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Aristoph., Grenouilles, v

Hist. de la Litt. grecque. — T. III, 12

avec une force incomparable dans la grande scène où le messager décrit les sept chefs ennemis et où Etéocle fait connaître ceux des siens qu’il compte opposer à chacun d'eux : tout y est en récit et tout y semble en action. Comme dans les Perses, une pensée religieuse domine tout le draine.

Prométhée enchaîné (Tsoundeds decuvrns), dont nous ignorons la date précise, nous paraît avoir été composé après les Sept ?. Le sujet traité par le poète est Le supplice de Prométhée, puni par Zeus pour avoir dérobé le feu. La Théogonie d’'Hésiode lui en a fourni l’idée première; mais il l’a singulièrement agrandie par la valeur morale qu'il a donnée au Titan, en faisant de lui comme un représentant divin de lhumanité. A lui appartient le premier rôle; 1l est en scène depuis le début jusqu’à la fin. Les rôles secondaires, bien plus nombreux que dans les pièces précédentes, sont ceux d’Héphestos, de Kratos, d’Okéanos, d’Io et d’Hermès, tous marqués de traits individuels. L'importance du rôle d’Io et sa beauté lyrique montrent que le poète se servait alors du second acteur bien plus hardiment qu’il ne l’avait encore fait ?; par là le Prométhée est tout près de l’Orestie. En outre, la présence simultanée de trois personnages dans la première scène ne peut s’expliquer naturellement que par lemploi d’un troisième acteur *. Si d’ailleurs la

4, Le passage sur l’éruption de l’Etna prouve en tout cas que la pièce est postérieure à 475 (Cf. Thucyd. III, 116).

2. Sur l’authenticité de l’épisode d’Io, voir H. Weïl, ouvr. cité. Certains critiques sont aujourd’hui disposés à croire que le Prométhée a Aù subir des remaniements profonds ; voir en particulier E. Bethe, Proleg. zur Gesch. d. Theat., ch. IX; mais ces hypothèses paraissent loin d’être prouvées ; elles ne tiennent pas assez de compte de la nature spéciale du sujet.

3. Pour éviter cette conclusion, deux suppositions ont été faites. On a imaginé que le personnage de Prométhée, étant muet dans la première scène, pouvait y être représenté par un mannequin, dans lequel le premier acteur se glissait après avoir joué le rôle

pièce, quant à la structure, peut être regardée comme inférieure aux Perses, cela tient aux conditions mêmes du sujet : le drame proprement dit est dans les premières scènes et dans la dernière. Mais elle rachète largement ce défaut par la grandeur des situations, par la variété pathétique des chants, par l’émouvant épisode d’'Io et par la beauté des récits de Prométhée. — Que cette pièce ait fait partie d’un groupe plus étendu, cela n’est pas douteux; et il paraît même certain qu’elle avait pour suite le Prométhée délivré (Ioownñeds Dvémmevos), dont il nous reste des fragments assez importants. Cela étant, il y a tout lieu de croire que Prométhée porteur de feu (Hsounbeis ruspépos), complétait la trilogie en y occupant la troisième place ; mais c’est encore une question de savoir quel en était au juste le sujet !.

L’ Orestie ('Opécrerx), comprenant Agamemnon, les Choëphores, les Euménides et le drame satyrique Protée, fut jouée en 458 ?. Protée est perdu, mais les trois tragédies nous restent : c’est la seule trilogie liée qui soit venue jusqu’à nous, et cela en augmente encore l'intérêt. Le sujet en est emprunté aux légendes cycli-

d’Héphestos (Voir Sommerbrodt, Scænica, où cette opinion est rapportée, mais combattue). Il n’est pas donné à tout le monde de croire à ce mannequin. D’autres admettent que le rôle de Kratos était récité par un choreute : s’il en était ainsi, ce choreute était vraiment un troisième acteur. La difficulté vient de ce qu’on ne trouve pas dans le reste de la pièce l’emploi des trois acteurs. Cela tient uniquement à ce qu’on voudrait les voir en scène tous trois à la fois. Mais cet emploi simultané a pu être un perfectionnement; il suffit qu’il apparaisse dans la première scène du Prométhée enchaîné.

4, Discussion : Hermann, Opuscula, t. IV et VIIT; Welcker, Die

schyleische Trilogie Prometheus et Rhein. Museum, 1861; Westphal, Prolegomena zu Æschylus Tragüdien, appendice, Leipzig, 1869; H. Martin, La Promélheide, Mém. de l’Acad. des Inscript. et Belles- Lettres, t. XX VIII, > partie; etsurtout H. Weil, Études sur le drame antique, ©. TIT.

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