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corps de la roin(i. Puis il paraît une dernière fbi>, la ligure saugianle, ODur déplorer ses crimes involontaires, pour demander la mort, pour pleurer sur ses lils et sur ses filles, voués à l'opprobre et à l'abandon, po'ur les confier à la généreuse pitié de Créon. Le chœur termine la pièce par le mot célèbre de Solon : N'appelez pas heureux un mortel, avant qu'il ait atteint le terme de sa carrière i
Tel est ce drame, fruit d'un art si prolond, où 1 action, fortement nouée, devient de scène en scène plus saisissante, oii tous les incidents sont merveilleusement calculés pour exciter l'intérêt du spectateur, par accroître progressivement ses^ angoisses et sa pitié, pour amener le fatal dénouement contre lequel se débat en vain la victime. Malgré son emportement et son orgueil, OEdipe nous touche, non seulement par le contraste lamentable entre la prospérité d'hier et l'infortune d'aujourd'hui, mais par ce qu'il y a de généreux dans son cœur, par le courageux et digne aveu de ses torts envers Créon, par les adieux déchirants qu'il adresse à ses jeunes enfants. Puis il est protégé contre notre horreur par cet arrêt de la conscience universelle qui le déclare malheureux, mais non coupable; loin de vouloir le crime, il a tout fait pour le fuir, il tombe sous les coups d'un pouvoir plus fort que sa volonté. Le poète ne met cette conclusion ni dans la bouche des témoins ni dans celle de la victime ; mais elle ressort de tout le drame; et dans Y Œdipe n Coloney qui est comme l'épilogue de V Œdipe rui, on entendra la protestation du malheureux vieillard. Il est innocent, il le sent, il le proclame. Ce sentiment profond répand sur les dt3rnières scènes de sa vie et sur sa mort une sorte de sérénité. Tel un beau soleil couchant éclaire de ses derniers rayons une journée assombrie par les tempêtes.
niSTOIRE DE TA LITTÉRATURE (iRECQUE 207
Les caractères. — Philoctête. — On a dit que Sophocle a inventé la tragédie de caractères ; notre analyse étendue de l'Œdipe, notre rapide appréciation deïÉiectre el de VAntigone ont déjà justifié ce mot. Mais une étude plus approfondie le confirmera mieux encore. N"us avons tout à l'heure fait ressortir le caractère d'OEdipe, ces défauts qui rendent son infortune plus supportable, son orgueil, ses emportements, ses illusions prolongées, et en même temps sa tendre sollicitude pour son peuple, ses touchants adieux à ses filles, cette protestation de sa <^onscience qui cependant ne sera complètement exprimée que dans VŒdipe à. Colone^, Le caractère de Philoctête n'est ni moins énergique^ ni moins humain. Malgré d'horribles souffrances, malgré la torture morale de l'isolement, il demeure obstiné dans sa haine contre les chefs des Grecs, dans son refus de guérir en les sauvant ; jusqu'à la fin, il résistera : seuls l'apparition d'Hercule et l'ordre du dieu dompteront sa volonté et dénoueront le drame'^ Et cependant cet homme inflexible, qui nourrit dans son cœur des ressentiments implacables, est affecteux et bon pour le jeune Néoptolème. Lui, dévoré par la souffrance, il trouve des larmes pour Achille, pour Ajax, pour Antiloque, pour Patrocle,
1. Corneille, dans son Œdipe, aete III, se. V, l'a élorfiieniment flrvoloppée :
Quoi ! la nécessité des vertus et des vices D'un astre impérieux doit suivre les raprires, Et Delphes, malgré nous, conduit nos actions Au plus bizarre effet de ses prédictions ? L'ànie est donc toute esclave : une loi souveraine Vers le bien ou le mal incessamment î'entraine, Et nous ne recevons ni crainte ni désir De cette liberté qui n'a rien à choisir. Attachés sans i-elàche à cet ordre sublime. Vertueux sans mérite et vicieux sans crime?
2. Horace pensait au Philoctête lorsqu'il disait dans VEpilrc aui; Pisons : « Qu'un dieu n'intervienne que si l'intriffue uiéj'ite un pareil dénouement. »
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pour l.'inl (l'ainis (pii souL morts. Un élan plein de tendresse le pc»rte vers son vieux p^ire qu'il espère iTvoir S;i prière au jeune fils d'Achille rappelle, pour le pathétique, vA^la du vieux Priauiaux pieds d'Achille. Avant de quitter cette île ou il a tant souffert il dit adieu à sa grotte, aux rochers, aux fontaines, a la mer, à tous ces lieux qui, pendant neuf ans, ont retenti de ses L^ômissements.
11 n'affecte point devant les attaques de la souffrance physique cette impassibilité stoïcienne que le théâtre moderne a empruntée aux tragédies de Seneque. H se contient d'abord, il lutte, U nie le mal :
NéoPTOi-KMK. D'où vient que tu gardes k^ siloncf K que lu restes frappé de stupeur? - P.uloctkte. Ah ! hélas ! - Qu asiu9 Ce n'est rien, de grâce, marche, mon lils. — h.:.-tu saisi d'un accès .le ton mal? - Non, je crois qud se calm. Ah' dieux' - Pourquoi inVoquPS-tu les dieux, en gémissant .^insi'> —Je les prie de nous être propices et secourables. Ah! 'ah! -Qu as-tu donc? tu ne dis rien? tn L^wles le silence? tu parais souffrir.
Ici la douleur est plus forte, il cède, il est vaincu.
- \h ! mon fils, je suis perdu, je ne puis plus te cacher mor. mal Ah! ahl-ilse répand, il se répand dans mes vemes; malheureux, malheureux, je me meurs, Ô mon fds, d Uic devore, ô mon fils...
Mais si la souffrance a dompté son corps, elle ne triomphe pas de son âme, et, même après cette récente et cruelle atteinte, il se redressera aussi^ fier et repoussera avec un aussi ferme mépris les prières de Néoptolème et les offres d'Ulysse.
Néoptolême. -- Le caractère du jeune fils d'Achille n'est ni moins touchant, ni moins dramatique en son
genre. Il a honte du rôle qu'Ulysse lui fait jouer; il déguise mal son embarras et son malaise. A la vue des souffrances de Philoclète, il s'attendrit; les reproches pathétiques du vieillard lui vont au cœur; pendant la scène où Ulysse traite si durement Philoctète, il a peine à contenir sa douleur; enfin ses remords l'emportent, il brave Ulysse, il rend à Philoctète son arc et ses flèches; mais, prudent autant que bon, il défend ensuite le roi d'Ithaque contre la fureur d'un ennemi qui a retrouvé ses armes, et il supplie le vieillard de se laisser fléchir. Rien de plus aimable que ce jeune homme : le contraste de son caractère avec les sentiments emportés de Philoctète, avec la froide dureté d'Ulysse, fait encore valoir sa générosité, sa candeur, sa haine des chemins tortueux où l'éloquence artificieuse d'Ulysse l'a engagé malgré ses répugnances.
Ajax. — Un autre caractère très original est celui d'Ajax. De quelle honte, de quel amer désespoir il est saisi, quand il voit qu'il s'est déshonoré, et qu'il ne lui reste plus qu'à mourir ! Avec quelle douloureuse émotion sa pensée se reporte vers son père, vers sa mère qu'il ne doit plus revoir ! avec quel déchirement de cœur il écoute les tendres prières de sa femme Tecmesse, quels touchants adieux à ce jeune enfant que sa mort, comme le lui a dit doucement Tecmesse, vuue à l'opprobre et à Tesclavage ! Et quel triste retour vers cette lumière si pure de la Grèce, vers ce beau ciel de Salamine qu'on apercevait du théâtre même où se jouait ce drame:
0 lumière, sol sacré de Salamine, ma pati^ie! ô degrés de la maison paternelle! illustre Athènes, et vous, compagnons de mon enfance, et vous, sources, fleuves, plaines de Troie, adieux, vous qui m'avez nourris! Ce sont les dernières paroles qu'Ajax vous adresse.
210 msTonu: in: l\ r.iiTKnATUUK «.HrXQUE
Ce regret dc^ l;i vie, ces adieuv à la nfilure ont ^tUt loujçLcrrM)s /îtriingors ;i i'iK'îroïsrne un peu guindé de nos'personna^'es tragiques; mais les poètes conlernposains, rompant avec ces traditions classiques, les onl souvent exprimés avec une douce effusion :
L'air a, l.fiiil <lo pai-rnms! In liiiiii''n' est, si pnn- . Alix rpf^ards (\'\\\\ rnonranl. li' soleil ('<\ si licaii' .
Antigène. —Nous retrouvons les mrimes sentiment^ dans un beau personnage de femme, celui d'Antigone. Sans doute elle est héroïque, mais elle reste femme ; ot, si elle brave la défense de Gréon, c^cst moins par une fière révolte contre un décret tyrannique et contraire aux lois de la religion que par une tendre pieUpour son frère. « Mon cœur, dit-elle, est fait pour aimer, non pour haïr. » ,T,p poète a mis en reliel M^n jlou ra^e, ^n Vnppnsant h la faiblesse de sa sœur Ismène, ^1^ lArhetéde- vi-pill^rds du chœur, à l intlex^i- "bl^^FiTauté de Gréon. 11 y a dans le développement de ce caractère une admirable progression. D abord la jeune fille est animée par l'enthousiasme du sacrihce:
Sois ce que tu veux être, dit-elle à sa sœur, moi j'ensevelirai mon frère. Il me sera beau de mourir en le faisant. Ainsi ie >erai couchée près d'un ami; pieusement crimmelle, j ai a plaire à ceux des enfers plus longtemps qu'à ceux qui sont ici.
Puis aux transports de la passion succède un calme retour sur son devoir: elle doit obéissance aux lois de Jupiter devant lesquelles les décrets des hommes ne sont rien. Le passage est justement célèbre:
Créox. Gonnaissais-tu la défense que j'ai fait proclamer ? — Antigone. Je la connaissais; pouvais-je l'ignorer? elle etaa