V. — La Poésie (fin) : U « Anthologie
Aperçu général sur 1' « Anthologie ». — A la
poésie alexandrine se rattache le recueil d'épigrammes connu sous le nom d'Anthologie. Si l'épigramme avait eu déjà d'illustres représentants, un Archiloque ou un Simonide, elle a été le genre alexandrin par excellence, car tous les poètes de la période alexandrine l'ont traitée à l'occasion, et plusieurs en ont fait l'objet spécial de leur carrière poétique. C'est donc le moment d'étudier Y Anthologie^ bien que les pièces dont elle se compose appartiennent à tous les siècles depuis le vue avant l'ère chrétienne jusqu'à l'extrême décadence de la langue et du goût. Le nom d' « anthologie », par lequel nous désignons encore aujourd'hui les volumes de « morceaux choisis », signifie « recueil de fleurs ». Des recueils de fleurs éparses sur le champ de la poésie furent faits à plusieurs reprises par des Grecs de l'antiquité, qui les appelaient aussi « couronnes » ou « guirlandes ». Ces recueils furent abrégés et fondus par des Grecs du moyen âge, et leur travail constitue le fond d'une collection de 5 000 pièces environ qui ne cesse de s'accroître par les inscriptions métriques que
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les fouilles des archéologue! mettent à découvert.
Les fleurs de Y Anthologie sont des épigrammes, au sens très large que le mot avait pris chez les anciens, désignant non seulement, comme à l'origine, une inscription destinée soit à un tombeau, soit à un monument votif, mais encore toutes ces poésies courtes et vives que Ton écrivait généralement en distiques élégiaques, plus rarement en hexamètres dactyliques ou en vers iambiques. Il y a plus, et mainte épigramme funéraire ou votive de Y Anthologie n'est qu'un jeu d'esprit qui n'a jamais été gravé sur la pierre d un tombeau ou sur un objet offert à quelque divinité; ces fictions même ont leur intérêt, parce qu'elles révèlent les tendances intimes de l'auteur et les goûts de la société mondaine à laquelle il s'adresse. Les épigrammes de Y Anthologie traitent ainsi les sujets les plus divers, depuis la politique jusqu'à l'intimité de la vie privée; elles décrivent les chefsd'œuvre de l'art et les procédés de l'industrie ; on y trouve les délicatesses du sentiment le plus pur et le raffinement des passions ; c'est en raccourci la société grecque à tous ses degrés, à tous les âges de sa civilisation.
Entre les poètes qui se distinguèrent le plus en ce genre, une place supérieure doit être faite à Léonidas de Tarente.
Léonidas de Tarente. — Léonidas de Tarente paraît avoir mené une vie errante et pauvre : contemporain de Théocrite, un peu plus jeune peut-être que l'auteur des Idylles, il associa comme lui le réalisme à la pure poésie. Il n'écrivit que des épigrammes, mais il y mit toute son âme et une rare délicatesse.
Entendons-Le d'abord célébrer les mérites d'un certain Aristocrates, un « homme du monde », dirionsnous, et un riche assurément, et le modèle de l'homme aimable par excellence :