II. — Les apologistes
Vue générale. — Le Pasteur d'Hermas se répandait parmi les fidèles, et déjà circulaient des livres chrétiens d'un genre ch/férent : en effet, voici que des auteurs, presque tous formés par la discipline philosophique et oratoire des écoles grecques, puis convertis au christianisme, vont se faire les apologistes de leur foi, c'est-à-dire la défendre et la justifier contre les préventions des empereurs même les meilleurs, contre les païens, les philosophes, les Juifs, les hérétiques ; les « Pères apologistes », grâce à leur connaissance de l'hellénisme, apportent dans ce travail, avec une autorité particulière pour la doctrine, des habitudes de composition et de style qui sont un élément nouveau dans la forme de la littérature chrétienne. - Sans nous arrêter aux premiers d'entre eux, dont la personne et l'œuvre sont moins connues, parlons tout de suite du plus célèbre de tous, saint Justin.
Saint Justin. — Saint Justin, originaire deNéapolis en Palestine dans le pays samaritain, traversa diverses écoles de philosophie où la doctrine de Platon le retint plus fortement que les autres. Des scènes de
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martyre auxquelles il assista déterminèrent sa conversion vers 133 ; puis il vécut surtout à Rome où i) fut martyrisé vers 165. Il n'a point les dons de l'écrivain, mais c'est un homme de cœur que recommandent les plus hautes qualités morales. Il parle de la philosophie païenne avec largeur d'esprit et voit dans les sages de la Grèce des précurseurs de l'Évangile. Beaucoup d'ouvrages lui ont été attribués. Parmi ceux qui subsistent, les seuls dont l'authenticité soit certaine sont : la Première Apologie pour les chrétiens, adressée à l'empereur Antonin vers 152; la Seconde Apologie, complément de la première ; ie Dialogue avec le Juif Tryphon, traité de controverse avec les Juifs.
Tatien et Athénagore (ne s.). — Les dernières années de saint Justin nous amènent au règne de Marc-Aurèle (161-18Q), règne de persécution sous lequel se multiplient les apologies : deux doivent être retenues, celles de Tatien et d1 Athénagore.
Tatien, né en Syrie, élève des écoles helléniques, puis chrétien et disciple de saint Justin, n'a pas l'indulgence de son maître pour les sages de la Grèce ; c'est avec talent, mais avec fougue et virulence, qu'il condamne l'hellénisme dans le Discours aux Grecs (vers 170).
Athénagore d'Athènes, autre philosophe converti, moins ardent que Tatien, fait parvenir vers 177 à Marc-Aurèle et à Commode, récemment associé à l'empire par son père, une Ambassade sur les Chrétiens, apologie bien composée, écrite en style correct et sur un ton modéré.
Saint Irônée et l'auteur de la « Lettre à Diognète » (fin du ne s. et début du m* s.). — Sous le règne de Commode (180-193), si le prince, d'ailleurs détestable, ne malmena pas les chrétiens, ceux-ci durent continuer leur œuvre de défense, pour éclairer l'opinion, toujours inciémente. A cette
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période et aux dernières années du u* siècle sous le règne de Septime-Sévère appartiennent saint Irénée et l'auteur anonyme de là Lettre à Dioynète, auteur qu'il faut même peut-être reculer jusqu'au Hébut du ine siècle.
Saint Irénée, d'origine asiatique, évèque de Lyon où il subit le martyre en 202, écrivit vers 186 Y Examen et réfutation de la fausse science, plus communément appelé Contre les hérésies, connu surtout par une traduction latine, car le texte grec en est presque entièrement perdu : sous cette forme on ne peutguère juger Irénée comme écrivain; par le fond son œuvre est importante.
La Lettre à Diognête est remarquable. L'auteur, qui est resté inconnu, avait l'âme ardente et éloquente, et fortement imprégnée de l'art hellénique; il s'adresse à un païen troublé que le christianisme attire, et, sans s'attarder à une longue réfutation du paganisme, il fait connaître la religion nouvelle en laissant déborder son âme pleine de foi et d'amour pour parler au cœur de Diognête.
Hippolyte (première moitié du me s.). — A ces apologistes onpeut rattacher le dernier docteur romain qui ait écrit en grec, Hippolyte, Le détail de sa vie est obscur, mais il paraît avoir enseigné à Rome depuis le début du m* siècle jusqu'en 235. Ses œuvres s'étendirent à toutes les parties de la science chrétienne, et l'École d'Alexandrie dont nous allons bientôt parler ne fut pas sans influence sur son esprit. Ce qui le recommande aujourd'hui à l'attention des historiens de la pensée gréco-chrétienne, malgré son médiocre talent d'écrivain, c'est l'ouvrage plein de renseignements précieux intitulé Philosophoumena, où il traite des rapports des hérésies avec la philosophie : il y examine chaque théologie hérétique en l'assimilant à un système philosophique ou païen préalablement réfuté ou bafoué.
IJI. — L'École d'Alexandrie.
Vue générale. — Sous la domination romaine Alexandrie restait une ville trop cultivée pour ne pas contribuer au développement de la littérature chrétienne : en face de l'école néo-platonicienne fondée par Ammonios Saccas, son École catéchétique, établie vers le temps de Commode pour l'instruction ou catéchèse des convertis et pour leur préparation au baptême, devint le principal foyer de la science ecclésiastique, une sorte d'école supérieure de philosophie religieuse et d'exégèse biblique, qui brilla d'un vif éclat jusqu'au milieu du me siècle : ses plus illustres représentants furent Clément d'Alexandrie et Origène.
Clément d'Alexandrie. — Clément, d'abord philosophe païen, s'attacha à plusieurs maîtres en divers pays, se convertit à Alexandrie, y devint prêtre, et y enseigna jusqu'au temps (202-203) de la persécution de Septime-Sévère ; il dut alors s'éloigner, et mourut en Asie vers 215. Très érudit, il paraît avoir possédé toutes les sciences de son temps : il est fort préoccupé d'établir les droits de la connaissance rationnelle à côté de ceux de la tradition et de la foi, bref d'instituer entre eux une sorte de concordat ; et, très pénétré d'hellénisme comme saint Justin, il voit dans les philosophes de la Grèce d'utiles auxiliaires pour la défense du christianisme. C'est un esprit pratique, et les règles de la vie ont une grande place dans son enseignement.
Nous avons de lui diverses œuvres dont les principales sont: Y Exhortation aux Grecs ou Protreptique, apologie qui s'adresse aux âmes hésitantes ; YÉducateur ou Pédagogue, minutieux traité de morale destiné à ceux qui, ayant accepté la foi, veulent dans leur vie quotidienne se conduire en vrais chrétiens ; les S tr ornâtes ou Couvertures bigarrées, recueil de