‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 146 sur 267 · Voir notre Recueil · texte numérisé non relu

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ne les tient-il pas par ses garnisons et ses mercenaires? n'a-t-il pas le privilège de consulter le premier l'oracle du (lieu, privilège dont il nous a dépouillés, nous et les Thessaliens et les Doriens et le reste des Amphictyons, privilège dont ne jouissent pas même tous les Grecs? Ne prescrit-il pas aux Thessaliens le gouvernement qu'il doivent avoir? N'envoie-t-il pas des mercenaires tantôt à Porthmos pour en chasser le peuple d'Érétrie, tantôt à Orée pour y établir le tyran Philistide? Cependant les Grecs le voient et le supportent. Ils ressemblent, à mon sens, à ces gens qui regardent tomber la grêle : chacun fait des vœux pour que le fléau n'arrive pas chez lui; quant à l'arrêter, personne n'y travaille. Non seulement les injures qju'il fait à la Grèce restent impunies, mais pas un ne songe à venger les violences mêmes dont il est victime : voilà qui est le comble de tout. Les Corinthiens ne l'ont-il pas vu tomber sur leurs villes d'Ambracie et de Leucade? aux Achéens n'a-t-il pas arraché Naupacte, en jurant de la livrer aux Étohens? Les Thébains n'ont-ils pas été dépouillés d'Échinus, et maintenant ne marche-t-il pas contre les Byzantins, qui sont ses alHés? Et nous, sans parler de tout le reste, n'occupe-t-il pas notre ville de Cardia, la plus grande de la Chersonèse? Eh bien! tous, ainsi traités, nous temporisons, nous molhssons, nous regardons nos voisins, nous nous défions les uns des autres, et non de celui qui nous dépouille tous. Et pourtant cet homme si insolent avec tous, quand il tiendra sous sa main chacun de nous successivement, que pensez-vous, dites-moi, qu'il fera?

Où chercher la cause de ces hontes ? car ce n'est pas sans motifs et sans une juste raison qu'autrefois tous les Grecs étaient si ardents pour l'indépendance et qu'aujourd'hui ils le sont tant pour l'esclavage. Il y avait alors. Athéniens, il y avait dans le cœur du peuple ce sentiment qui n'y est plus, ce sentiment qui a vaincu l'or des Perses, qui a maintenu la Grèce libre, qui, ni sur mer, ni sur terre, jamais n'a été vaincu dans les batailles ; mais aujourd'hui il est mort, et, lui éteint, tout est tlétri, tout est renversé de fond en comble. Et quel était ce sentiment? Ceux qui recevaient de l'argent des hommes aspirant à la tyrannie et travaillaient à corrompre la Grèce étaient haïs de tous, et c'était chose terrible à l'homme vendu d'être pris sur le fait, et les peines les plus graves châtiaient ce

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liiiiLrc. Ct's occasions heureuses qui- la lorLuuo mOnag^i souvent mèirie aux iié^Migouls contre (-eux qui veillent, aux inertes contn; ceux (|ui remplissent exactement tous les flevoirs, on no trouvait pas alors à les acheter ni aux (orateurs ni aux généraux, pas plus (|ue l'acconl des volontés, ni la (jéfiance (îontre les tyrans et les barhares, ni absolument rien de semhlable. Aujourd'hui le marché est en quelque sorte dégarni de ces dc^nrées et, à leur place, on y a importé la maladie qui a perdu, (jui dévore la Grèce. Kt que veux-je dire par là? une admiration envieuse pour celui qui a reçu, le rire, s'il avoue, le pardon, s'il est convaincu, la haine pour qui dénonce de tels laits, et tous les autres désordres, conséquence nécessaire de la vénalité. Car, à ne prendre que les galères et le nombre des hommes, et le chiffre des revenus, et l'abondance des autres ressources, et tous les avantages qui font apprécier la puissance des États, nous les possédons plus grands, plus nombreux qu'au siècle dernier, et de beaucoup. Mais tout cela est paralysé, stérilisé, annulé par les traîtres qui se vendent.

C'est alors que Démosthènç se multiplie pour la formation d'une ligue générale, qu'il provoque des congrès, qu'il va comme ambassadeur haranguer le peuple des villes et dans le Péloponèse, et dans la Thrace, et dans l'IUyrie, c'est-à-dire aux deux points extrêmes du monde hellénique. Partout il trouve, pour le combattre, ces traîtres vendus à Philippe , dont nous l'avons entendu parler avec tant d'indignation. Cependant, à Byzance, il réussit à faire décréter une alliance offensive et défensive avec Athènes. Cette décision provoque chez Philippe une colère furieuse : il met le siège devant Périnthe, ville voisine de Byzance, il viole le territoire athénien en traversant la Chersonèse, il capture des bâtiments marchands de nationalité athénienne. Alors les Athéniens enlèvent la colonne où était inscrit le traité et déclarent la guerre, tandis que Philippe lançait lui-même un manifeste et dénonçait les hostilités.

Reprise de la guerre. Loi sur les symmories. — Dès lors les événements se pressent et, pendant six mois (340), Athènes a de grands succès. Sur la proposition de Démosthène, une armée navale est envoyée dans FHellespont et la Propontide; d'accord avec les Byzantins, Athènes fait entrer des secours dans la ville de Périnthe que presse une armée de trente mille hommes. Le roi de Macédoine est forcé de lever le siège. Alors il se jette sur Byzance ; mais une flotte athénienne, envoyée encore sur l'avis de Démosthène, et commandée, non plus par le rapace Gharès, mais par l'habile et honnête Phocion, arrive à temps pour déjouer Philippe et pour sauver et Byzance et la Ghersonèse. Des remerciements, des couronnes sont décernés à Démosthène, sans qu'Eschine ni aucun autre partisan de la paix se hasarde à contester le décret. Peu de temps après, Philippe essuyait un nouvel échec en Thrace chez les Triballes, et il était blessé à la cuisse.

II avait jugé prudent de conclure la paix avec Byzance et avec les Grecs des îles qui étaient entrés dans l'alliance athénienne pour secourir cette ville. Toutes ses forces navales, y compris de nombreux corsaires, étaient dirigés désormais contre les possessions d'Athènes. A ce moment Démosthène, nommé intendant de la flotte, obtint dans l'organisation de la marine la réforme importante qu'il avait demandée, au début de sa carrière politique, dans son discours sur les Symmories. La charge de Téquipement des vaisseaux, ou triérarchie, était répartie très inégalement entre les douz.e cents citoyens qui devaient la supporter, et qui formaient vingt groupes de soixante personnes appelés symmories. La mesure équitable proposée par Démosthène faisait porter le poids principal sur les trois cents plus riches, chefs des vingt symmories. La résistance des Trois Cents fut vive.

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Au rapport de Démosthène ', ils lui offrirent de grosses sommes pour obtenir son df'isistemenl, ils payèrent son adversaire pour le combattre. Ils suscitèrent même contre lui une accusation d'illé^'alit<'; ; mais il lut acquitté par plus des des quatre cinquièmes des juges, et l'accusateur dut payer une amende. La discussion sur le projet de loi lut longue et acharnée; Démosthône et Eschine prononcèrent de nombreux discours qui n'ont pas été conservés. La loi, plusieurs fois amendée, adoptée enfin, contribua beaucoup, en accélérant l'armement et le départ des flottes, aux opérations heureuses de Phocion.

Seconde guerre Sacrée. — Mais à cette époque éclate la seconde guerre Sacrée, occasion et signal de la ruine définitive de l'indépendance hellénique. Les Locriens d'Amphissa occupaient depuis longtemps le territoire et la ville de Girrha, propriété du temple de Delphes. Nul ne songeait à réclamer contre cette possession acceptée de tous. Mais, dans l'assemblée amplîictyonique tenue à Delphes au printemps de 339, les Amphissiens soulevèrent contre Athènes une accusation d'impiété pour omission de solennités religieuses. Telle est du moins l'allégation d'Eschine ; Démosthène la déclare fausse. Eschine était un des quatre députés ou pylagores^ d'Athènes; or le chef de ladéputation ou hiéromnêmôn étant tombé malade, c'est lui, comme le plus âgé des pylagores. qui dut parler au nom de sa patrie. Pour la venger des Amphissiens, il eut la malheureuse idée d'éveiller les passions religieuses de l'assemblée, et de dénoncer les habitants

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