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de son ouvrage. Son interprétation est tout entière symbolique : la Fiancée est l’Église ; les deux mamelles sont les deux Testaments, dont Philon tient beaucoup à montrer l'inspiration commune. Ces allégories sont un peu massives. Rarement l’auteur a une formule dubitative (1) ; d’ordinaire, il se sent absolument sûr de lui, et il s’émerveille souvent de l'harmonie qui lui semble régner, de chapitre ‘en chapitre, dans les métaphores (2). Le souci qu'il affécte ‘ainsi du contexte ne prouve nullement d’ailleurs qu’il ait
réussi à lier solidement entre elles les allusions qu'il
découvre dans chaque verset. Il ne propose pas une
interprétation d'ensemble qui rende compte de la compo-
sition du Cantique et de sa forme dramatique. Au total,
l’œuvre est médiocre, quoiqu’on l’ait jugée parfois avec - une sévérité exagérée (3).
(1) Ainsi $ 22, $ 33. :
(2) Je pense à Rrepe, qui dans son Auslegung des Hohenliedes in der
. jüdischen Gemeinde und der griechischen Kirche, a appelé Philon (p. 77)
«le plus stupide des interprètes du Cantique ». Il est vrai que tel passage (par exemple ch. cc) est assez ridicule. Quelques morceaux — sur l’incarnation — ne sont päs sans intérêt théologique (ch. Lx1v, par exemple) ; d’autres expriment un sentiment chrétien sans originalité, mais sincère. — Le texte dont nous disposons n’est pas assez sûrement établi pour que nous puissions juger de la qualité de la langue.
Nous avons suivi l’histoire de la Littérature chrétienne grecque depuis ses origines jusqu’à la période où elle est . parvenue à son plus haut point de perfection. Le christianisme est né dans un pays sémitique ; la langue parlée au moment où Jésus a prêché était l’araméen ; les livres sacrés qui fournissaient ses titres à la religion du peuple Juif avaient été rédigés en hébreu. Rien n’a subsisté des premiers écrits, sans doute rares et brefs, que la communauté naissante a pu produire, tant que la foi nouvelle resta confinée en Palestine. Une ou deux formules araméennes, quelques mots hébreux pris aux Psaumes,
voilà tout ce qui, dans le Nouveau Testament, atteste encore que Jésus et ses disciples ne parlaient pas le grec. C'est en grec qu’ont été composés les nouveaux livres
destinés à devenir sacrés; non pas dans le grec classique
qu’enseignaient les écoles, mais dans la langue populaire, commune (xowx), qui était employée dans les diverses régions de l'Orient hellénisé.
La langue en est le grec ; l’esprit hellénique, sans en
être exclu, n'y tient qu'une place secondaire. L'esprit
du Nouveau Testament, c’est, par le monothéisme et la morale du Décalogue, celui de l'Ancien, et principalement des écrits qui, dans l’Ancien, renferment les données essentielles sur l’histoire primitive du monde ou expriment avec une puissance incomparable le sentiment religieux :
la Genèse, les Prophètes, les Psaumes. C’est, par le tour
donné à la croyance en Dieu le Père, par le rôle attribué :
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le Fa us un Er nouveau, celui de Jésus. Les auteurs des Évangiles, celui des Actes, Paul et quelques autres n’y ont introduit que pour une part assez faible certains éléments doctrinaux, un accent, une couleur, où se trahit l’influence du milieu grec. Malgré ses attaches
. juives, malgré les rapprochements qu’en telle ou telle
page, le Nouveau Testament suggère parfois avec les idées
. des religions que l’on appelle aujourd’hui hellénistiques,
il apparaît, en son ensemble, comme animé d’une inspira-
tion nouvelle, sans laquelle il n’aurait pas été l'instrument
tout-puissant de propagande qu’il est devenu dès la
seconde moitié du second siècle.
Les plus anciennes missions, celles de saint Paul et de
ses contemporains, bien qu’elles aient marqué la rupture
… entre l'Église chrétienne et la synagogue et fait passer -son avenir de la Palestine dans le monde grec et latin,
… n’ont guère pu s’adresser, entre les Gentils,qu’à ceux qui avaient été déjà plus ou moins touchés par la propagande
juive. À part d’assez rares exceptions, dont quelques-unes furent peut-être éclatantes, elles n’ont dû également pénétrer que dans les couches inférieures ou moyennes de la société, qui ne manquaient pas de quelque cul-
. ture, — car la culture était alors très répandue — mais dont
les besoins. moraux et religieux étaient cependant plus
intenses que les besoins intellectuels. Vers 150 environ,
l'exemple des premiers Apologistes nous prouve qu’on - comptait déjà, dans la communauté de Rome et ailleurs,
un certain nombre d'hommes qui avaient reçu une. éducation philosophique et littéraire passable, et qui avaient été d’abord formés par la tradition hellénique. Ces hommes devaient viser à faire des conquêtes dans les milieux d’où ils étaient eux-mêmes sortis, et, s’il s’en offrait une chance, dans des milieux encore supérieurs. Parce qu’ils avaient pris certaines habitudes
” d'esprit indélébiles, et parce qu’ils les savaient d’ailleurs utiles pour obtenir l’audience des païens cultivés parmi
lesquels ils souhaitaient recruter des prosélytes, ils furent portés naturellement, et ils se résolurent de propos tr à se conformer dans leurs écrits à des règles qui s’impo- saïient comme une sorte de bienséance. Ils se contentaient d’un minimum d’art ; mais aux méthodes d’argumentation qu’ils tenaient de l’apologétique juive ou que leur suggéraït la nature même de la nouvelle croyance, ils joignirent celles de la dialectique profane. La sincérité de leur foi et le zèle de leur charité leur inspiraient une éloquence d’une simplicité et d’une fraîcheur originales ; ils y associèrent cependant les procédés de la rhétorique. L'influence exercée par l’hellénisme fut loin de se borner ainsi à la forme. La croyance primitive tenait en quelques articles assez simples ; elle était fondée sur l'Ancien Testament et sur la parole de Jésus, entretenue par l’inspiration de l’Esprit qui se perpétuait dans l’Église. Ces garanties de la foi suflisaient à celui qui était déjà chrétien. Mais comment était-il possible d’en faire sentir la valeur aux profanes, que la grâce n’avait pas encore touchés, et dont il fallait préparer l’esprit à ne pas se dérober quand elle viendrait ? Du reste les chrétiens cultivés eux-mêmes, si ferme que fût leur foi, éprouvaient le besoin de la transformer en une doctrine, de l’organiser en un système bien lié, de l’appuyer sur des raisons logiques. L’exemple donné par le quatrième Évangéliste, dans ce prologue où il avait établi la divinité de Jésus en recourant à la notion du Verbe, les autorisait et les encourageait. Ils ont fait appel aux conceptions élaborées par la philosophie, pour éclaircir l’idée du Dieu Père, pour définir le rôle du Fils identifié au Logos ; à certaines idées répandues dans les petites chapelles hellénistiques, pour développer les rites jusqu’à en faire des sacrements ; aux éléments les plus purs et les plus hauts de l’éthique profane, pour préciser et compléter leur prédication morale. Le platonisme d’abord, le stoïcisme et l’aristotélisme en quelque mesure, et plus que tout cette philosophie éclectique qui, sous des appellations multiples,
nuançait et dosait diversement une même somme d'opimions moyennes sur lesquelles l'accord général s’était fait, leur ont fourni le concours qui leur était nécessaire. Malgré <es emprunts, souvent considérables, on ne doit pas croire que l'originalité foncière du christianisme fut altérée | gravement. Elle restait ramassée dans la personne ‘de -
Jésus : dans sa personne historique, c’est-à-dire dans
l'image qu’en faisaient connaître les Évangiles ; dans sa personne théologique, où venaient se concentrer toutes les notions dérivées de la Bible juive, de la philosophie, des divers milieux religieux contemporains, notions du Messie, du Sauveur, du Seigneur. La personne théologique se superposait en quelque sorte à la personne : historique, à laquelle s’attachait d’abord le croyant, Ja naïssance virginale et la résurrection étant regardées d’ailleurs comme des données historiques. De même, si lidéalisme platonicien, le rigorisme stoïcien, et même
cette sagesse pratique d’Aristote qui sait finalement
s'élever si haut, ont été utiles aux moralistes chrétiens pour systématiser leur doctrine aussi bien que pour en préciser les détails, la règle de vie fondée, comme l'avait
voulu Jésus, sur le double précepte d'amour, amour de
Dieu, amour du prochain, est restée aussi différente de
| ces trois éthiques que l’Église se distinguait de l’Académie,
du Lycée ou du Portique, par les relations qu’entretenaient
entre eux ses membres et l’organisation qu'ils avaient.
donnée.
Cette Église prit une orientation décisive, en premier
lieu quand les fidèles d’Antioche envoyèrent la première
mission chez les Gentils, et plus tard quand les repré-
sentants les plus cultivés de la pensée chrétienne, dans de
grandes villes comme Éphèse, Athènes, Rome, acceptèrent
ou provoquèrent une certaine collaboration de l’hellé-
nisme, terme qu'il faut entendre ici au sens très large
où 1l s'applique à la société de l’époque alexandrine et
romaine, qui gardait assurément la tradition de l’hellé-
nisme classique, mais en y mêlant des éléments de prox 43. — t. III
venances très diverses. Le mouvement commencé assez
vivement dès la période primitive, par une sorte de néces- sité inconsciente plutôt que de parti-pris , se continua
d’une allure modérée au temps de ceux que nous appelons
les Pères Apostoliques, sans qu’il y entrât davantage une
initiative réfléchie. Les Apologistes virent la nécessité de
ne pas isoler le christianisme du monde où il était appelé à vivre, et, comme les premières générations chrétiennes
s'étaient refusé, en rejetant la Loi, à rejeter aussi l’An- cien Testament et à rompre ainsi tout lien avec le passé,
ceux-là ont vu clair qui ont empêché les générarious
suivantes de supprimer tout contact avec la partie de l’ hu
manité — c'était l'humanité presque entière — qui était.
restée en dehors de la tradition juive.La sagesse n’était
pas de proclamer « l’unicité du christianisme » avec cette ‘étroitesse exaltée qui, dans la bouche de Marcion, à
arraché à Harnack un cri d’admiration. Elle était du - côté de ces hommes aux idées larges et généreuses, tels. . que furent Justin et Athénagore, quand, aussi convaincus que Marcion que le christianisme apportait un esprit
nouveau, ils ne consentirent pas à ne reconnaître la
nouveauté que dans un radicalisme farouche. Au lieu de:
détacher, avec le pseudo-disciple de saint Paul, un petit groupe de saints de toute réalité historique pour le mettre uniquement en rapport avec un imaginaire Dieu étranger,
ils voulurent que leur foi, si raisonnablement considérée par leurs prédécesseurs comme un couronnement de la religion de Moïse et des Prophètes, non comme sa condamnation et sa ruine, ne fût pas inconciliable non plus avec
ces vérités incomplètes et éparses qu'ils croyaient dis- tinguer dans le polythéisme même ou surtout dans la . philosophie. Cette seconde démarche était aussi nécessaire:
que la première, si le christianisme voulait remplir toute sa destinée et conserver le caractère universel qu'il avait. . revendiqué.
De Justin à Théophile, les Apologistes en ont assuré le
succès, malgré l'indifférence que conservaient beaucoup
RS en um ist, = = |
CONCI. USION
5 E chrétiens | pour tout ce qui dépassait la simple Hooreule de la foi, qui avait pris corps dans un symbole: malgré Ja défiance avec laquelle d’autres repoussaient tout rappro- \ .chement avec une civilisation diabolique. Ils ont accompli la tâche qu'ils s’étaient attribuée avec une science incertaine, un talent inégal, une bonne volonté parfaite. ls : ont eu pour successeurs des hommes qui ne pouvaient les si surpasser en zèle sincère, mais quieurent par rapport à eux ‘une grande supériorité intellectuelle ; ce furent les docteurs de l’école d'Alexandrie, qu Oabte transféra à Césarée, après ses démêlés avec l’évêque Démétrius. Clément, : Origène se montrèrent en possession du même savoir et HN des mêmes méthodes que les meilleurs représentants de la littérature et de la philosophie helléniques en leur temps. , Par l’étendue et l'originalité de son esprit, Origène est même très au-dessus de tous les païens du n° et du ae siècles jusqu’à Plotin, qui peut seul lui être comparé
Dans l’élaboration d’une théologie qui, en apparence, a, restait fondée uniquement sur l’Écriture, mais qui en en
réalité ne perdait jamais de vue les problèmes posés par
la philosophie classique ou par le gnosticisme contem-
porain, Clément, Origène, Théognoste ont risqué parfois,
- on doit le reconnaître, de faire dévier la pensée chrétienne
de sa tradition légitime, et ils ont tenté certaines combi naisons périlleuses. Aussi ont-ils suscité une résistance
plus vive que les Apologistes. Clément nous est témoin
de l'opposition qu’il rencontre fréquemment ; Origène LEUR a trouvé, dès la fin du rre siècle, dans Méthode, un adver- is saire déclaré, et fut plus tard partiellement NE rs Les Apologistes, en même temps qu’ils ont concouru à à associer la pensée hellénique à la pensée chrétienne, ds ‘ont introduit dans la littérature ecclésiastique certaines des formes que lalittérature profane avait créées et sesont soumis en quelque mesure aux règles que la rhétorique 12 imposait à tout écrivain. Leurs Apologies sont des } Plaidoyers, et le ton en est, au moins en certaines parties, oratoire. Ailleurs, ils ont adopté, pour exposer leurs idées,
le procédé qui depuis Platon avait été employé par tant
de patosophes, celui du dialogue. Il est vrai qu'ils n ’ont
attaché qu’une médiocre importance à cette mise en scène, à cette caractéristique des personnages, à cet art de rendre dramatique ou comique le conflit des idées qui font le charme des dialogues platoniciens ; mais combien d’autres pRiÇhs n’ont pas mieux réussi qu'eux à tirer parti de ce qui n’était plus pour eux qu'un cadre vide et
traditionnel ? A la fin du rrre siècle, c’est un représentant
de la tradition ecclésiastique la plus stricte, en opposs tion avec la hardiesse de la théologie alexandrine, c’est Méthode d’Olympe qui, dans son Banquet des Vierges, se propose pour la première fois une imitation plus attentive et plus ambitieuse de l’art de Platon. Les Alexandrins, quoique très au courant de tous les raffinements de-la sophistique, sont restés assez indifférents à l'élégance soutenue du style et à la régularité de la composition. Dans quelques morceaux isolés seulement, Clément a entendu prouver que cette indifférence n'était pas pour lui de l'impuissance, et il a eu la coquetterie de déployer
une virtuosité d'autant plus excessive qu’elle est plus rare. Méthode a fait un pastiche de l’une des plus belles
œuvres classiques, et, si dangereuse que soit pour lui la comparaison qu’il provoque, son Banquet n’est pas dénué
d’une certaine valeur esthétique. Il atteste en tout cas que,
même dans les milieux les plus éloignés de la liberté d’esprit alexandrine, l’utilisation par le christianisme des formes littéraires profanes était regardée comme la chose la plus naturelle du monde.
Ainsi, à la fin du r11e siècle, la cause qu’avaient défendue les Apologistes était pleinement gagnée. L'Église était de plus en plus disposée à interpréter sa mussion dans le sens le plus large, dans un sens véritablement catholique.
Elle appelait à elle tous les hommes ; elle prétendait rassembler aussi tous les éléments de vérité épars dans
tous les milieux où des hommes s’étaient groupés, avaient pensé en commun, reconnu et adoré en commun une
‘ rs DA CONCLUSION ei 6077
| force ones créatrice et direttriée de l'univers. Elle
| commençait à entrevoir, sans dégager théoriquement
… l’idée en toute sa netteté, qu’il pouvait y avoir un art
ÿl
chrétien. Puisque toute pensée a besoin pour s’exprimer d’une forme, la pensée chrétienne devait chercher celle qui lui serait propre ; mais puisque cette penséé devenait de plus en plus accueillante, puisque d’autre part des
formes d’art nouvelles ne s’improvisent pas, puisque la
tyrannie de l’éducation reçue tend à maintenir le plus possible les anciennes, puisque la littérature hellénique en avait inventé d’admirables dont le prestige restait intact, la tendance allait de plus en plus à considérer les | formes comme indifférentes par elles-mêmes ; à accepter, pour les remplir d’un contenu nouveau, celles que l’usage avait consacrées ; à verser le vin nouveau daris des outres fabriquées sur le modèle ancien.
Cet état d’esprit était assez répandu déjà chez les chrétiens, quand l’Église passa de la persécution au triomphe. Ce triomphe coïncida avec la période qui suivit la réorga- : nisation de l’Empire par Dioclétien ; cette réorganisa- î tion, bien qu’elle ait éu certains inconvénients et même certains dangers, a apporté un remède aux épreuves dont l'empire avait souffert pendant presque tout le ire siècle
et qui avaient fini par s’aggraver au point de l’exposer
à une ruine complète. Sous Constantin, sous Julien, sous Théodose, la puissance des armes romaines est redevenue redoutable, et, si l’état économique eût été meilleur, malgré
… la menace des Barbares, l'avenir eût pu sembler rassurant.
Cette prospérité relative a permis un renouveau de la” littérature profane, quoiqu’elle comportât bien des tares, quoique le gouvernement et l’administration fussent
arbitraires et rudes, quoique ‘les mœurs prissent chaque
jour plus de dureté. La renaissance fut favorisée par les empereurs qui choisissaient le plus souvent leurs hauts ï fonctionnaires parmi les meilleurs élèves des écoles de
rhétorique ; qui payaient de leur patronage et de faveurs
- plus concrètes les hommages dont les orateurs célèbres
Fe ou de nous pouvons en : juger — çar nous ne connais ct A, sons qu ’imparfaitement celle du 11° siècle — elle pu cépendant moins extravagante et garde plus de contact
avec la. réalité. que la sophistique dont Philostrate nous ‘alt |
retracé l’histoire. Il lui est arrivé de toucher aux grands | sujets et d'atteindre une certaine élévation, une cest orce. Le goût même s'était en quelque mesure pus Libanios, qui est en son genre un artiste achevé, n’est | certes point un grand esprit ;1l est cependant fort supé- “ rieur à un Aristide, et si enivré qu'il soit de sa virtuosité, | il subsiste dans sa conception générale de la vie, de la “ politique, de la religion même, plus de vestiges du grand À idéal des temps classiques. Thémistios, qui, à certaines dé heures, se laissa aller aux pires défauts de la rene x del su conserver, plus même que Libanios, quelques restes de la substance morale que la philosophie fourmis à se disciples.
‘ Me qui est incontestable en tout cas, c’est que ces trois | © hommés furent l’objet d’une admiration enthousiaste, | de la part des chrétiens comme de la part des païens. Bien que tous les documents qui nous révèlent un contact entre eux et les orateurs ecclésiastiques, tels que Basile ou nor de Nazianze, ne soient pas d'une authenticité
tèrent, et il nous suflirait de lire une des pages que Basile | et. Grégoire ont laissées pour exclure le moindre doute qu’ils aient éprouvé cette admiration. Formés dans les . écoles d’ Athènes, de Constantinople, d’ Antioche et autres | grandes cités universitaires, les grands prédicateurs du ie ‘siècle avaient presque tous hésité, aux heures où la jeunesse fait son choix, entre l'exercice de la rhétorique, avec les fonctions publiques, dont le talent oratoire ouvrait la porte, et la retraite hors du monde, ces prouesses de l'ascétisme qui apparaissaient
| la ne jo tous, 4 avaient mené en effet FT pne quelque temps la vie du solitaire ou celle du cénobite.
… Mais ils avaient été ensuite ramenés non dans la vie
‘mondaine, mais dans la vie active, par l’appel de la charité
t par ce besoin qu’éprouve tout être doué d’é énergie et de
talent d'utiliser les dons qu'il a reçus. Ils y trouvaient,
avec des satisfactions plus désintéressées, l’éclat d'une
réputation qui dépassait celle que leur auraient pu Cale 4) l'enthousiasme des auditoires scolaires ou l’autorité des” magistratures. Comment s'étonner qu'ils n’aient pas songé un instant à faire le sacrifice de l’éloquence, quand
elle était devenue pour eux, en la perfection où ils en
possédaient toutes les ressources, moins un art que l’exer-
cice d’une faculté naturelle, et quand ils savaient qu’elle
leur ‘donnait le plus puissant moyen d’action sur des foules amoureuses du bien dire autant qu'avaient pu
Ainsi donc, bien loin d’y renoncer, ils l’ont déployée
. «en toute sa force et avec toute la variété de ses aspects. Ils se sont montrés, à l’égal de Libanios ou de ses émules, , experts dans tous les secrets de l'invention, de la composition et du style, qu’une méthode, la plus ingénieuse qui
fût et lentement développée par une tradition séculaire,
“avait découverts et mis en recettes. Mais dans ces formes
dont la perfection apparaissait vaine, depuis que ceux qui
inspiration nouvelle, d’une singulière puissance. Ils les
ont vivifiées par l’esprit chrétien : haute conception d’une
divinité souveraine, vivante et agissante comme le Dieu
l'être jamais les Athéniens du 1v® siècle ou les contem- ds porains de Cicéron ? f,
. s’en servaient étaient devenus incapables de les ranimer . * en y jetant les grandes pensées et les sentiments profonds dont la force d'expansion les avait créées, ils ont versé une
de la Bible, pure et dégagée de toute imperfection maté-
rielle, comme le principe suprême des Néoplatoniciens ;
conception savante d’un Verbe médiateur entre cette «livinité et le monde ; conception émouvante d’un Fils de