LIBERTÉ DE SON ESPRIT
gendaire, ni à endormir son âme dans une vénération pieuse et paisible. Une pensée prompte, hardie, incessamment curieuse, s’agitait en lui, et sous chaque chose antique glissait un doute. Il n’entendait rien à ces délicates conciliations des natures tempérées, qui tacitement se font une sorte de vérité moyenne, par laquelle leur imagination et leur sensibilité sont satisfaites et obtiennent de leur raison qu’elle le soit aussi. Sa raïison à lui ne connaissait point cettesorte de docilité; elle était active et presque inquiète, rebelle aux compromis, toujours prête à se porter en avant. Faute d’une chronologie détaillée de ses pièces et en l’absence de témoi-
. gnages précis, nous ne pouvons qu'entrevoir l’évolution
de ses idées. Il semble bien toutefois qu’elle ait été ce qu’on devait attendre d’une telle nature. Au début, des doutes pour ainsi dire épars, une sorte d’irrévérence encore contenue, qui se laisse deviner cà et là !; puis, de plus en plus, l’allusion fréquente aux pensées secrètes, aux méditations solitaires, à l’état d'esprit des sages isolés de la foule *; enfin de véritables professions de foi sous des noms de personnages mythologiques, des déclarations de philosophie indépendante qui scandalisent le public athénien et mettent parfois le poète presque en danger *. Sous ces hardiesses croissantes, on ne peut méconnaître un ensemble de doutes qui équivalent parfois à des négalions arrêtées; mais la pensée dernière du poète s’y laisse-t-elle saisir? Ou plutôt a-t-il jamais eu une pensée de cette sorte, une. doctrine ferme qui le satisfit? Rien n’est moins certain. Sans doute, on entrevoit chez lui des hypothèses cosmogoniques, des conceptions de la vie universelle