LES PRIX
Acteurs, choreutes, chorèges et poètes coucouraïent avec des rivaux. On pensait à Athènes, comme presque partout en Grèce, que le plus sûr moyen d’honorer une divinité, c'était de mettre au concours l'hommage qu’on voulait lui rendre. Dès le vi siècle, l'État institua des concours tragiques, c'est-à-dire qu’il eut ses juges et décerna des prix.
Ces prix élaient attribués à un groupe indivisible, formé du poète et du chorège. On récompensait l’un pour son talent, l’autre pour sa générosité et pour les soins intelligents qu’il avait donnés à l'instruction du chœur. Chacun d’eux avait sa part du succès, mais la victoire était commune. De la sorte, un même intérêt les stimulait. Ne pouvant pas triompher l’un sans l’autre, ils étaient obligés de s’entendre et de s’associer étroitement. Dans cette association, c'était naturellement le poète qui avait le pas. Les trois concurrents admis par l’archonte étaient classés. Mais le premier rang était une victoire, le second un demi-succès, le troisième une défaite.
Les acteurs ne furent d’abord dans le concours que les auxiliaires du poèle. Interprètes de sa pensée, ils ne faisaient qu’un avec lui, et par suite il ne pouvait y avoir pour eux de récompenses distinctes. Plus tard, quand l'interprétation dramatique eut prévalu sur l'œuvre même, les choses changèrent. Au 1v° siècle, nous voyons par les inscriptions que les protagonistes
concouraient entre eux. C'était là sans doute le dernier
terme d’une série de changements qui nous échappent. Il put arriver en ce temps qu’un acteur füt mis au premier rang, pour sa façon de jouer une pièce qui n’était classée elle-même qu’au second ou au troisième *. Rien
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ne montre mieux à quel degré de subtilité dans lapprécialion les juges athéniens étaient alors parvenus.
Il va de soi que les prix de tragédie ainsi décernés soit aux poèles, soit aux acteurs, étaient indépendants de leur salaire. Nous sommes d’ailleurs dépourvus de renseignements précis sur leur valeur.
Par qui étaient-ils décernés? Nous ne pouvons le dire que pour Athènes. Là, le sénat et Les chorèges intéressés dressaient ensemble, chaque année, avant les concours, une véritable liste de jurés, dont les noms groupés par tribus étaient mis dans des urnes. On scellait ensuite ces urnes et on les gardait dans lAcropole !. Dans ce premier choix, le Sénat représentait l'État, et chaque chorège son intérêt personnel. Au jour du concours, les urnes étaient apportées au théâtre. L'archonte tirait au sort dix noms, un par tribu ?. Les dix personnes désignées constituaient ensemble le jury; on les appelait les juges (xptrai). Ils prêtaient serment, et dès lors tout dépendait de leur décision, qui ne dépendait elle-même que de leur opinion personnelle. Leur sentence était rendue au scrutin secret, à la lin du concours, et proclamée alors par la voix du héraut *.
Le public n’avait aucun rôle officiel dansce jugement. Cela ne veut pas dire qu’il ne prit point parti pour les concurrents et qu’il n’exerçât pas son influence sur le vote final. Les poètes le sentaient si bien qu’ils ne né-