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Dieu, qui est le Verbe, incarné pour la rédemption de
l'humanité ; vues nouvelles sur la nature humaine, sur sa
faiblesse quand elle s’abandonne à ‘elle-même, sur sa
sublimité quand elle s’élève à Dieu et y trouve son solide point d’appui ; voilà pour les idées ; — élan irrésistible de l’âme renouvelée vers Dieu ; culte transformé en amour, dont on trouve à peine le germe dans certains conventicules profanes de l’époque hellénistique ; conception nouvelle de la nature, à laquelle Dieu, entrevu à travers ses œuvres, prête une grandeur et une majesté accrues ;
ardeur de la charité, qui ne se contente pas de voir les
souffrances du prochain et d’en chercher la guérison théorique, mais qui les ressent comme un mal qui lui est propre et qui ne connaît pas de repos jusqu’à ce qu’elle: ait mis tout en œuvre pour en procurer la guérison effective : voilà pour les sentiments. L’éloquence de
Démosthène ou celle de Cicéron elle-même n'avait pas
trouvé dans les intérêts de la patrie une matière aussi riche et aussi haute, ni dans le dévouement à cettepatrie un foyer d'inspiration plus ardent. )
De là l’ampleur, la vie, l'éclat, l'élévation, le pathétique
de cette éloquence de Basile, de Grégoire de Nazianze,.
de Chrysostome, dont nous avons étudié en détail les monuments. Ce n’est pas seulement dans leurs discours. proprement dits qu’elle nous émeut et qu’elle nous charme ;. c’est également dans leurs traités, qui ont aussi la forme
oratoire. Ces maîtres de la parole, ces maîtres du style
ont, il est vrai, leurs défauts, qui parurent souvent des. qualités à leurs contemporains, mais que nous savons. reconnaître. Ces défauts tiennent au-goût de leur temps, ce sont ceux que la sophistique avait mis à la mode, dès le rr° siècle et le 111. Libanios, avec son enthousiasme pour Démosthène, Thémistios, avec son attachement
à Platon et à Aristote, reviennent sans doute aux
meilleures traditions classiques ; mais cette imitation, même de modèles excellents, est fâcheuse par sa fidélité
trop stricte ; les rhéteurs n’ont jamais compris quelle.
Es
CONCEUSION, MAL IR LUNER CAN
ses “à y a entre s'inspirer des grandes œuvres et. les imiter. De plus, le goût asiatique avait survécu ; "K Himérios, en faisant sa part au renouveau du classicisme, en reste le représentant, alors que les représentants du goût classique, Libanios et Thémistios, ne lui refusent - pas la sienne. Enfin, certains défauts des grands orateuts. … chrétiens du rv® siècle — comme aussi. quelques-unes de leurs plus belles qualités — s'expliquent par leur origine orientale. Villemain a dit de Chrysostome : « C’est le Grece devenu chrétien ». Oui, mais ce Grec de formation est un Syrien de naissance, et on peut croire qu’une: certaine surabondance — aussi bien que la fraîcheur de. son imagination — provient de sa race. Cet humanisme chrétien, dont le rv® siècle a vu la floraison, éblouit par sa richesse et par son éclat. Il pèche par excès ; il - relève d’un art qui a dépassé le point de maturité. Il lui manque cette précision et cette sûreté dans le choix . qui sont la marque du goût attique, et qui se retrouvent dans notre littérature du xvrre siècle.
Exercés autant qu’on pouvait l’être à tous les jeux de la rhétorique, les docteurs chrétiens du 1v® siècle ne: l’étaient pas moins à ceux de la dialectique. Notre objet - ne pouvait point être, dans une histoire littéraire, de > suivre aussi minutieusement le développement de la théologie que doit le faire un historien du dogme. Nous ” n'avons jamais négligé cependant de marquer, en nous. . en tenant à l'essentiel, les étapes de la pensée chrétienne. . On a donc pu voir suffisamment — nous l’espérons —
comment cette collaboration de la philosophie à la théo- logie, qui commence avec l'Évangile de saint Jean, se
continue par les Apologistes, se développe avec les Alexandrins, a pris toute son ampleur au rv° siècle, en gardant le même caractère foncier. La foi chrétienne reste incluse, pour l'essentiel, dans la formule du baptême, telle que la donnent les Synoptiques, et, sous une forme plus : complète, dans le Sy apostolique. Mais cette for- mule et ce symbole s’épanouissent en une dogmatique:
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rge usage des notions que le € étisme et le stoïcisme avaient élaborées. IF a. re
out: que le néoplatonisme les avait Un eiis dal son “3 éclectisme, il a fallu des ra Hinereentes de dialectique
1 je de Nicée et dans les années qui suivirent, ainsi que pour Patio ne union n des deux natures en a Jésus qui devil
| notre exposé. "+.
be choix de cette date est SUOUE au sens. où toute 174
a Robes Il est légitime, parce qu’elle marque bien ‘4 Ja fin d’une étape. Nous nous étions proposé de voir | ; comment s’est formée une littérature dont la source d inspiration est l'esprit chrétien, et qui s’est exprimée, #0 une fois la période primitive passe, beaucoup moins en créant des formes originales qu’en adaptant à son | usage les formes anciennes. À la fin du 1v° siècle, cette évolution est accomplie. Quelques écrivains ont eu leur vie partagée entre le rv® siècle et le ve. Nous avons étudié, en sortant parfois de nos limites, tous ceux qui dE vraiment fait sentir leur action dès la première de ces deux époques. Cyrille, patriarche d'Alexandrie de 12 à 444, Théodoret,.né vers 393, mort en 457- 8, appar- 1 ‘tiennent à la seconde ; ils ont une grande importance pour l’histoire. ecclésiastique ; leur œuvre littéraire n’est pas à A | dédaigner, mais elle n’apporterait aucun élément nouveau à notre point de vue (1). Celui que nous pouvons avoir le. plus de regret d’avoir laissé hors de notre cadre, c’est | Synésios de Cyrène, né vers 370, mort entre 412 et 415.
(1) M. R. Gurccanp publiera, dans la Dollestion d'Études anciennes, une Hisioire de la Littérature Byzantine qui prendra son porn de dé part à la date où nous nous sommes arrêtés.
He son activité Re s’est exercée ah une ion pie de l'empire, principalement après la Hate que nous n’avons pas “ct ro et c'est
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| essayé de tante la justesse. de leur so par ds k' D Licmenrs arbitraires ou superficiels. Si l’on regarde. û . plus largement les choses, on sera d'accord avec eux sur
le fond. L’ hellénisme, en l’arrêtant à l’époque de Théodose, # ÿ cn a. | vécu à près. de dix siècles à la pie de l'histoire Pb
vi isation c qui, dans sa durée exceptionnelle et son exten- 1 «sion très ‘complexe, ne: saurait être facilement “définis,
“élunte de développer harmonieusement r âme et de corps | “tout : ensemble, et, dans Va âme, toutes les facultés dont elle se 2
(1) Parmi Le poètes, Nonnos, sur la vie duquel nous ne savons à peu ‘à ÿ rès en, L RpurHent plutôt, semble-t-il, au ve siècle qu’ au AN UUTIN . PE
E < 1 - 4 ? # nn. k A Ce - " 684 LA LITTÉRATURE GRECQUE CHRÉTIENNE
iv® siècle avant notré ère. Ce n’est pas exprimer toutes. les possibilités qu’il contenait en germe. Une note pessimiste résonne parfois, très âprement, dans la poésie grecque. Le Pythagorisme et le Platonisme n’ont pas été: seulement des écoles, mais ont tendu à devenir des églises. La pensée d’Aristote, après avoir accompli le labeur le plus patient pour expliquer la réalité sous tous
ses aspects, s’achève en une ascension vers le Dieu auquel
la plus haute partie de notre âme est apparentée. Le stoicisme, en son matérialisme radical, a su donner cependant. un sens religieux à la vie. Origène ne pouvait pas lire lesplus belles pages des philosophes sans éprouver qu’à travers la diversité des dogmes, l'esprit humain, quand il s'élève jusqu’à certaines cimes, reconnaît son unité.
Ce n’est là, je le sais, qu’un aspect des choses. À celui
ui vient de marquer ainsi l’affinité, rien n’est plus facile que q ,
de répondre en mettant au premier plan l'opposition entre
la pensée hellénique et la foi chrétienne. Nous avons tenu à montrer nous-mêmes, dans l’introduction de ce dernier volume, sur quels points l’une et l’autre, au début du 1v® siècle, continuaient à se contredire. L'Église n’at-elle pas été du reste, pendant trois siècles, soit en conflit latent, soit en lutte ouverte avec l’État ? En même temps que se livrait ce dur combat, un accord s’ébauchaiït, et c’est parce qu’il était déjà réalisé en grande partie, lorsque Constantin, en passant à la religion nouvelle, y a fait passer l'empire avec lui, que ce changement,
le plus profond qui se soit produit dans l’histoire du monde, s’est accompli avec le minimum de violence et de
déstruction immédiate. C’est pour là même raison que,
si, au cours d’un siècle environ, le paganisme a été extirpé en tant que culte public, l’héritage de la pensée antique
a été sauvé pour une bonne part. Cette conciliation s’est
faite un peu au hasard, sans que les éléments qu’elle
réunissait pussent prendre toujours, en s’associant, une
cohérence logique. Elle s’est faite conformément à certaines. affinités partielles, en négligeant les contrastes. Elle s’est.
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faite pour répondre aux besoins de la vie. Elle a permis au christianisme de s’adapter au milieu où il avait trouvé son destin et de n’y pas faire figure d’intrué, quand, après une longue lutte, il est devenu le maître. Elle lui a permis de fonder une société nouvelle. L’historien est done
autorisé à conclure qu’elle: a été féconde et bienfaisante.