LES PAYS GRECS
Les arts et la littérature de la Grèce ont eu pour champ de^ culture les pays baignés par la mer Egée , par la mer Ionienne et par les mers de Sicile; de plus ils se sont étendus le long des rivages de l'Asie Mineure au nord et au sud, ils ont fleuri longtemps en Egypte et ils ont pénétré, après l'expédition d'Alexandre le Grand, dans l'intérieur de l'Asie jusqu'aux frontières de THeptapotamie indienne et du Guzarat. Partout où la langue grecque a été parlée, les lettres et les arts grecs ont eu quelque développement particulier : cette expansion du génie grec s'explique par les tendances commerciales de toutes les races helléniques et surtout de la race ionienne ; et ces tendances elles-mêmes paraissent avoir eu pour causes principales la nature et la configuration topographique des contrées où les Grecs étaient établis.
Les centres de la civilisation hellénique se sont déplacés à diverses époques et ont suivi le mouvement des populations. Dans les temps féodaux ou homériques, les rivages occidentaux de l'Asie Mineure et les îles voyaient I. 1
fleurir la poésie, tandis que la Grèce proprement dite ne produisait rien encore. Après les guerres médiques, Athènes devient le centre d'où part le mouvement littéraire. Au temps des successeurs d'Alexandre , la Grèce, asservie ou ravagée, voit les lettres se réfugier dans des contrées lointaines, en Asie et surtout en Egypte , où elles subissent une influence orientale qui finit par devenir prépondérante. Si l'on envisage dans son ensemble le développement de la littérature grecque , on ne voit pas qu'elle ait eu pour patrie un lieu déterminé; elle tient à la race grecque et se déplace avec elle. Mais si l'on considère seulement spn point de maturité et de perfection, c'est au continent de la Grèce , aux îles de la mer Egée et aux rivages occidentaux de l'Asie Mineure qu elle appartient : c'est à la Grèce et à ses colonies.
Le sol de la Grèce est favorable au développement de l'esprit, auquel il offre les occasions les plus variées de s'instruire. Dans un espace resserré il réunit des plaines assez vastes et de hautes montagnes couronnées de neige, des rivières, des torrents et des lacs, des rocs escarpés et de riants coteaux, des hauteurs volcaniques et des émanations brûlantes, des cavernes, des cours d'eau se perdant sous la terre et ressortant à plusieurs lieues de distance, des mines de divers métaux, des minéraux précieux et les pierres à bâtir les plus belles et les plus variées. Celui qui, en été, part d'un rivage et gravit les collines et les grandes montagnes, voit passer tour à tour soits ses yeux les plantes du midi qui garnissent les bas pays, celles des régions plus tempérées qui croissent sur les coteaux ; puis, à mesure qu'il s'élève , paraissent les uns après les autres les végétaux des pays froids, les sapins et les hêtres; plus haut les mousses et les lichens lapis-
sent seuls les rochers, qui, nus et déserts, dessinent leurs masses jaunes et rouges sur lé bleu pur du ciel. Ainsi le sol de la Grèce ofïre en quelque sorte un abrégé de la nature, dont on peut prendre connaissance en quelques jours.
Le climat de la Grèce n'est pas moins heureusement constitué que le sol. Il est compris entre les climats extrêmes : il n'a ni la rigueur des pays froids du nord , ni les chaleurs insupportables du midi. Sa douceur unie à la salubrité de l'air tient le corps dans cet état moyen entre le plaisir et la douleur, qui donne le bien-être, le calme des sens, et qui laisse à l'intelligence la pleine possession d'elle-même. La pureté de l'atmosphère permet d'apercevoir avec une grande netteté les objets les plus éloignés; l'horizon de la mer et les monts lointains ne se confondent pas avec le ciel; la vue n'apporte à l'esprit que des images claires et distinctes , de sorte que l'éducation de Tintelligence dans laquelle ces images ont une si grande part, se fait dans les meilleures conditions. La sonorité de l'air est aussi plus grande dans les pays grecs que dans nos contrées. Les sons se propagent au loin avec clarté : on converse aisément d'un côté à l'autre d'une gorge de montagne; au Pnyx d'Athènes, qui était une grande place découverte sur le haut d'une colline, on entendait facilement l'orateur de tous les points de l'assemblée sans qu*il fût obligé d'élever la voix.
Ainsi la nature extérieure plaçait les hommes dans les conditions les plus propices à la culture de l'eéprit et ail jeu spontané et régulier de l'imagination. Le travail dd l'intelligence était encore aidé par la situation géogr^aphique de la Grèce et de ses colonies, partout en contact avec la mer. La vue de tant d'ilés s'étendant lés unes
derrière les autres invitait les hommes à la navigation. Des voyages si court? et si faciles leur permettaient d'être sans cesse en relations les uns avec les autres , et conduisaient les Grecs du continent et des îles dans l'intérieur de TAsie, où ils se trouvaient en contact avec les caravanes et avec des peuples dont la civilisation avait devancé la leur. De l'autre côté la traversée dé la mer Ionienne les portait en Italie, et de l'Italie ils pouvaient gagner les rivages de la Gaule et de l'Espagne , où ils s'établirent de bonne heure parmi des peuples encore barbares. Il en était de môme au nord : dès les temps les plus reculés, les Grecs pénétrèrent par l'Hellespont et le Bosphore dans le Pont- Euxin, où ils fondèrent des établissements commerciaux et des centres secondaires dé civilisation. Ainsi l'esprit des Grecs se trouva en rapport avec les peuples les plus divers par leurs mœurs et par leurs institutions. Se trouvant euxmêmes dans un état moyen de culture, ils prirent de l'Orient tout ce que l'Orient pouvait leur donner, et en développant leur propre génie ils firent rayonner autour d'eux la civilisation, à mesure qu'ils la recevaient ou qu'ils la créaient. Il semble que le monde hellénique ait été comme un centre où tous les échos d'Orient et d'Occident venaient se réunir et s'harmoniser : de sorte que la société hellénique finit par devenir la société humaine par excellence, le plus complet représentant de l'humanité. Ses lettres et ses arts en portent témoignage.