d’'Héraclès, qui veut combattre malgré son grand âge et qui rajeunit pour vaincre, enfin par le rôle de la vieille Alcmène, qui tremble pour ses petits-enfants, qui se réjouit de leur victoire et qui insulte avec passion leur ennemi prisonnier. Malgré ces passages, la pièce manque de sentiments profonds et nouveaux ; elle n’a point de personnage de premier plan qui attire la sympathie du spectateur *.
1. Protagoniste, Électre; deutéragoniste, Oreste, Clytemnestre ; éritagoniste, paysan, Pylade, vieillard, messager, Dioscure.
2. Protagoniste, Iolaos, Eurysthée ; deutéragoniste, Démophon, Alcmène; érilagoniste, Gopreus, Macaria, serviteur, messager. L’insignifiance du premier rôle dans cette pièce, comme dans plusieurs autres d’Euripide, est toujours un indice du défaut général de la composition.
Hist. de la Litt. grecque. — T. III. 20
La Folie d’Héraclès(Hpaxkñs pawôuevoc) est de date inconnue. Mal composée, la pièce comprend en fait deux sujets distincts. Dans la première[partie, nous voyons la famille d'Héraclès, c’est-à-dire son vieux père Amphitryon, sa femme Mégara el ses enfants, menacés de mort par le tyran de Thèbes, Lycos, tandis que le héros est descendu aux enfers. Ils vont périr, quand il reparaît et met à mort Lycos. Mais à ce moment même, la Rage (Lytta), envoyée par Héra, descend dans le palais et trouble son esprit. Égaré, ilperce de ses flèches sa femme etsesenfants, croyant frapper la famille d’Eurysthée, puis il s'endort. A son réveil, un désespoir profond le saisit, quand il voit ce qu’il a fait: Amphitryonet Théséeréussissent pourtant -à lui rendre quelque courage, et ce dernier lPemmène à Athènes pour le purifier. Beaucoup de péripéties en somme et beaucoup de merveilleux, mais peu d’unité, et, ce qui est plus fâcheux encore, peu de sentiments vraiment intéressants ; des personnages effacés, qui passent devant nos yeux sans qu'aucun d’eux s'empare de notre attention. Il n’y a guère que la scène du réveil d'Héraclès qui ait une véritable beauté morale".
Les Suppliantes (‘Tréridec) peuvent être considérées, selon le mot de l’auteur de l’argument grec, comme «un éloge d'Athènes». C’est une” pièce de circonstance qui dut être composée vers l’année 420. Les mères des chefs argiens tombés devant Thèbes viennent, sous la “conduite d’Adraste, implorer le’secours d'Athènes, pour se faire rendre les corps de leurs fils, qu’elles veulent ensevelir. Thésée prend en main la défense du droit sacré des morts, il défait les Thébains et rend les honneurs funèbres aux chefs argiens. Étant donné le sujet, ‘les discours devaient abonder dans cette pièce, et c’est en effet ce qui a lieu. Euripide a essayé d’en COMRESS
1. Prolagoniste, Amplitryon, Lytta ; deutéragonisté, Mégara, Dis, Thésée ; ARTS Lycos, Héraclés, messager.
monotonie par l'épisode d’Évadné, qui se donne la mort, malgré les prières touchantes de son vieux père Iphis, pour ne pas survivre à son époux Capanée. Ce hors-d'œuvre se rattache mal à l’action, qui reste froide t, Iphigénie en Tauride (’Tovyéveux n &y Taipous\, de date inconnue, est une pièce d’une tout autre valeur, l’unedes plus attachantes par la conduite de l’action et par les sentiments entre toutes celles d’Euripide. Iphigénie, enlevée par Artémis au momentoù on allait la sacrifier à Aulis, a été transportée par elle en Tauride. Là, chez les barbares, devenue sa prètresse, elle préside au culte sanglant qui lui est rendu; tout étranger poussé sur cette terre est immolé à la déesse. Oreste y aborde pourtant volontairement avec Pylade, car un oracle lui a promis la paix s’il rapportait de cette terre lointaine en Grèce la statue d'Artémis. Il est pris avec son ami, et tous deux sont amenés devant la prêtresse, qu’ils ne connaissent pas et qui ne les connaît pas; situation pleine d'angoisse, que le poète a su prolonger et rendre de plus en plus touchante par Part le plus délicat. A la fin pourtant, la reconnaissance du frère et de la sœur a lieu, gràäce à une lettre qu'Iphigénie veut faire porter à Argos par Oreste. Mais le danger n’est pas pour cela dissipé. Iphigénie imagine une ruse, par l'effet de laquelle, le roi -Thoas étant trompé, les trois prisonniers peuvent s’enfuir sur mer, protégés par Athéna ?. Des péripéties bien ménagées, et plus encore des sentiments naturels et touchants, les regrets d’Iphigénie, sa tendresse, son courage, la tristesse et la fermeté d'âme d’Oreste, le dévouement héroïque de Pylade, font de cette tragédie un des chefs-d’œuvre de la scène antique, bien que le poète
À, Protagoniste, Æthra, héraut thébain, Évadné, Athéna; deuté- * ragoniste, Adraste, Iphis ; frilagoniste, Thésée, messager.
2, Protagoniste, Iphigénie, Athéna; deutéragoniste, berger, Oreste, Thoas ; érilagoniste, Pylade, messager.
Lu RE ie Di
semble éviter à dessein d’y pousser l’émotion même à l'extrême limite.
Ion ("Tuv), de date également inconnue, est la consécration d'une vieille légende attique qui rattachait le père et l'éponyme de la race ionienne au dieu Apollon. lon, fils d’Apollon et de Créuse, fille elle-même d'Érechtée, a élé transporté par Hermès, dès sa naissance, dans le temple de Delphes et là élevé par les soins de la Pythie, qui Pa consacré au service du dieu. Créuse, mariée plus tard à Xouthos, à quiellea donnéla royauté d'Athènes, vient avec lui consulter l’oracle. Par une séric de péripéties adroitement combinées, Xouthos croit que le jeune prêtre est né de lui et le traite comme son ils. Créuse, d’abord é garée par la jalousie, veut faire périr cet étranger; surprise dans la préparation de ce meurtre, elle va périr à son tour, quand la mère et le fils se reconnaissent. Athéna vient au nom d’Apollon confirmer à Ion le secret de sa naissance et lui prédire sa haute destinée ?. Un tel sujet était par lui-même peu tragique. En y introduisant l'erreur et la jalousie de Créuse avec ses conséquences, Euripide n’a pu remédier qu'en parlie à ce défaut. Ce qui faitle mérite propre de sa pièce, c'est d'abord le charme religieux de la première partie, la grâce ingénue du jeune prêtre, la description du temple au lever du jour; c’est ensuite l’aimable sagesse d’Ion, son aversion naturelle pour la haute fortune qui s’offre à lui ; ce sont enfin les péripéties du rôle maternel de Créuse. I mparfaite dans l’ensemble, cette iragédie n’en est pas moins une de celles qu’on littoujours avec plaisir. Racine s’en est inpiré dans Afhalie.
1. Weil, Sept tragédies, notice : « Le plus tragique des poètes n’y a pas fait usage de toute sa force ; il a usé discrètement des effets
dramatiques dont il disposait; tout est tempéré dans ce beau poëme. »
2. Prolagoniste, Ton, vieillard ; deutéragoniste, Crèéuse ; tritagoniste, Hermès, Xouthos, serviteur, Pythie, Athéna. |
Les Phéniciennes (Poioca) furent jouées moins de huit ans avant les Grenouilles d’Aristophane, par conséquent après 413 1. Le sujet est celui des Sept contre Thèbes d’'Eschyle, mais élendu à tel point qu’on a pu dire que le poète avait réuni dans sa pièce toute la guerre de Thèbes ?. Ce qui lui appartient en propre, c’est le rôle de Jocaste, ce sont les efforts infructueux qu’elle fait dans la première partie de la pièce pour réconcilier ses deux fils. L'invention de ce rôle est naturelle et vraiment tragique. Dans la suite, l'unité dramatique est trop sacrifiée au goût du poète pour la variété, les prédictions de Tirésias promettant la victoire à Thèbes au prix de la mort d’un fils de Créon, les résistances paternelles de celui-ci, le dévouement héroïque du jeune Ménécée forment desscènes intéressantes, mais trop épisodiques. On revient au vrai sujet par les beaux récits qui nous exposent la défaite des Argiens, la lutte fratricide d’Étéocle et de Polynice, la mort volontaire de Jocaste désespérée. On s’en écarte de nouveau par les dernières scènes où le vieil OŒEdipe apparait pour se lamenter, pour recevoir de Créon un ordre d’exil et pour s'éloigner, accompagné par Antigone. De ce procédé de composition résulte une pièce trop chargée, peu cohérente, où d’admirables scènes se rencontrent dans un. ensemble qui paraît confus *.
À ces tragédies sont jointes dans les œuvres d’Euripide deux pièces dont nous parlerons ailleurs : le Rhé-
4. Scol. Aristoph. Grenouilles, 53. Le second argument de la pièce, attribué à Aristophane de Byzance, contient une didascalie fort altérée, qui rapporte les Phéniciennes à l’archontat de Nausicratès. Ce nom d’archonte est inconnu.
2. Apoll. de Synt. TI, 26 : Aî Doiviocut Edoptm'dou mepréyouor tov Or Gatxov nédEpLOv.
3. Protagoniste, Jocaste, Créon ; deuléragoniste, Antigone, Polynice, Ménécée; trilagoniste, pédagogue, Étéocle, Tirésias, messagers, Œdipe.
sos et le Cyclope. Le Rhésos semble être l'œuvre d’un poète inconnu de la fin du ve siècle ou du 1v°; ce que nous avons à en dire sera mieux à sa place dans le chapitre suivant, où nous passerons en revue les représentants secondaires de la tragédie en ce temps. Le Cyclope, drame satyrique, figurera naturellement dans l'étude spéciale, réservée à cette forme de l’art drama- Lique. — Parmi les fragments des pièces perdues, les plus importants sont ceux d’'Éole, d'Antiope, de Bellérophon, d'Érechtée, de Phaéton, de Philoctète. Un grand nombre d’autres ont aussi un réel intérêt, moral et littéraire. Cela tient évidemment à ce qu'ils ont été conservés, non pour des particularités de langue, pour des mots rares, comme beaucoup de passages d’Eschyle ou
de Sophocle, mais en raison des sentences morales qui
s’y trouvaient énoncées.
Euripide, outre ses tragédies, avait composé quelques poésies élégiaques ou lyriques. On citait en particulier un poème funèbre (érwxrdewv), sur les Athéniens morts en Sicile, et une ode triomphale, en honneur de la triple victoire remportée par Alcibiade aux jeux Olympiques. Il ne nous reste qu’un court fragment de chacune de ces deux compositions !.
Ce qui fait d'Euripide un homme nouveau dans lhistoire du théâtre grec, c’est avant tout l’absence d’une croyance antique et solidement assise.
Une sincérité de nature, vive et impatiente, éclate en maint endroit de ses œuvres à travers les conventions du genre ou les données de la tradition. Il n’était pas homme à se reposer mollement dans un beau rêve Îé-
1. Plut., Nicias, 17; Alcibiade, 11; cf. Démosth., 1. Ces fragments -
sont recueillis dans Bergk, Poet. lyr. gr., II4, p. 265.
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