‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 11 sur 156 · GRANDES DIVISIONS · texte numérisé non relu

GRANDES DIVISIONS

La race et le nom. — Les qualités du peuple grec. — Li langue : l'accent tonique. — Les formes et la syntaxe. — Les dialectes. — Les caractères généraux de la littérature : !• l'originalité ; 2° l'unité ou continuité. — Les grandes divisions : 1° l'âge épique; 2» la période lyrique et les commencements de la prose; 3° la période athénienne: 4° la période alexandrine; 5« la période romaine et impériale; 6* la littérature grecque chrétienne.

La race et le nom. — La race grecque est l'ensemble des peuples qui, par des migrations venues d'une région inconnue de l'Asie, ont occupé successivement jusqu'au xe siècle avant notre ère le littoral de l'Asie Mineure, les îles de l'Archipel et la presqu'île la plus orientale de l'Europe, désignée encore aujourd'hui sous le nom de Grèce. Ces peuples Kuukm. — Litt gr. 4

ne constituèrent pas tout de suite une unité consciente d'elle-même, connue par un nom unique et permanent : quand Fauteur de Y Iliade parle de YHellas et des Hellènes, il n'applique ce nom qu'au territoire et aux habitants d'une ville de Thessalie; les Grecs sont pour lui tantôt les Danaens, tantôt les Achéens, ou bien les Argiens. C'est plus tard, au début de la période historique, que nous voyons le mot Hellas employé dans le sens général que les Grecs lui ont conservé : ils se glorifient alors d'un ancêtre commun, purement légendaire, qui aurait porté le nom iïHellen et régné sur une partie de la Thessalie. Quant au terme de Grecs, on le lit pour la première fois chez Aristote comme étant simplement celui d'une antique peuplade de l'Épire : les Romains, très proches voisins des côtes d'Épire, l'adoptèrent pour désigner les peuples de race hellénique, et par eux il est passé dans notre langue.

Les qualités du peuple grec. — Quoi qu'il en soit de ces origines assez obscures, les qualités du peuple grec apparaissent de bonne heure, et Ton en trouve le reflet dans les œuvres les plus anciennes.

C'est d'abord une grande variété d'aptitudes : elle donna aux Grecs la vivacité de l'esprit et ce libéralisme qui amena dans leurs chefs-d'œuvre de toute sorte l'équilibre et l'harmonie. Par là aussi le Grec s'intéresse à la nature qui l'entoure, l'une des plus belles qui soient au monde; riche et variée, cette nature élève l'âme par la majesté des spectacles, sans l'écraser par rien de gigantesque et d'énorme qui terrorise les âmes ou qui fasse obstacle à l'alliance des peuples. Le Grec aime donc la nature dans ses moindres détails, il en comprend la poésie, et de ce spectacle il passe au spectacle de l'homme; il est sociable, il a l'âme ouverte, curieuse de toute connaisse nr-\ noble curiosité qui le fait toucher à tous les problèmes et qui éclate dans les descriptions de

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YOdysséeBLVtinl de prendre la forme scientifique daoi lef livrée d'Aristote.

A ces qualités générales s'ajoutent des qualités particulières, telles que la finesse, qui serre de près Les idées, et qui devient une subtilité le plus souvent ingénieuse et parfois excessive. Aussi la gravité des I )oriens et la prétendue lourdeur des Béotiens seraient aujourd'hui chez bien des peuples grâce et légèreté : les Spartiates, ces Doriens si décriés, n'ignoraient pas l'art des bons mots, et la Béotie nous a donné le grand poète lyrique Pindare et les jolies statuettes de Tanagra.

A la finesse les Grées joignent la netteté dans les conceptions. Ils vivent sous un ciel inondé de lumière, leurs côtes et leurs montagnes présentent des contours arrêtés, des profils harmonieux : leur intelligence lucide et précise est l'image de ce beau pays; leur mythologie est simple, éloignée des fantaisies orientales comme des rêveries Scandinaves.

Un autre trait de leur caractère est important : ils respectent la tradition, mais ils ne se laissent pas tyranniser par elle. La mythologie et les légendes anciennes ne cessent d'inspirer leurs poètes, mais ceux-ci se meuvent avec aisance dans le cadre qui leur est fourni, rien de convenu ne les gêne, ils ne sont les esclaves d'aucune mode telle que la majesté romaine ou la galanterie du xvne siècle. Même aux époques de décadence, la liberté naturelle, un instant engourdie pendant la période alexandrine, jette de brillants éclats dans la bonhomie d'un Plutarque ou dans la verve railleuse d'un Lucien.

Enfin les Grecs sont optimistes et gais : sans doute ils sentent les peines de la vie, mais la plainte douloureuse est chez eux chose rare, ils ne connaissent pas les longs désespoirs, ils aiment l'action et la recommandent; par là l'étude de leurs œuvres est éminemment saine et morale.

La langue : l'accent tonique. — Tel était le peuple, telle fut la langue; car une langue est l'image du peuple qui la parle, ses flexions et ses tournures manifestent les qualités de la race.

Ce qui frappe avant tout dans la langue grecque, c'est la finesse de l'accentuation. On sait ce qu'il faut entendre par Y accent tonique, sorte de chant, et élévation de la voix sur une des syllabes du mot : notons-le bien, il s'agit ici d'élever la voix plutôt que de la renforcer, et l'accent le plus sonore est celui qui est le plus aigu sur la syllabe la plus brève ; or, chez les Grecs, l'acuité de l'accent était extrême, et il affectait les syllabes brèves plus souvent que les syllabes longues. En outre, au lieu de ne se poser que sur la pénultième ou sur l'antépénultième comme en latin, ou seulement sur la finale comme en français, il ne repoussait aucune de ces syllabes ; et à la fin des mots, dans l'intérieur des phrases, il s'atténuait pour donner au langage plus de fluidité : c'était un aimable compagnon, élégant, discret et agile.

Les formes et la syntaxe. — La même grâce se retrouve dans la structure intime de la langue. Les voyelles y prédominent, plus fréquemment brèves que longues, plus indépendantes aussi qu'en latin, c'est-à-dire moins obligées de s'étayer à droite ou à gauche sur des consonnes qui les allongent (1). Cette prédominance des brèves et des voyelles aurait énervé la langue, si de bonne heure des contractions et des resserrements de syllabes ne lui avaient donné, sans l'alourdir, quelque chose de concis et de viril. De plus, à la fin des mots les consonnes sourdes et rudes étaient proscrites (2), et trois consonnes de suite ne pouvaient entrer dans un même mot.

(i) La comparaison des former «rei-halcs ripait et civeum fer ébat en est un exemple frappant.

(2) Les Grecs n'admettaient a la fin tics mots que le *, le ç, le < et les deux lettres doubles <f et i.

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