‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 290 sur 351 · Meineke, Hist. crilica com. græc., p. 301 et · texte numérisé non relu

Meineke, Hist. crilica com. græc., p. 301 et

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par un acteur à des choreutes qui se préparaient à danser. Tout ce qu’on peut dire, c’est que c'étaient là des exceplions. En général, l’orchestra restait libre, et la comédie n’élait plus interrompue ni accompagnée par des danses. En conséquence, Les principales divisions de Paction durent être marquées d’une nouvelle manière, sans doute par des intermèdes. On peut croire que ce fut à l’origine de la division en actes, bien que nous n’ayons sur ce point aucun renseignement décisif.

Une nouveauté de quelque importance fut l'adoption lu prologue à la façon d’Euripide. Dans la période de transition que nous venons d’étudier, on en trouve déjà des traces à peu près certaines ! : c’est alors qu'il fut essayé, et le succès de cette innovation la rendit bientôt définitive. Chez les contemporains de Philémon et de Ménandre, l’usage en est courant?. Autant que nous pouvons le conjecturer, ce prologue servait à plusieurs lins. Le personnage chargé par le poète de le débiter était quelquefois un des acteurs de la pièce; souvent aussi, c'était un être de fantaisie, tel que l’Air chez Philémon, la Preuve chez Ménandre, la Peur chez un poète inconnu. Quel qu'il fùt, il apportait au publie, selon l’exemple donné par Euripide, quelques indications préliminaires

4. Voy. l’Éole d’Antiphane, fr. 18, L’imitation du prologue tragique y est manifeste; peut-être est-ce par la parodie que le prologue a passé de la tragédie à la comédie. Cf. Neoltis, fr. 168, peutêtre Poesis, fr. 191. Dans le Ganymède, fr. 73, le prologue était dialogué. Aristote (Rhét. ILE, 12) fait allusion à un passage du prologue des Edozéets d'Anaxandride et à la façon dont le jouait l’acteur Philémon. La difficulté est de savoir si le mot prologue doit être pris ici au sens large ou au sens étroit. Cf. Eubule, Antiope, fr. 10.

2, Nous connaissons huit prologues de ce temps : Philémon, fr. 91; Ménandre, les Messéniennes, la Cruche, le Laboureur, le Bourru (Aÿoxodoc), Thaïs, puis la pièce inconnue où figurait Elenchos, enfin fr. adesp. 154. L'usage des poètes comiques de Rome prouve à quel point le prologue était alors à la mode, |

sur les antécédents de l’action ou sur le lieu de la scène t.

. Cela permettait d’alléger ensuite l'exposition et d’entrer plus vivement en malière. Mais les prologues d’Euripide

n'étaient pas seulement des moyens dramatiques plus ou moins commodes : ils avaient des mérites propres, qui en avaient fait le succès. Les prologues comiques eurent aussi les leurs, etces mérites les mirent à la mode.Quand le rôle était confié à un personnage de fantaisie, la présentalion même de ce personnage au public devenait un thème amusant, où une imagination vive et spirituelle

trouvait son compte?. Dans tous les cas, le prologue en

lui-même était une sorte de causerie avant la pièce, causerie familière, capricieuse, très libre et très variable dans son allure, qui permettait de dire, à propos de comédie, tout ce qu’on voulait. Il est clair que Ménandre, quand il faisait paraître sur le théâtre la Preuve, « fille de la Vérité et de la Franchise », ne pouvait manquer de lui mettre dans la bouche de quoi justifier cette filiation. Un souvenir de l’ancienne parabase devait flotter, pour ainsi dire, dans les prologues de la comédie nouvelle : c'étaient, si l’on veut, des parabases épurées, assagies, qui se piquaient de bon ton et de délicatesse, mais qui n'en gardaient pas moins quelque chose de la malice et de la fantaisie originelles$.

Les sujets des pièces furent pris de plus en plus dans la vérité humaine. Là est Le caractère vraiment distinctif de la comédie nouvelle. Ce que l’on cherchait, en tàtonnant dans une demi-obscurité, depuis la disparition de la comédie ancienne, celle-ci l’aperçut distinctement

4. Par exemple les trois vers subsistants du prologue du Bourru

de Ménandre (fr. 127).

2, Fragments du prologue de l’Air (Philémon, fr. 91); prologue

.‘de la Preuve (Ménandre, fr. 545).

© 3. On trouvera dans l’étude de P. Fabia sur les Proloques de Térence (Paris, 1888) d’utiles indications sur l’histoire du prologue dans la comédie grecque (ch. II, p. 61 et suiv.).

ot le réalisa. Il y avait soixante ans qu'on tendait à se rapprocher de la réalité ; on restait gêné par les souvenirs des extravagances d’autrefois, auxquelles on essayait encore de suppléer par un comique de convention. Mé-. nandre et Philémon affranchirent définitivement la comédie, en lui donnant pour objet unique la représentation fine et vraie de la vie contemporaine. Une sorte de révélation se fit par cux. Les descriptions de festins interminables, les parodies, les contrefaçons de discussions philosophiques, les plaisanteries convenues, les bavardages ronflants des cuisiniers, les vanteries des soldats fanfarons, les longs récits des parasites, tout ce qui avait amusé deux générations d’Athéniens, entre la fin de la : guerre du Péloponnèse et l’avénement d'Alexandre, parut brusquement fastidieux, quand la vérité fut trouvée. Si l’on en garda quelque chose, ce fut à titre de brefs épisodes, tout à fait secondaires; encore ce vieux fond ne subsista-t-il, même dans ces conditions, qu’en se modifiant sensiblement. L'intérêt fut ailleurs. Dès qu’on eut montré aux Athéniens la véritable image de la vie athénienne, et, derrière celle-ci, l’image de la vie humaine en ce qu’elle a d’éternellement attachant, ils ne voulurent plus autre chose.

En ce genre, le sujet par excellence s’offrit ou s’imposa de lui-même : ce fut Pamour. Une passion qui est de tous les jours et presque de tous les âges, qui révèle enchacunde ceux qu’elle agite ce qui lui est propre, qui augmente le charme et l’ardeur de la jeunesse, qui rend la vieillesse quelquefois touchante et plus souvent ridicule, qui met en jeu mille intérêts domestiques, qui suscite projets sur projets, qui a besoin sans cesse d’expédients et d'intrigue, qui est plus agissante qu'aucune autre, et qui avec cela touche sans cesse au pathétique sans sortir des limites de la comédie, c'était bien là ce

qu'il fallait aux poètes nouveaux. L'amour devint l'élément essentiel de toutes leurs pièces.

Une intrigue ingénieuse, adroitement variée et conduite, mais toujours simple en somme, leur permettait d'en tirer le meilleur parti. Les imitations des poètes latins Plaute et Térence nous donnent une idée fort nette de ce qu’elle dut être en général. N'oublions pas cependant les différences. Les pièces latines sont plus chargées d'épisodes, plus compliquées par conséquent. Leurs auteurs suivent de très près une pièce grecque choisie comme thème; maisils ajoutent çà et là des scènes empruntées ailleurs. Dans l’ensemble, la comédie grecque devait donc paraître plus simple. Une seule idée dramatique s'y développait naturellement, et tout naissait de cette idée. On avait pris d'Euripide le goût et l’art des reconnaissances. Il n’y avait guère de pièce où quelque secret ne s’éclaircit à La fin, au profit d’un amour intéressant. Un des types les plus ordinaires du genre était celui-ci: un jeune homme s'éprend d’une jeune fille inconnue; divers obstacles s’opposent à la réalisation de ses vœux, la condition de la jeune fille, le manque d’argent, la volonté d’un père ou d’un tuteur ; un esclave rusé aide le jeune homme ; on réussit et on échoue, on espère et on désespère ; à la fin, on découvre que la jeune fille est de naissance libre; tout se termine par un mariage. Cela pouvail se varier de mille manières. Les poèles athéniens y excellaient. Leurs inventions étaient multiples et charmantes. On peut se représenter ces écrivains comme de curieux chercheurs, sans cesse en quête du fait-divers athénien. Un procès, une aventure bourgeoise, une situation de famille révélée par les indiscrétions quotidiennes, c’étaient Ià pour eux autant de suggestions vivement saisies: 1ls

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