‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 10 sur 45 · ORIGINE DES PEUPLES GRECS · texte numérisé non relu

ORIGINE DES PEUPLES GRECS

Toutes les races comprises sous le nom latin de Grecs sont originaires d'Asie : ce fait ne laisse plus aucun doute. Leur berceau a été le berceau commun de tous les peuples

auxquels on a donné le nom général d'Aryas et que Ton nomme quelquefois encore indo-européens. Toutes les données scientifiques s'accordent à placer ce berceau vers le centre de la grande Asie, dans les hautes vallées de rOxus. Ces races sont, par leur conformation physique, leurs aptitudes intellectuelles et morales, leurs langues et les produits spontanés de leur génie, profondément distinctes des autres races humaines, dont les principales sont la jaune, la noire, la rouge, et celles que Ton réunit sous le nom de Sémites. Il n'est pas aisé, dans Tétat présent de la science, de suivre la marche des migrations aryennes qui, parties de TOxus, sont venues peupler la Grèce. Toutefois il est vraisemblable qu'elles ont suivi plusieurs chemins : les unes marchant directement vers Touest et, par les rivages de la mer Noire, aboutissant à la Thrace d'où elles sont descendues en Grèce ; les autres cheminant plus au sud, parallèlement aux premières, et passant des rivages de TAsie Mineure dans les îles de TArchipel et de là sur le continent européen. L'île de Crète a été de bonne heure habitée par des populations aryennes; elles y ont fondé un établissement permanent et s y sont donné une organisation sociale et politique qui a conservé longtemps avec celle de l'Inde la plus grande analogie. On voit par Pausanias que la plupart des familles féodales du Péloponèse avaient une origine Cretoise.

Les Grecs donnaient le nom de Pélasges aux plus anciens habitants du pays et montraient d'eux d'antiques constructions, dont un grand nombre se voient encore aujourd'hui. La science moderne a prouvé que cette race d'hommes appartenait à la famille aryenne et que, partie comme les autres branches de même souche des régions de rOxus, elle avait peuplé non seulement la Grèce, mais

les pays situés immédiatement au nord, l'Asie Mineure, l'Italie , le sud de la Gaule et un grand nombre d'îles de la mer Méditerranée*. Les Pélasges laissèrent après eux dans la civilisation grecque plusieurs éléments qui ne disparurent qu'avec elle. Cependant il est impossible de dire le degré de culture où cette première migration était parvenue lorsque les races helléniques vinrent la soumettre et se superposer à elle comme une nouvelle alluvion. Il n'y a pas de ligne de démarcation entre la civilisation pélasgique et celle des Hellènes; la transition de Tune à l'autre est insensible; les races étant de même origine se sont fondues Tune dans l'autre, ainsi que leurs langues, leurs constitutions, leurs cultes. C'est donc aux Pélasges qu'il faudrait remonter si l'on voulait atteindre aux rudiments des arts et des autres productions du génie grec. Mais, même alors, on ne toucherait pas encore aux origines, puisque les Pélasges avaient apporté de l'Asie centrale un ensemble d'idées et d'institutions dont la source primordiale est tarie.

Les invasions d'Égyptiens et de Phéniciens que l'on place entre les Pélasges et l'arrivée des Hellènes, sont problématiques. Les Égyptiens n'ont commencé à naviguer qu'au temps du nouvel empire ; les Phéniciens n'ont établi que des comptoirs sur les rivages méditerranéens.

1. Les Pélasges, neXa^voi, nommés aussi ne^«orSot par une confusion fréquente du y et du 8, sont appelés Pélesta dans l'inscription du palais de Ramsès III à Médinet-Abou ; l'avènement de ce prince est de 1312. Les Achéens, Akaiouscha, ainsi que les Pélasges, firent avec d'autres peuples méditerranéens une invasion daus la Basse Egypte sous son prédécesseur Mérenphtah, qui leur infligea la grande défaite de Paari (Inscr. de Karnak).

Les Pélasges sont identiques aux PhiHstins, venus de Crète, qui détruisirent Sidnn en 1209 av, J.-C.

Los divinités dout on leur attribue rimportation en Grèce, sont aryennes, aussi bien que les institutions dont on leur fait honneur. Mais l'arrivée des Phrygiens peut être historiquement admise; seulement il faut penser que Pélops et ses compagnons appartenaient, eux aussi, à la race des Aryas et non à des races étrangères répandues en Asie Mineure. La légende de Deucalion, présenté par les historiens comme père des races helléniques, doit être considérée comme un mythe totalement étranger à l'histoire : tous les peuples de race aryenne, en Orient et en Occident, font remonter leur origine à des personnages héroïques qui n'ont jamais existé, et la naissance de ceux-ci à des êtres idéaux, qui sont des dieux ou des symboles, mais non des personnes réelles. Par la linguistique appliquée à l'étude de ces anciens mythes, on parvient à découvrir leur origine et leur signification première. La même méthode, appliquée aux mots usuels de la langue grecque, ne laisse aucun doute sur leur origine aryenne et permet de conclure que les différentes migrations qui ont successivement peuplé la Grèce , venaient toutes également d'Asie et, par des chemins divers , s'étaient éloignées des vallées oxiennes qui avaient été leur commun berceau.

G*est de ce centre que sont sorties toutes les migrations qui ont civilisé la terre. C'est une erreur de croire qu'elles ont suivi la marche du soleil d'orient en occident. Elles ont rayonné dans tous les sens et ont autant fait pour l'est et le sud de l'Asie que pour l'ouest de cette contrée et pour l'Europe : car, pendant que la Perse, l'Asie Mineure, la Grèce et l'Italie créaient une civilisation brillante qui a passé aux peuples modernes de l'Europe et de là en Amérique, une autre branche des Aryas descendait par Attock dans les vallées de l'indus où elle a compose

les hymnes du Véda, puis elle s'étendait dans les plaines du Gange, conquérait la péninsule de Tlnde et l'île de Ceylan et fondait la grande civilisation brahmanique ; plus tard la religion bouddhique, étant née au milieu d'elle , rayonna de l'Inde dans toutes les directions, convertit aux idées aryennes la majeure partie des peuples jaunes, de Siam au Japon, pénétra dans les îles et, par le nord, s'avança probablement jusqu'au Mexique. Il faut donc regarder les races helléniques comme un des plus brillants rameaux du tronc aryen, mais non comme le seul ; car il y en a deux autres, la Perse qui a de beaucoup dépassé la Grèce en matière religieuse, et l'Inde dont la littérature est si grandiose et qui est par excellence le pays de la métaphysique et de la morale. A mesure que nous avancerons dans cette histoire, nous verrons ces différentes parties de la famille aryenne exercer l'une sur l'autre une action réciproque et contribuer mutuellement au progrès de leur civilisation , sans que ces influences fassent dévier cette civilisation dans sa marche, parce qu'elles étaient exercées par des hommes appartenant tous à une même famille humaine.

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