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ï.os an('i(;ns l()ii,'ii(inl l;i r,'H:ilil/; dos vors d*AnacrY;ori , ]'élo^suir(î (161i(';iL(i (Ui sa diction, la grâce spirituelle de ses poésies.
Il a créé un genre qui porte son nom, genre accessible à tous, qui ne demande pas l'enthousiasme, genre éternellement agréable, parce qu'il flatte également Fesprit et les sens. C'est l'inspiration d'Horace dans ses odes légères et de tous les poètes anciens et modernes qui prêchent la morale facile du plaisir.
La grande popularité d'Anacréon chez nous tient surtout h un petit recueil, dont quelques pièces exquises, l'Amour mouillé, la Colombe, la Rose, traduites ou imitées par nos poètes, sont dans toutes les mémoires. C'est au XVI*' siècle que le célèbre érudit llonri Estienne a découvert et publié ces poésies. Il est aujourd'hui à peu près démontré que la plupart de ces pièces ne sont que des imitations d'Anacréon ou poésies anacréoniiques, et qu'elles ont été composées à une époque bien postérieure à la sienne. Nous ne prétendons pas énumérer ici tous les arguments de la science. Les uns portent sur des circonstances extérieures qui ont leur valeur. Nous savons que les odes d'Anacréon étaient distribuées en cinq livres : or les cinquante-trois pièces du recueil n'offrent aucune trace de semblable division ; elles n'en fourniraient même pas la matière. Les poésies d'Anacréon étaient pleines d'allusions à l'hôte du poète, Polycrate de Samos : on n'en découvre pas une dans le recueil. Enfin sur soixante fragments cités par les anciens, un seul, dont Fauthenticité est très douteuse, se retrouve dans le petit volume publié par H. Estienne.
Les preuves tirées du fond même des œuvres sont plus fortes encore. Il y a en effet, entre les chansons du recueil et les fragments réunis, de grandes différences. Un seul vers uniforme est employé dans les chansons : les fragments présentent au contraire une
HISTOIRE DE LA LTTTÉRATI'RE r.UEC(,)UE 11.^
grande variété de rythmes, et c'est le caractère de tous les poètes contemporains, tels qu'Alcée et Sapho. Le contraste n'est pas moindre dans le style. Celui du recueil est d'une clarté et d'une facilité surprenantes ; la construction n'est jamais embariassée ; on y sent une langue maniée depuis longtemps par dos écrivains en prose. La langue des fragments, outre des expressions vieillies, a des allures beaucoup plus hardies et plus libres ; les images vives y abondent, tandis que la poésie du recueil est toute dans le sentiment. Ici on sent un esprit dégagé de tout, dont le badinage ne respecte rien, ne prend rien au sérieux : le véritable Anacréon a encore des élans de passion, des éclairs de patriotisme; il. a gardé le respect des dieux, il leur adresse des prières :
^embrasse tes genoux, déesse qui poursuis los cerfs, blonde lille (le Jupiter, Arlémis, reine ries animaux des forêts, qui aujoiinl'luii, près dos tourhillnns du Lôlhr ', visites une répuhlique d'hommes au cœur vaillant; et Lu aimes à les voir, car les citoyens que tu gouvernes ne sont ])as des barbares.
Il est donc très probable que le recueil n'est pas d'Anacréon. Sans doute la plupart de ces petites pièces ne remontent pas plus haut que le siècle d'Auguste; quelques-unes, où la mesure des vers est fausse, doivent appartenir h la période byzantine. Plusieurs sont faites sur un sujet commun, différemment développé par divers auteurs. Parmi celles qu'on aimerait à dire Tœuvre d'Anacréon, nous citerons la Colombe:
Aimal)le colomlie, d'où viens-tu, dis-moi, d'où viens-tu avec tous CCS parfums que tu exhales et distilles en traversant l'air? Qui es-tu? Quel soin t'occupe? — Anacréon m'a envoyé vers le jeune Bathylle. C'est Cythérée qui m'a vendu pour une petite chanson. Kt moi, depuis ce temps, je suis au service d'Anacréon. Et aujourd'hui, vois-tu la lettre de lui que je porte?