‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 122 sur 156 · X. — Le ive siècle · texte numérisé non relu

X. — Le ive siècle

Vue générale. — Le ive siècle, comparé au ui% offre une sorte de seconde renaissance des lettres grecques. Cette renaissance n'est procurée ni par le Syrien Jamblujuc, qui accentue en mauvais style les fantaisies du mysticisme néo-platonicien, ni par Quintus de Smyrne, dont la tentative d'épopée mythologique [La suite d'Homère) manque de relief

(I) Cm lignes sur les destinées du néo-platonisme sont presque textuellement empruntées a L. Duchesne, Histoire unrienne de l'Église, t. I, p. 553.

fclO PÉRIODE ROMAINE ET IMPÉRIALE.

et de couleur : l'intérêt et la vie sont alors chez les orateurs qui illustrent la société païenne et l'Église chrétienne. Et d'où vient ce réveil de l'éloquence? C'est que le conflit des opinions religieuses est devenu plus ardent avec l'expansion et la victoire du christianisme. La plupart des orateurs païens cherchent à défendre l'hellénisme : dès lors ils ne travaillent plus dans le vide et dans le convenu, et ils retrouvent la sincérité longtemps disparue ; un empereur célèbre et lettré, formé par eux, Julien V Apostat, leur apporte le concours de sa puissance et de son talent. D'autre part les orateurs chrétiens ont été leurs élèves et mettent au service de la pensée chrétienne les armes qu'ils ont reçues de leurs maîtres sur les bancs de l'école.

Parlons donc de l'éloquence païenne au ive siècle : trois hommes surtout y ont marqué leur trace, Himérios à Athènes, Thémistios à Gonstantinople, Libanios à Antioche. Nous retrouverons l'éloquence adverse dans le chapitre consacré à la littérature chrétienne.

Himérios. — Himérios (315-386), originaire de Bithynie, étudia à Athènes, puis y enseigna jusqu'à sa mort. Cet homme d'école n'a rien d'un penseur. Il reste de lui trente-quatre Discours, amplifications scolaires et œuvres de circonstance, d'une éloquence superficielle, poétique, et musicale : il charmait par son style, et aux futurs orateurs chrétiens qui suivaient ses leçons, un Basile de Césarée, un Grégoire de Nazianze, il donnait la tradition du rythme et de l'expression bien choisie.

Thémistios. — Thémistios (315-390 environ), originaire de Paphlagonie, fit ses études dans sa famille, voyagea, puis ouvrit école vers 347 à Constantinople où il professa avec succès et devint à la fin de sa vie préfet de la ville et précepteur d'Arcadius, le fils de Théodose. Thémistios avait <ie la philosophie et du

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caractère, et il se faisait estimer* de tous, païens et chrétiens. Quoique très attaché à l'hellénisme, il réclamait la liberté de conscience, et souvent il fit entendre aux empereurs avec* dignité d'excellents conseils. Ses Paraphrases dWristote sont une œuvre utile. Mais c'est dans ses Discours (trente-cinq sont conservés) que sa physionomie et celle de son temps se montrent le mieux : il y parle de lui-même, des hommes, des mœurs et des événements contemporains ; l'éloquence en est un peu molle, mais gracieuse, et capable de force lorsque l'orateur est soutenu par les sentiments élevés.

Libanios. — Liban tas (31 i-3G3) n'a point le calme philosophique et l'esprit pondéré de Thémistios, et il n'est pas non plus le pur homme d'école que fut Himérios. Il se mule en elfel au mouvement des idées de son temps avec la passion d'un homme très imbu d'hellénisme, qui ne comprend ni n'aime le christianisme, et qui sent profondément que plus il avance dans la vie, plus il est en désaccord avec un siècle qui se détache des idées païennes et des études profanes. Né à Antioche, élève des écoles d'Athènes, il professa à Athènes, à Constantinople, à Nicomédie, à Antioche enfin où il se fixa à partir de 354 et dont il défendit plusieurs fois les intérêts auprès des empereurs : dans celte dernière ville il eut pour élevé un chrétien nommé Jean, qui allait être le plus grand orateur du siècle et passer à la postérité sous le nom de saint Jean Chrysostome.

De l'œuvre de Libanios soixante-cinq Discours nous restent, les uns sur des sujets fictifs, d'autres sur des lieux communs de morale, la plupart sur des événements contemporains, et ces derniers font vivre sous nos yeux tout l'Orient grec avec ses mœurs, son administration, ses empereurs. A ces Discours s'ajoutent plus de seize cents Lettres adressées à des païens ou à des chrétiens, témoignage d'une rare

activité, et tableau animé de la société du ive siècle. Bien que les qualités de l'orateur et de l'écrivain soient médiocres chez Libanios, bien que son talent soit inégal et confus, il excita de son vivant une grande admiration qui lui survécut à travers le moyen âge byzantin.

L'empereur Julien. — L'empereur Julien^ neveu de Constantin le Grand, né en 331, mort en 363 après deux ans de règne, élevé dans la « coterie arienne », c'est-à-dire dans une « école de sophistique religieuse » où« l'Évangile était fort voilé par la métaphysique» (1), se forma facilement une conscience païenne : le charme qui manquai t au christianisme tel qu'on le lui présentait, il le trouva dans les lettres profanes auprès dé Libanios à Nicomédie et dans la théologie mystique du néoplatonisme de Jamblique et de ses disciples. En 361, pendant sa marche des Gaules vers Gonstantinople, il se déclara ouvertement par la célébration des sacrifices faite en grande pompe au milieu de son armée : désormais il fut pour les chrétiens « Julien l'Apostat », et il employa les efforts de sa puissance temporelle et de son habileté d'écrivain à combattre le christianisme.

Il écrivit beaucoup, particulièrement pendant son règne. Nous n'avons plus ses Commentaires sur son gouvernement et ses campagnes des Gaules (355-361). Mais sa Lettre au sénat et au peuple oV Athènes (361) sur les principaux événements de sa vie est une apologie substantielle et dramatique, et il y a de belles pages dans la Consolation qu'il s'adresse à lui-même au moment d'être séparé d'un ami très cher, ainsi que dans sa Lettre à Thémistios qui est une sorte d'examen de conscience. Ce qui le dépeint le mieux, ce sont les œuvres où il devient provoquant et satirique : la plus importante, le traité Contre les chrétiens, est connue

(i-, L. Duchesi»<? Histoire ancienne de VÈglise> t II, p. 320

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seulement par ce qui reste d'une réfutation qu'en fil au siècle suivant Cyrille, évêque d'Alexandrie ; il faut y joindre le Misopogon ou « l'ennemi de la barbe », son chef-d'œuvre (363), réponse aux railleries des habitants d'Antioche qui l'avaient chansonné à cause de sa longue barbe de philosophe. Nous avons aussi de lui quelques Lettres adressées à diverses personnes et qui ne sont pas sans intérêt.

De la sincérité, une passion souvent dure et hautaine, un esprit un peu âpre, amer et aigri, voilà ce qui caractérise le talent de Julien, talent réel mais inégal, qui n'eut pas le temps de se développer complètement.

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