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LA LANGUE GRECQUE

Voilà pour l'harmonie générale de la langue : la formation des mots est également remarquable, car le grec a mieux profité que le latin des ressources offertes par les procédés de dérivation, créant par là une langue qui exprime mieux les moindres finesses de la pensée, et qui, à chaque étude nouvelle, trouvait le vocabulaire spécial qui lui était nécessaire ; il s'est aussi appliqué davantage à former des motscomposés, où chaque partie, y eût-il même là deux et trois prépositions, garde sa valeur et son sens propre, au lieu de devenir, comme en latin, un tout indivisible.

Dans la déclinaison, si l'ablatif, le dernier des six cas de la déclinaison, latine, n'existe pas, un nombre est employé, que les Latins n'ont pas connu : c'est le duel, dont les formes, sans être obligatoires, sont assez souvent usitées lorsqu'on parle de deux personnes ou de deux choses. Enfin la conjugaison présente des formes plus nombreuses, dans le détail desquelles il serait difficile d'entrer ici môme brièvement.

La syntaxe grecque est moins rationnelle peut-être, mais plus souple que la syntaxe latine. Elle doit beaucoup à l'emploi des particules, mots rapides et expressifs, parsemés dans le discours, tenant de la conjonction et de l'adverbe, qui relient les uns aux autres phrases et membres de phrase pour en marquer les rapports logiques avec une élégante concision.

Une telle langue se prêtait donc à toutes les variétés de la pensée en vers et en prose ; sa richesse est manifeste dans les poèmes homériques, et c'est la langue de ces poèmes qui, mûrie lentement et sans modifications essentielles, est devenue la langue des grands écrivains.

Les dialectes. — L'unité de la langue n'exclut pas la variété des dialectes, qui correspondent aux divisions politiques de l'ancienne Grèce : la linguistique ou science des langues, principalement par l'étude des

inscriptions, classe les dialectes et cherche à en écrire l'histoire, mais la littérature n'en retient qu'un petit nombre : f ionien, le lesbien, le dorien, Yattique, la langue commune.

L'ionien, le dialecte de la poésie épique, didactique, élégiaque, et des origines de la prose, est le plus doux, le plus limpide, celui où les voyelles sont le plus multipliées. Le vieil ionien de la poésie épique a donné naissance au dialecte attique, et les poètes, quel que fût le dialecte adopté par eux, lui firent beaucoup d'emprunts.

Le lesbien ou éolien n'intéresse la littérature que par les chants lyriques d'Alcée et de Sappho. Plus mâle que l'ionien, il en a pourtant conservé la grâce; il recule presque toujours l'accent le plus loin possible ; il est intermédiaire entre l'ionien et le dorien.

Le dorien est aussi la langue de la poésie, surtout du lyrisme choral : même pendant la période attique, les poètes dramatiques écrivent en dorien les chœurs de leurs tragédies ou comédies. Les sons graves et pleins y dominent. Mais le dorien littéraire, pour éviter la lourdeur, admet des formes ioniennes et devient alors un dialecte savant et composite.

Ij attique, le plus achevé des dialectes et le plus important, est la langue des grands poètes et des grands prosateurs au temps de la maturité du génie grec. Comme l'ionien, dont il est une transformation, il atténue les sons pleins, mais il est plus ferme et plus serré, il concilie la force avec l'élégance.

La langue commune est la langue des prosateurs à partir d'Alexandre ; c'est l'attique devenu moins pur partout, même dans Athènes, au contact des pays où il a suivi les invasions macédoniennes.

Les caractères généraux de la littérature : 1° l'originalité. — Nous avons vu ce qu'étaient 1»' peuple et la langue. Les caractères de la littérature

ne sont pas moins frappants : on les résume en deux mots, l'originalité et l'unité.

Sans doute les Grecs n'ont jamais vécu à l'abri de l'influence étrangère, et ils ont eu avec les peuples des côtes orientales de la Méditerranée des relations qui remontentsouvent aune haute antiquité. Mais, tout en profitant de ces relations pour les premiers essais de leur art, pour leur musique, pourleurs idées religieuses ou pour leur alphabet (qui est d'origine phénicienne), ils n'ont jamais très bien connu la littérature de leurs voisins. Voilà pourquoi la littérature grecque est originale : « Elle est la seule, a dit excellemment Paul- Louis Courier, qui ne soit pas née d'une autre, mais produite par l'instinct et le sentiment du beau chez un peuple poète (1). »

2° L'unité ou continuité. — N'ayant subi de l'extérieur aucune action profonde, la littérature grecque s'est développée d'une manière plus unie et plus continue que les autres : les Grecs ont, les premiers, distingue, par l'effet d'un progrès réfléchi, les divers genres littéraires ; et ces genres se succèdent chez eux avec on Ire, sans qu'ils les aient trouvés déjà constitués, leur intelligence les créant à mesure que l'occasion s'en présente. Nous ne voyons rien de semblable chez les autres peuples : à Rome, par exemple, tous les genres, sauf la satire, viennent de la Grèce, déjà organisés, déjà soumis à une tradition et à des règles ; il en est de même dans la plupart des littératures modernes, au moins depuis la Renaissance. Au contraire, chez les Grecs, l'unité et la continuité sont extrêmes, et leur littérature est caractérisée par une évolution régulière de l'intelligence qui passe de l'imagination et du sentiment à la réflexion raisonnée : d'après cette idée, on peut y marquer cinq périodes ou divisions principales.

(1) Prospttius d'une traduction nouvelle d'Hérodote, Préfac»

Les grandes divisions. 1* L'âge épique (ix#-

vme siècles av. J.-C). — Les premières œuvres littéraires furent des récits de guerres et d'aventures, des épopées héroïques; originaires d'Ionie, elles ne sont plus représentées aujourd'hui que par les poèmes attribués à Homère. Dans la Grèce proprement dite se montra bientôt un autre genre d'épopée, la poésie à' Hésiode, qui visait plutôt à instruire.

2* La période lyrique et les commencements de la prose (vne-vi* siècles). — Les progrès de la réflexion amenèrent aux vu* et vie siècles le développement de la poésie lyrique et personnelle, qui fut surtout dorienne, et qui atteint avec Pindare sa forme la plus achevée. Puis on constate les premières tentatives de la prose et de la philosophie. L'historien Hérodote (ve s.) marque le terme de cette seconde période et annonce la période athénienne,

3° La période athénienne (ve et ive siècles). — Les grands progrès s'accomplissent aux ve et ive siècles, à Athènes, qui, même au milieu de ses revers politiques, est alors la capitale intellectuelle de la Grèce. Le drame est créé : Eschyle, Sophocle, Euripide écrivent leurs tragédies, Aristophane et Ménandre leurs comédies. La prose devient un instrument d'analyse pour l'historien, pour le philosophe, pour l'orateur : c'est le temps de Thucydide et de Xénophon, de Platon et (XAristote, de Lysias et de Démosthène.

4- La période alexandrine (me et ne siècles). — Mais voici qu'Alexandre par ses conquêtes agrandit les horizons de l'hellénisme et amène la diffusion de la langue grecque; en outre il met fin à l'influence politique d'Athènes et, du même coup, à sa suprématie intellectuelle. Le centre de l'activité littéraire se déplace donc : pendant deux siècles il est à Alexandrie, à la cour des Ptolémées. Là, le génie grec se plaît à raisonner, il cherche, il étudie : c'est l'âge de i'érudi-

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