ATHÈNES APRÈS LES GUERRES MÉDIQUES
L'expulsion des Pisistratides en 510 et l'institution démocratique qui s’ensuivit, puis, vingt ans plus tard, en 490 et en 480, la grande crise de la guerre médique, deux fois renouvelée, et prolongée ensuite par les victoires de Cimon jusque vers 450, tels furent, comme chacun le sait, les événements, qui décidèrent de ia primauté d'Athènes.
L'influence qu’ils eurent sur l’âme athénienne fut immense. L’orgueil du succès et de la liberté la remplit d'enthousiasme. Victorieuse du barbare, libératrice de la Grèce, maîtresse d’elle-même, Athènes se sentit capable des plus grandes choses. Et, comme elle était désormais l’objet de l’admiration nationale, toutes ses forces s’exaltèrent, comme celles d’un athlète déjà couronné qu'enivre l’attente de la foule.
. Mais, indépendamment de cet effet intime, si puissant, les mêmes événements eurent d’autres résultats plus visibles, et peut-être aussi féconds. Contrainte par les besoins de la défense à se créer une puissance navale de premier ordre, Athènes devint la tête d’une importante confédération maritime et en même temps la principale place de commerce du monde grec. Les relations d’affaires provoquèrent les relations d’idées. Il n’y eut pas de ville plus fréquentée par les étrangers. On y vint de toute part, d’abord pour commercer, puis pour voir, bientôt pour être vu. La foule attire la foule. Cette affluence, ce mélange des races, ce mouvement d’affaires, cette importation perpétuelle de marchandises, de modes, de religions, de talents, tout cela formait le plus varié des spectacles !. Les curieux accouraient, et derrière eux
4. Xénoph., Banquet, IV, 44 : Kai uv, dit Antisthène, xat rù &6p6-
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venaient les gens désireux de se montrer, artistes, savants, inventeurs, sophistes, des hommes de mérite et aussi des charlatans, ceux qui voulaient répandre leurs idées etceux qui se proposaient d’en tirer profit. Grâce à ce concours et à lamagnificence de l’État, les fêtes d’Athènes devinrent splendides autant que variées !. Jamais encore pareille chose ne s’était vue en Grèce. Toutes les autres cités, même les plus célèbres, semblaient à présent de simplesbourgades en comparaison de celle-ci, qui était à elle seule tout un monde ?. Les esprits s’y aiguisaient comme nulle part ailleurs, par le frottement. Entre l'Acropole et le Pirée, on pouvait se faire une expérience morale aussi étendue qu’en voyageant de Milet à Syracuse. Et cette expérience était plus fructueuse, parce qu’elle était plus rapide et plus condensée. L’Agora était vraiment le lieu d’où un génie clairvoyant apercevait le mieux la vie humaine dans sa variété superficielle, et par conséquent aussi dans son unité profonde.
D'ailleurs cette ville, ouverte à tous, gardait son caractère propre. Quandelle devint le centre du monde grec, elle était assez assurée dans son naturel pour ne plus risquer de le laisser entamer et dissoudre par lPapport confus desmæurs et des idées du dehors. Aussise format-il dans Athènes au ve siècle un hellénisme athénien, bien supérieur en originalité à l’hellénisme de la période suivante. Dans l’un, leséléments les plus purs du génie grec furent recueillis et mis en œuvre par une ville qui les marqua de son empreinte, comme une belle monnaie d’or à fleur de coin. Dans l’autre, ils coururent le monde, déjà usés et refondus, puis refrappés mollement çà et là, sans unité d’art ni de sentiment.
Institutions et mœurs, tout à la fois faisait ressortir ce caractère propre d'Athènes. Jusqu’à la guerre du Pélo- 4. Thucydide, II, 38.
2. Isocrate, Anlidosis, 299 : Kat gaouv of pèv tosodro: LOVnY Efvar Tau- TV TOV, Ta d'ÉARRÇ HWLEG.