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XI. — Le ve siècle et la fin de l'hellénisme

Vue générale. — La demi-renaissance des lettres au ive siècle ne pouvait durer. Au ve et dans les premières années du vie, l'Empire est affaibli et désorganisé, l'Église n'a plus à lutter contre un retour offensif du paganisme et elle est occupée de discussions intérieures et purement théologiques : tout cela ne favorise point le réveil de la vie dans une littérature épuisée. Lesauteurs sont pourtant nombreux et variés, compilateurs, rhéteurs, romanciers, historiens même parmi lesquels on retiendrait le nom de Zosime dont Y Histoire contemporaine n'est ni sans mérite ni sans utilité. Mais si le ve siècle a droit à un souvenir malgré sa pauvreté littéraire, il en est redevable à ses poètes et à ses philosophes.

La poésie: Nonnos et son école. — En effet, chose à peine croyable, il y a au v* siècle quelques poètes distingués. De cette renaissance le foyer est en Egypte, et elle a pour chef Nonnos, auteur des Dionysiaques, longue épopée mythologique qui compte environ deux fois autant de vers que Y Iliade. L'expédition de Dionysos contre les Indiens occupe la

plus grande partie de ce poème : elle est l'épreuve qui lui assure son entrée parmi les dieux immortels, elle est aussi la lutte du monde civilisé contre le monde barbare ; mais cette belle conception, cette idée maîtresse, est mal mise en lumière, parce que Nonnos lui rattache toutes les légendes qu'il sait, et fau de son œuvre un cours de mythologie, un amas confus de récits, mal composé dans l'ensemble et dans les parties. Nonnos n'en est pas moins un vrai poète dans le fond comme dans la forme : il a de l'invention ; son style et ses vers ont de la couleur, de l'éclat et de la chaleur. — Devenu chrétien dans la seconde partie de sa vie, il ne renonça pas à la poésie, mais sa Paraphrase du saint Evangile de Jean n'est qu'une élégante et édifiante transcription du texte qui lui sert de modèle.

Parmi les poètes de l'école de Nonnos, mentionnons Musée, dont la gracieuse Histoire d'Héro et de Léandre tient de l'épopée alexandrine par sa brièveté et du roman par l'aventure qu'elle met en scène.

La philosophie. — A côté de la poésie, la philosophie fait encore quelque figure : c'est toujours le néo-platonisme, mais avec moins de mysticisme et de fantaisie. L1 École d'Athènes est alors le siège principal de l'enseignement néo-platonicien, et les maîtres s'y succèdent jusqu'au commencement dû vi* siècle. Proclos, le plus célèbre d'entre eux, dirigea l'École de 438 à 485, date de sa mort: c'était un homme austère, accueillant et bon, justement respecté ; une partie de ses œuvres est conservée, le mérite littéraire en est fort médiocre.

La fin de l'hellénisme. — L'enseignement public du néo-platonisme à Athènes prit fin lorsqu'un édit de Justinien en 529 ordonna la fermeture de l'École : cette date, fort commode, est souvent adoptée comme terme de l'ancienne littérature hellénique et comme point de départ de la littérature byzantine. U es*

pourtant évident qu'une littérature ne commence ni ne finit à jour fixe. Du moins à un livre élémentaire l'édit de 529 marque une Un naturelle et précise. Nous ne rechercherons donc pas les traces de vieil hellénisme que présentent quelques œuvres des vi* et viie siècles, et il ne nous reste qu'à tracer le tableau de la littérature chrétienne depuis ses origines jusqu'aux environs de Tan 50l>.

RÉSUMÉ

Au 11e siècle avant J.-C, Rome devient la maîtresse du monde. Alors commence la Période romaine et impériale des lettres grecques (146 av. J.-C. —529 ap. J.-G. environ) dans laquelle il faut distinguer et étudier séparément la littérature profane et la littérature chrétienne.

La littérature profane produit encore en prose des œuvres remarquables, dont aucune n'est complètement originale, et l'on remarque l'extrême pauvreté de la poésie.

Au début, un grand historien, Polybe (205-125 av. J.-G. environ), n'est guère inférieur à Thucydide que parla médiocrité de son style et de sa composition : comprenant que la puissance de Rome a mis fin aux histoires particulières, il a, le premier, l'idée de l'histoire universelle; l'œuvre pratique et savante où il raconte l'histoire du monde pendant les guerres puniques est le résultat des recherches les plus sérieuses et de nombreux voyages.

Sous Auguste et au ier siècle après J.-C, l'émigration des Grecs instruits vers Rome est très sensible ; les œuvres témoignent de plus de savoir et de travail que de talent, mais préparent une renaissance. Diodore de Sicile écrit une histoire générale, Denys d'Halicarnasse des ouvrages de critique littéraire et l'histoire des origines de Rome; Strabon fonde la science géographique; un anonyme écrit h* Traité du Sublime; à Alexandrie Philon le Juif, philosophe et moraliste, commente la Bible et défend le judaïsme; Flavius Joseph est l'historien des Juifs.

Le 11e siècle après J.-G. ou Siècle des Antonins est le plus brillant de cette période.

Plutarque (50-125 environ), âme honnête et élevée, se rapproche plus que tout autre de l'ancien et pur hellénisme : il compose ses Biographies parallèles des hommes illustres de la Grèce et de Rome en moraliste plus qu'en historien, et les traités qui forment le recueil des Œuvres morales ; c'est un écrivain peu classique, mais séduisant par la variété du style ; la traduction d'Amyot (xvi« s.) lui a valu en France une longue popularité.

Dans le même temps Dion Chrysostome, sophiste, puis stoïcien, est un prédicateur de morale populaire; Arrien raconte dans une Anabase l'histoire d'Alexandre et transmet la doctrine morale du stoïcien Épictète dans les Entretiens et le Manuel ; Appien écrit une Histoire romaine, Pausanias une Description de la Grèce ; dans les Pensées de l'empereur Marc-Aurèle, la morale stoïcienne est moins âpre et plus attrayante que chez Épictète ; la littérature savante est représentée par l'astronome et géographe Ptolémée et par le médecin Galien.

L'éloquence de là seconde sophistique est la plus belle œuvre d'art du siècle des Antonins ; mais cette éloquence, toute d'apparat, d'un JEJlius Aristide ou d'un Maxime de Tyr, est le plus souvent frivole et vide.

A la fin du siècle, Lucien, d'abord sophiste, devient le premier des pamphlétaires par sa verve railleuse et le premier des atticistes par la pureté de son style ; indépendant et fantaisiste, plein d'esprit, mais superficiel, il touche, dans des œuvres variées, à toutes les idées de son temps, et il s'en moque avec le plus complet scepticisme. Son habileté se montre surtout dans les compositions dialoguées (Dialogues des Morts, le Coq, etc.).

Quant à la poésie, elle n'est guère représentée au n* siècle que par le fabuliste Babrios.

Le m0 siècle marque le commencement de l'irrémédiable décadence : l'œuvre des sophistes y est médiocre, même sous la forme du roman ; l'histoire y tient un rang plus

distingué avec Dion Cassius et Hérodien ; la philosophie mystique connue sous le nom de néoplatonisme s'y honore des noms respectés de Plotin et de Porphyre, mais ne produit aucun livre proprement littéraire.

Le iv« siècle offre plus d'éclat grâce au réveil de l'éloquence profane et de l'éloquence chrétienne suscité par le conflit des opinions religieuses. Alors, parmi les païens tiennent école des orateurs et maîtres renommés, Himérios à Athènes, Thémistios à Gonstantinople, Libanios àAntioche. L'empereur Julien, élève de Libanios et habile écrivain, est surtout un pamphlétaire.

Le v° siècle est tout à fait un siècle de décadence. 11 est pourtant marqué par un retour de fécondité poétique: Nonnos, en Egypte, écrit les Dionysiaques, vaste et brillante épopée mythologique. En outre la philosophie néoplatonicienne fait quelque figure à TÉcole d'Athènes dont le maître le plus illustre, Proclos, est d'ailleurs un médiocre écrivain. La fermeture de l'École d'Athènes en 529 par Justinien fixe à peu près la fin du vieil hellénisme et le début de la littérature byzantine.

LECTURES RECOMMANDÉES

Sur l'ensemble du chapitre : A. et M. Croiset, Histoire de la littérature grecque, t. V; L. Hahn, Rom und Romanismus im griechisch-romischen Osten, 1906.

Sur Polybe : Fustel de Coulangbs, Polybe ou la Grèce conquise par les Romains, 1858 ; O.Cuntz, Polybios und sein Werk, 1902.

Sur l'époque d'Auguste et des premiers empereurs : Max Eggek, Uenys d'Halicar nasse, 1902; Marcel Ddbois, Examen de la Géographie de Strabon, 1891 ; abbé Jules Martin, Philon, 1907 ; Emile Bréhier, Les idées philosophiques et religieuses de Philon d'Alexandrie, 1908.

Sur Plutarque: O. Gréard, De la morale de Plutarque, 1866 ; J. de Crozals, Plutarque (Classiques populaires de Lecène et Oudin), 1889 ; P. Decharme, Critique des traditions religieuses chez les Grecs, 1904; F. Brunetiere, article p sthume dans la Revue des Deux Mondes, 1er mars 4907 (quelques pages à

propos d'Amyot) ; L. Levrault, Auteurs grecs (P. Delaplane). Sur la philosophie stoïcienne sous les Antonins : C. Martha,

Les moralistes sous l'Empire romain, 1865; Henri Weil, Dior\

Chrysostome (dans ses Études sur l'antiquité grecque) ; Colaa-

deau, Étude sur Éptctèle, 1903.

Sur Lucien : Maurice Ckoiset, Essai sur la vie et les œuvres de

Lucien, 1882; R. Helm, Lucian und M enipp, Teubner, 1906;

Ph.-E. Legrand, articles dans la Revue des Études grecques,

t. XX et XXI (1907 et 1908); L. Levradlt, Auteurs grecs

(P. Delaplane).

Sur l'empereur Julien: Paul Allard, Julien l'Apostat, 3 voL.

Textes a consulter.

Vu le nombre des autours étudiés dans ce chapitre, nous renvoyons aux catalogues des Collections d'auteurs grecs (Didot, Teubner, Weidmann, etc.) et aux Bibliographies données par W. Christ ou A. et M. Croiset dans leurs Histoires de la littérature grecque, et nous nous bornons à indiquer les principales éditions de Polybe, Plutarque et Lucien.

Polybe : Éditions de Dûbner (Bibliothèque Didot, 2* éd., 1865) et de L. Dindorf, revue par Bûttner-Wobst (Teubner, 1882); édition critique de Hultsch (Weidmann, 1867 ; 2« éd., 1888).

Plutarque : Édition complète par Dôhner et Dûbner dans la Bibliothèque Didot, 1846-1855; éditions de biographies choisies avec commentaires en allemand par Siefert et Blass (Teubner), par Sintenis et Fuhr (Weidmann); éditions des Vies de Démosthène et de Cicéron par Ch. Graox, 1881 (Hachette); édition critique des Œuvres morales par Bernardakis (Teubner) ; édition spéciale, critique et explicative, du traité Sur la Musique, par Henri Weil et Th. Reinach, Paris, 1900.

Lucien : Éditions complètes, sans commentaire explicatif, par Jacobitz (Teubner) et Sommerbrodt (Weidmann); œuvres choisies, avec commentaire explicatif, par les mêmes (ibidem). Nouvelle édition critique par Nils Nilén, t. I, Teubner, 1908,

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