II. Sophocle
A la tragédie d'Eschyle, sans intrigue, sans péripéties, frappante surtout par la grandeur des situations, par l'énergie de certains caractères et par la puissante hardiesse du style, succède un drame beaucoup plus savant, produit d'un art consommé, où l'activité humaine se déploie et lutte, où les caractères se développent, où le style joint à la force les dons exquis du naturel, de la grâce et de Tharmonie.
Vie de Sophocle. — Sophocle naquit à Colone, bourg de l'Attique qu'il a illustré par une de ses tragédies, en 498 ou en 495. Après la bataille de Salamine, il fut choisi pour conduire le chœur des adolescents qui dansèrent en ronde autour des trophées et chantèrent l'hymne de la victoire. Jl avait vingt-huit ans quand il fut,* pour la première fois,admis aux concours des tragédies, et, pour son début. il l'emporta sur Eschyle. Ce qui ajoute au prix de cette victoire, c'est que la couronne fut décernée par le célèbre Cimon, qui venait de conquérir lîle de Scyros et d'en rapporter à Athènes les ossements de Thésée. Le grand général était monté sur le théâtre avec les neuf autres stratèges pour faire des libations
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nfnce Sophocle, cité devant les juges se bona pour sa défense, à lire quelques passages de sa de
^ière tragédie, Œdipe à ^'«'"-(^f^ '^ „,^ 'dH'e ce chœur si frais et si poétique ou les «'"^ J de ^ bourg célèbrent la beauté «'.'«s produ. s dehc.eux de leuroavs Une telle plaidoirie ne souffrait pas de r^ plïquefl^s juges, transportés d'admirat.on, acquitterent Sophocle.
Caractères de la tragédie de Sophocle. - De Sophocle, comme d'Eschyle, iLS^Sp^^^U^ÏJ^ spnt tra-'édi^^ Trois se rapportent à a guerre ue
f^ièmTï^ranhiniennes, a pour sujet les mal- SSr't la mort d'Hercule-, trois -1res i;^^ PhiloCke, kiectre, sont empruntées à de celebies
,.0a désipnnit ,1.. pi"* don. hippnrquo. pou,- commnn.l,-la cavalerie.
niSTOïRE DE LA LITTÉRATURE GRECQUE 1 97
incidents de la gueri'e de Troie ou à ses funestes conséquences.
1. Action. — En opposition à la tragédie d'Eschyle que les anciens ont caractérisée par le nom de simple, la tragédie de Sophocle est devenue le modèle de la tragédie ^m^dcxe^ c'est-à-dire d'un drame qui, sans chercher autant que le théâtre moderne à exciter l'inquiétude et la surprise, suit une marche régulière, progressive, a des efï'ets préparés avec soin, des inci- •dents variés, des révolutions ou péripéties saisissantes ; où l'intrigue, sans confusion ni surcharge, est assez l'ortement nouée pour suspendre le spectateur et faire attendre avec curiosité ce démêlement suprême qui est le dénouement.
±. Caractères. — Les caractères ont suivi le progrès de l'action. Ce n'est plus un trait vigoureusement tracé, mais unique ; ils se développent comme l'action même : chaque situation présente un côté nouveau de leur physionomie ; souvent ils sont opposés les uns aux autres, et le contraste ajoute encore à leur relief; on ne les connaît tout entiers qu'au dénouement. L'homme ici ne se borne plus à opposer aux coups de la fatalité l'immobile fierté d'une impuissante protestation ; il lutte contre elle avec le sentiment de sa liberté et de sa responsabilité morale. Le héros n'est plus gigantesque, mais c'est encore un vrai héros ; c'est l'homme idéal, élevé sans doute par la vertu audessus de la faiblesse commune, mais rapproché de nous par ses défaillances, et, par là, mieux fait pour toucher nos cœurs.
3. Choeur. — Par une conséquence naturelle du développement de l'intrigue et des caractères, le rôle du chœur a perdu beaucoup, dans le théâtre de Sophocle,
de son importance et de son étendue. Quelquefois, chez Ksrhyle, par ex(.*mple, dans les Perses et dans Promcthéc, le rhœiir est un des personnages principaux delà pièce; dans les /'Jionénides, il est indispensable à l'action. 11 n'y tient plus, chez Sophocle, qu'une place secondaire. Son rôle est double : tantôt c'est un conseiller bienveillant et sage, mais prudent et timide, qui n'aimf^ pas à se brouiller avec les puissances ; tantôt c'est l'interprète même de la conscience populaire, il tire la moralité de la pièce, il traduit en quelques mots, par des réflexions souvent sublimes,les sentiments qu'a excités dans les âmes le spectacle des grandes passions ou des i^randes infortunes représentées sur le théâtre.
De l'action dans PAjax, les Trachiniennes et l'Œdipe à Colone. —Parmi les tragédies de Sophocle, trois, par la simplicité de l'action, se rapprochent du genre d'Eschyle, ce sont VA/ax, les Traehiniennes, et ïŒdipeà Colone. Le suicide d'Ajax, tel est le sujet de la pièce qui porte son nom. Le fils de Télamon, indigné de la décision du conseil qui a décerné à Ulysse les armes d'Achille, a résolu d'égorger les chefs de la Grèce ; mais au moment où sa vengeance va s'assouvir. Minerve trouble sa raison, et les coups du héros s'égarent sur les troupeaux de l'armée. Revenu à lui-même, il pleure sa honte et ne songe plus qu'à mourir ; les prières de ses compagnons d'armes, les larmes et la dmice tendresse de sa compagne Tecmesse, qui lui présente son petit enfant Eurysacès, ne peuvent vaincre sa résolution. Cependant, pour tromper leur surveillance, il feint de se résigner; mais il s'échappe de sa tente et se retire dans une forêt voisine du camp et de la mer ; et là, après avoir exhalé dans un touchant monologue sa douleur et ses regrets, après avoir dit adieu au soleil et à sa patrie, il se jette
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sur son épée plantée enterre. Des longues scènes suivent la catastrophe ; car Ménélas et Agamemnon veulent priver le héros de la sépulture; l'auiitié fraternelle de Teucer et l'intervention généreuse d'Ulysse l'emportent enfin. Le prix que les Grecs attachaient aux derniers honneurs explique la longueur un peu languissante à nos yeux de ce dénouement.
La tragédie des Trarhinifinnes doit ce nom au chœur composé de femmes de Trachine, ville de Thessalie. Elle pourrait s'appeler la Mort d'Hercule. Fénelon, dans un bel épisode du xuo livre de son TébUnaque, a merveilleusement reproduit les touchants tableaux de ce drame que remplissent, d'une part, les douleurs, la jalousie, la fatale crédulité et la mort de Df^janire, d'autre part, les tourments du héros revêtu de la tunique du centaure Nessus et le tableau de son supplice volontaire sur le bûcher du mont OEta. C'est aussi à la mort d'OEdipe, dans le bois sacré de Golune, que se réduit toute l'action de cette autre tragédie, dont nous aurons à parler encore à propos de V Œdipe roi.
Le Philoctète et PADtigone. — Ce dernier drame, qui est peut-être le chef-d'œuvre du théâtre grec, et trois autres pièces de Sophocle, le Philocihie^ XAnti- (/one^ VOrestp, sont de beaux modèles de la tragédie implexe.
Comme les Trachmiennes, Isl tragédie de Philoctèfr est connue cheznous par la belle réduction de Fénelon dans son Télénaqife. L'écrivain français a su conserver l'intérêt patiiétique de ce drame si fortement composé et si émouvant dans son extrême simplicité. Le sujet d'Antigone n'est pas moins simple ; il est tout entier dans la courageuse désobéissance de la noble jeune fille, qui, bravant les décrets de Gréon, ensevelit son frère Polynice, dans la vengeance du roi , qui condamne Antigone a être enterrée vivante, et dans la
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piinilion du Lyraii, dont lo fils Iléinori so tue sur le tombeau de sa fiancée, el dont la feinmfi Kurydiee se frappe à son tour sous le coup do son désespoir.
Le sujet iV hlnc'li'c est celui nnêrne des Clini'ftliurf.fi d'Eschyle, mais avec des incidents nouveaux, des situations pathétiques, des oppositions de caractères (|ui ajou-tent singulièrement à la puissance de l'action et à l'émotion du spectateur. Ici, comme dans 1'.!/?/^'gone^ tout est subordonné à un caractère héroïque, et c'est à bon droit que l'auteur a donné le nom des deux vierges magnanimes à ces tragédies dont elles sont l'âme.
Analyse de l'Œdipe roi. — Aristote désignait \ Œdipe ro^' comme le modèle de la tragédie implexe. (^est, en effet, de tout le théâtre grec la pièce le plus fortement intriguée, la plus riche en frappantes périp»"'ties;il n'en est pas où les caractères soient mieux suivis, mieux opposés, plus intéressants par ce mélange de grandeur e t de faiblesse qui est la réalité de la vie ; nulle part la tragédie ne produit plus complètement l'effet que lui demande le philosophe, d'épurer nos sentiments en élevant notre âme et en touchant notre cœur.
La tragédie commence par une magnifique exposition : une foule nombreuse, enfants, jeunes gens, vieillards, est agenouillée devant l'autel du palais d'OEdipe à ïhèbes, tenant dans les mains des branches d'olivier entourées de bandelettes. Le roi paraît, et leur demande pour quoi ils sont réunis dans cette attitude de suppliants, pourquoi des hymnes plaintifs et des gémissements retentissent dans toute la ville. Un vieillard, un prêtre de Jupiter répond pour tous : le peuple de Thèbes est dévoré par la peste ; tout périt, et les hommes, et les troupeaux, et les fruits de la terre. Un homme seul, celui qui a délivré les Thé-
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bains du Sphynx, peut encore les tirer de l'abîme. OEdipe répond avec une douloureuse compassion ; il n'a rien négligé, son beau-frère Créon est allé à Delphes consulter Apollon. A ce moment même on annonce l'arrivée de Créon qui rapporte la réponse de l'oracle. Le meurtre du roi Laïus a été laissé sans vengeance: Apollon demande qu'on recherche l'assassin et qu'on le bannisse de Thèbes ; alors seulement le peuple sera délivré du lléau. OEdipe jure de prendre en mains cette recherche : elle l'intéresse plus que tout autre; n'a-t-il pas succédé au pouvoir de Laïus? n'a-t-il pas épousé sa veuve?
11 ordonne que tout le peuple s'assemble devant le palais, puis il rentre avec Créon, et le chœur, dans un admirable chant, invoque Apollon et fait un tableau pathétique du fléau qui ravage la ville et accumule les victimes.
L'exposition est achevée ; le nœud commence. OEdipe reparaît pour maudire l'assassin et pour frapper des plus terribles imprécations celui, quel qu'il soit, qui cacherait le coupable ou qui tarderait à le dénoncer.
Le chœur sugaère à OEdipe l'idée de consulter Tirésias, pour lequel Apollon n'a pas de secret. OEdipe répond qu'il a fait demander le célèbre devin, et bientôt on amène le vieillard aveugle qui arrive lentement, sombre et abattu. Interrogé, il refuse longtemps de répondre. OEdipe s'étonne, s'emporte et insulte Tirésias qu'il accuse d'être ou le complice ou même l'auteur du crime. — « C'est toi, s'écrie le vieillard indigné, dont la présence impure souille cette terre; ce meurtrier que tu cherches, c'est toi! » Le roi, plein de fureur, accuse de mensonge cet homme « aveugle de Tespiit et de l'ouïe comme des yeux. » — Malheureux, lépond Tirésias, qui me reproches ce que bientôt tous les Thébains diront de loi-même ! » Mais OEdipe ex-
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l>Ii(m(' ces alta(iiies par un coriiplol contre sa personne : le devin s'enlend avec Créon, son beau-frère ; c'est sa fortune qu'ils convoitent; c'est son trône qu'ils veulent occuper. << Ilàte-loi de Cuir, dit-il au vied lard — Je ne serais pas venu, si tu ne m'avais appelé » répond Tirésias, et, avant de partir, il répète à TJidipe avec une précision terrible toutes ses prédictions précédentes:
Oui, je l<' iU)c\u\'r, .:.-L liuiiim." <U"' '''^ cherches depuis longtemps' que tes décrets menacent, ce meurtrier de Laïus, il est ici; on le croit élran^^er, simple habitant de c-tte ville; mais bientôt il sera reconnu Thibiin, et il ne se réjouira pas de cette découverte ! Car il voit le jour, et il sera aveugle; il est riche, et il sera mendiant; courbé sur un bâton, il ira errer sur la terre étrangère. Il se reconnaîtra frère et père a la lois de ses enfants, fils et mari de sa mère, enfin incestueux et parricide. Rentre à présent et médite mes paroles. Si tu me convaincs de mensonge, tu pourras dire que je ne connais rien à l'art du devin.
Cette scène terrible jette une première lueur sur les ténèbres de cette mystérieuse histoire. La scène suivante, où Créon vient se défendre des accusations d'OEdipe et se voit repoussé durement, injurié, con- Idamné à Texil, s^p.rt encore à l'action. D'abord f emportement et rinjustice d'OEdipe sont des torts qui rendront son malheur plus supportable aux spectateurs ; puis l'indignation du roi devant une accusation si dénuée de vraisemblance, la révolte de son cœur à la pensée d'un crime que sa conscience désavoue, rendront plus ailreusela péripétie qui se prépare.
Voici en effet que le trouble va commencer pour le malheureux Œdipe. Jocaste est accourue, attirée par le bruit de la querelle ; instruite de l'accusation de Tirésias, elle veut rassurer son époux. Pourquoi se lier aux paroles des devins? La'ius devait mourir de la
main de son tils, et cependant il a péri dans un carrefour, frappé par des brigands étrangers. Le fils de Laïus et de Jocaste devait tuer son père, et cependant il est mort trois jours après sa naissance, exposé sur une montagne déserte. Mais ce récit est un premier trait de lumière qui éclaire douloureusement l'âme d'OEdipe. Cette rencontre dans un carrefour, ce meurtre d'un vieillard monté sur un char, il se les rappelle, et les réponses de Jocaste achèvent de porter en lui une conviction contre laquelle il cherche à se débattre. Des cinq esclaves qui entouraient alors Laïus, il en est un qui vit encore, retiré volontairement, depuis la mort de son maîlre, depuis la proclamation du nouveau roi, au fond d'une campagne. Œdipe veut le voir, OEdipe presse Jocaste de le faire venir sans retard. Cependant il raconte à son tour comment, poursuivi par Tinjure d'un convive pris de vin qui l'a traité de « fils supposé, » il a quitté son père Polybe, sa mère Mérope, Gorinlhe sa patrie, pour consulter l'oracle de Delphes. Mais quel épouvantable avenir lui a prédit Apollon ! 11 doit être un jour l'époux de sa mère, le meurtrier de son propre père. 11 s'est banni à jamais de Gorinthe, et c'est en quittant le temple de Delphes qu'il est arrivé à ce carrefour où l'on dit que Laïus a péri. Il raconte alors sa querelle avec le vieillard qu'il a rencontré et la mort dont il l'a frappé ainsi que ses compagnons de route. Cependant GEdipe était seul ; Laïus, suivant le récit du berger, a été tué par plusieurs brigands ; il reste donc encore quelque espoir.
Mais une péripétie nouvelle vient précipiter la marche des événements. Un envoyé de Coriuthe arrive et annonce à Jocaste d'abord, puis à OEdipe, la mort de Polybe. Ainsi les oracles d'Apollon sont menteurs, ainsi OEdipe ne sera pas le meurtrier de son père ! Le malheureux triomphe. Cependant, pressé de retourner
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àCorinthe donl le peuple l'appelle comme son roi. il hésite, il refuse. Le dieu ne Ta-l-il pas menacé d un autre crime? ne doit-il pas devenir Tépoux de sa mère^^ Instruit de ces alarmes, l'envoyé s'ollre à les détruire : un mot suffira, Olùlipe n'est le fils m de Méropc, ni de Polybe, et le Corinthien raconte comment il a recueilli le jeune enfant sur le mont Citheron, comment il a délivré ses pieds traversés de liens. Ouels étaient les parents de cet infortune? Un seul homme pourrait le dire, un berger du roi Laïus, chargé par eux d'exposer dans ses lieux sauvages le nouveau-né condamné à périr.
La lumière est faite pour la malheureuse Jocaste; elle conjure Œdipe de ne pas pousser plus lom ses recherches. Mais l'infortuné, qui se débat contre la vérité, veut croire à une pensée orgueilleuse ; la reine rougirait d'apprendre qu'il est le fils d'un esclave. Alors Jocaste s'élance dans le palais, éperdue de douleur, et on apprendra bientôt qu'elle s'est pendue.
A ce moment le berger arrive ; c'est bien lui qui autrefois a reçu OEdine des mains de Laïus, c est lui qui, touché de compassion, a remis l'enfant au serviteur de Polybe; c'est lui qui, plus tard, témoin du meurtre du roi, témoin de l'élévation et du mariage du meurtrier, est allé ensevelir au fond d'une canapa^ne cet effroyable secret. Longtemps il refuse de parler ; le roi le presse, le menace et arrache peu à peu aux lèvres du vieillard la vérité quM a devinée, mais qu'il veut connaître dans toute son horreur. Le dialogue est admirable :
OEdipe. Tu refuses de parler de Ijoniie gmce? Eh b'ieii î
les coups te feront parler. - Le SERvrrEUR. Au nom des
.lieux épargne un vieillanl. ~ Quon lui he à l'instant les
mains derrière le dos. - Malheureux, pourquoi? que veux-tu
y.^voir? — As-tu remisa cet homme l'enfant dont il parle. —
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Je l'ai ceiiiis; que iio SLiis-ju mort en ce jour! — Kh bien! lu mourras, si tu ne réponds comme Lu dois. — Ma mort est encore plus certaine, si je parle. — Cet homme, je le vois, cherche des détours. — Non, certes, n'ai-je pas déjà dit que je l'avais remis? — D'où l'avais-tu reçu? Était-il à toi ou à un autre? -- A moi, uon;je Tavais reçud'ailleurs. — De quel citoyen de Thèbes, de quelle maison? — Mon maître, aunomdes dieux, n'en demande pas davantage. — Si je le demande une seconde ibis, tu es mort. — Eh bien ! il était ne dans le palais de Laïus. — Était-ce un esclave ou un enfent de ce roi? — Hélas ! voilà le plus terrible à dire. — Et le plus terrible à entendre; je veux l'entendre cependant. — On le disait fds de Laïus; mais la reine qui est dans le palais t'en instruirait mieux que moi. — C'est elle qui te remit l'enfant? — Ellemême, prince. — Et dans quelle intention? — Pour que je le fisse périr. — Son entant, la malheureuse! — Elle craignait un l'uneste oracle. — Quel oracle? — Il devait tuer les auteurs de ses jours. — Pourquoi donc le remis-tu entre les mains de ce vieillard? — J'eus pitié de lui, ô mon maître, je crus que celui-ci l'emporterait dans un autre pays où il était né luimême; mais il l'a sauvé pour les plus afï'reux malheurs, car si tu es celui dont il parle, tu es le plus infortuné des hommes. — Hélas ! hélas ! tout est éclairci. 0 lumière! puissé-je te voir pour la dernière fois, époux incestueux, père infâme, fils parricide !
Celte horrible catastrophe inspire au chœur un admirable chant, dont la première strophe atteint la sublimité des Psaume :
Ah! générations des mortels, combien à mes yeux votre existence est égale au néant! Quel homme, en effet, quel homme, pour sa part de bonheur, obtient autre chose qu'une ombre bientôt évanouie? Instruit par ton exemple et par ta destinée, ô malheureux OEdipe, je ne crois plus au bonheur d'un mortel.
A ces chants succède le récit d'un serviteur qui nous apprend la mort de Jocaste et le désespoir d'OEdipe : le malheureux s'est arraché les yeux sur le