TRANSFORMATION DU LYRISME AU V° SIÈCLE
Le génie poétique était trop fécond en Grèce, au v° et au 1v° siècle, pour se réduire à un seul genre de création littéraire, si brillant qu'il fût. Le drame, sans doute, sous ses deux aspects, tragédie et comédie, représentait presque à lui seul toutes les formes essentielles de la poésie antérieure, le lyrisme, l'épopée, la satire iambique ; et il les représentait dans une sorte de synthèse puissante qui les rajeunissait. Mais, en les résumant ainsi, il ne les avait pas rendues toutes inutiles. Le lyrisme avait des formes traditionnelles, appropriées à d’anciens usages, religieux ou civils, pour lesquels le drame ne pouvait pas le suppléer. Ces usages étaient toujours vivants, et ils impliquaient des sentiments très sincères, qui avaient besoin, comme autrefois, de s’épancher librement en œuvres poétiques. Il était nécessaire aux fêtes, à la célébration des grands événements, aux banquets enfin, et même, en ce qui concerne l’iambe et l’élégie, aux manifestations familières de la vie sociale. L'épopée, elle, avait disparu quand le drame naquit; elle ne répondait plus à Pétat des esprits; elle aurait pu ne pas renaitre. Diverses causes que nous exposerons plus loin lui rendirent une vitalité apparente et quelque peu artilicielle. Remise en honneur, elle profita du mouvement général des esprits, des qualités littéraires alors florissantes, et elle produisit des œuvres qui ne furent pas sans mérite.
On a vu quel était l'éclat du lyrisme au commencement du rv° siècle, immédiatement après les guerres médiques. Simonide et Pindarejouissaient alors de toute leur gloire ; leurs noms étaient connus partout en Grèce: la représentation de leurs œuvres était une fête pour les grandes familles ou pour les villes. Bacchylide, fi-
dèle à la tradition domestique, essayait de rivaliser avec eux. Presque tous les genres lyriques étaient cultivés à la fois par ces poètes, et ils l’étaient tous avec succès.
Mais, vers ce temps, deux changements décisifs se produisent dans l’art qu’ils avaient illustré. D'une part, un certain nombre de genres anciens passent à l’arrièreplan, et par conséquent le lyrisme perd en variété; il n'est plus guère représenté avec éclat que par le dithyrambe et le nome. D'autre part, les relations de la musique et de la poésie ne restent plus les mêmes! : la musique prend une importance nouvelle et sans cesse croissante ; la poésie se subordonne à ses désirs, bientôt même à ses caprices, jusqu’à ce que sa part se réduise à la confection d’un bretto insigniliant. Il est visible d’ailleurs que, de ces deux faits, le premier doit être expliqué par le second. Ce sont les exigences nouvelles de la musique qui font délaisser alors les genres trop “simples ?. Les parthénées, les prosodies, les hyporchèmes, les péans, les épinicies, les hymnes, en raison de leurs caractères propres, se prêtaient mal aux fantaisies musicales de la nouvelle génération. C’étaient des compositions ou trop courtes ou trop monotones. Au contraire, le dithyrambe et le nome convenaient aux novateurs : le nome, parce qu'il était propre, par son élendue et sa gravité, à faire valoir le talent des solistes ; le dithyrambe, parce qu’il contenait un élément passionné, au moyen duquel on pouvait transformer le lyrisme choral. Cela mit ces deux genres hors de pair. Mais ce qui les fit passer au premier rang est justement
1. Plut., De Musica, XXX : To yap malatdy.…. TpwraywvisTevouonc Ths nouoEwg, TOY À’abANTEY Onngetodvrwv Tots OLÜaoudhois" Vorepov ÔÈ ua Todro dtepbapn.
2. Plutarque (De Musica, XII) appelle Kréxos, Timothée, Philoxène et les poètes lyriques du même siècle morntai romeo, et il ajoute : Tnv yap dAtyoyopltav ua Thv MmhOTRTA Hal GEUVOTNATA TS HLOU- OLXAS RavrEAGS dpyatanv Eva GUUBEONREV.