LES PRIX
gligeaient rien pour le bien disposer. Dès le v® siècle, les concours tragiques des Dionysies étaient précédés, à quelques jours de distance, d’une cérémonie particulière, qu’on appelait le prélude du concours (reoéyuv). Le 8 d’'Élaphébolion, jour de la fête d’Asclépios, le peuple s’assemblait à l’Odéon, et les poètes admis au prochain concours venaient se présenter à lui et lui présenter leurs acteurs et leurs choreutes ‘. Chacun d’eux était appelé à son tour par le héraut ?. Il entrait en scène, couronné comme pour un acte religieux, suivi de son chœur et de ses acteurs, non costumés, et il faisait connaître au public le sujet des pièces qu’il se proposait de soumettre à son Jugement ?. À partir de ce moment, le programme des concours était officiellement connu, les cabales pouvaient se former. Elles étaient parfois si violentes, qu’il devenait difficile à l’archonte de tirer au
sort le nom des juges #. En tout cas, les impressions du
moment suffisaient à rendre les représentations agitées. Ces spectateurs athéniens étaient vifs, ardents, impressionnables. On pleurait, on criait, on applaudissait, on sifflait. C’étaient de longues acclamations ou de véritables huées 5. Quand le public était trop mécontent d’un acteur, 1l le chassait de la scène honteusement, quelque fois même en l’accablant de projectiles divers. Quand au contraire 1l était ému et captivé, son enthousiasme éclatait en longs transports. Le caractère religieux de la fèle n’était en aucune façon un obstacle à ces explosions tumullueuses ; les Grecs ont toujours eu la dévotion libre et bruyante. D'ailleurs, le tempérament national le
1. Schol. Eschine, contre Ctésiphon, 67. Sur le xpoäywy, voir Rohde, Rheinisches Museum, XXX VIII, p. 251.