L'ÉLÉGIE
Le nom d’Antimaque de Colophon appartient bien plus à l’histoire de la poésie épique qu’à celui de la poésie élégiaque.Nous le retrouverons un peu plusloin. Toutefois 1l est impossible de ne pas mentionner ici le recueil de ses élégies, et surtout la composition célèbre sous le nom de Zydét. Il nous en reste six fragments qui ne font pas ensemble neuf vers complets ; mais les témoignages nous permettent de nous en former une idée. C'était en fait une sorte de poème épique sous forme élégiaque ; ce poème avait au moins deux ou trois livres. Antimaque, profondément affligé, dit-on, par la perte d’une femme nommée Lydé, qu’il avait aimée, cherchait dans ce poème à se consoler lui-même en rappelant ce que des héros illustresavaient souffert de l’amour ?. L'expédition des Argonautes, nous ne savons trop pourquoi, y tenait une place considérable. Le mérite propre du poème nous échappe; mais l’érudition quis’y étalait complaisamment se laisse encore deviner. Si Antimaque avait préféré à la forme épique celle de l’élégie, c'était peut-être justement afin de pouvoir intervenir plus librement dans le récit et ÿ mêler, comme dans une sorte de libre causerie, ses souvenirs érudits et infiniment variés?.
Quoi qu’il en soit, cette élégie, narrative ou descriptive, s’écartait sensiblement de la vraie élégie lyrique, de plus en plus envahie par la banalité. C'était en fait un genre nouveau, quelque peu artificiel, où ne se rencontrait plus cet accord intime de la forme et du fond,
1. Et. de Byzance, v. Atorov, cite le livre II. Le livre III était peut-être cité par Suidas, v. "Opysves, si la correction de Gaisford est vraie.
2, Plutarque, Consol. à Apollon., p. 106 B. Cf. Hermésianax, Leontion, v. 41; Ovide, Tristes, I, 6, 1; Anthol. Palat., XII, 168 etIX, 63. Appréciation sévère de Gallimaque dans le scoliaste de Denys le Périégète, p. 317, 21, Bernhardy; nous y reviendrons un peu plus loin.
3. Sur la Lydé d’Antimaque, cf. Couat, La poésie Alexandrine, p. 64.
qui avait été spontanément réalisé danstoutes les grandes créations du génie grec. Ce genre allait grandir pourtant et acquérir, durant la période alexandrine, une sorte de popularité auprès du public lettré. |
A côté de l’élégie, une place doit être réservée, dans l’histoire de la littérature d’alors, à la poésie moqueuse, principalement à l’iambe, mais une très petite place. L’humeur satirique en ce temps s’épanche dans la comédie. Au v° siècle, pendant la brillante floraison de la comédie ancienne, les grands railleurs sont Cratinos, Eupolis, Aristophane et leurs rivaux. L’iambe proprement dit ne pouvait alors avoir qu’un bien faible retentissement, en comparaison de ces mordantes satires qui éclataient en plein théâtre aux Dionysies et aux Lénéennes. Pourtant :l n’était pas entièrement abandonné. Un des poètes de l’ancienne comédie, Hermippos, avait composé deux recueils d’iambes, que l’on appelait, d’après leur forme métrique, les Trimètres et les Tétramètres. Les Trimètres sont cités trois fois, mais à propos de détails sans intérêt {. Les Tétramètres ne sont plus représentés pour nous que par quatre vers très altérés, dont deux sont à peine intelligibles, et par quelques mots qui ne le sont plus du tout?. Toutefois ces débris informes nous laissent encore entrevoir ce qu'était l’œuvre dans son ensemble. Voici les plus significatifs : |
« En marchant ainsi, j'arrivai dans la terre des Kylicranes 3 ; j'y vis Héraclée, une fort jolie ville, par ma foi 4. »
4. Scol. Aristoph. Oiseaux, 1150 et Ploutos, 101; Athén. III, 76 B.