LES ORIGINES DE LA POÉSIE
Le premier âge littéraire de la Grèce, l'âge épique, nous montre la poésie précédant chez les Grecs comme partout la prose littéraire. Les deux premières œuvres qui nous restent sont deux grandes épopées héroïques, Yïliade et VOdyssée : elles supposent une poésie plus ancienne (xvex* s.) qui les a préparées, mais que nous connaissons mal.
C'est en Asie que se formèrent les légendes sur la guerre de Troie et sur les retours des vainqueurs dans leur patrie, légendes qui devaient constituer le fond de ïlliade et de VOdyssée. La poésie s'en empara et les accrut.
Ce travail fut l'œuvre des aèdes asiatiques qui chantaient à la table des grands les fragments épiques dont ils étaient les auteurs (xe s.).
l' « ILIADE ».
Au début du ix« siècle, un aède désigné par la tradition sous le nom d'Homère commença Yïliade par un groupe de chants auxquels d'autres aèdes ajoutèrent peu à peu des chants de développement et des chants de raccord. Au milieu du vin* siècle, Yïliade était terminée : elle se transmettait par la mémoire autant que par l'écriture, et ne s'adressait qu'à des auditeurs.
L'Iliade raconte les effets de la colère d'Achille vers la (in de la guerre de Troie, depuis le moment où le héros se retire sous sa tente. Achille, après une grande défaite des Achéens, permet à son ami Patrocle de prendre part au combat ; Patrocle étant tué par Hector, fils de Priam, roi
des Troyens, il se réconcilie avec les Grecs, rentre dans la mêlée, tue Hector, et rend à Patrocle les honneurs funèbres. Priam redemande à Achille le corps de son Gis, et, l'ayant obtenu, célèbre ses funérailles.
L'unité de V Iliade repose sur le rôle d'Achille, qui tient en mains la victoire des Achéens. Les récits se distinguent par la puissance de l'observation, par la grandeur qui idéalise les êtres humains et les choses les plus humbles ; les descriptions sont vivantes, les comparaisons nombreuses et saisissantes ; c'est par les discours, d'une éloquence simple et dramatique, que se montre le mieux le caractère des personnages (Achille, Hector, Priam, Agamemnon, Àndromaque, etc.). Les dieux, auxquels les Grecs prêtaient la forme et les passions humaines, prennent part à l'aclion, et donnent au poème de la majesté. La langue est le dialecte ionien mêlé de formes empruntées à d'autres dialectes. Le vocabulaire est très riche (mots composés, épithètes), la syntaxe très simple. La versification (hexamètre dactylique) est souple, variée, très expressive.
l'« odyssée ».
Postérieure à ï Iliade d'un demi-siècle, l'Odyssée fut, comme elle, composée pour des auditeurs ; l'aède qui la commença (fin du ixe s.) n'est pas celui qui commença ['Iliade, et son œuvre avait plus de suite et d'étendue ; elle fut achevée au vur siècle par d'au Iras aèdes.
L'Odyssée raconte le retour d'Ulysse dans sa patrie : après le siège de Troie il erre pendant dix ans sur les flots, poursuivi par la colère de Poséidon ; enfin il aborde à Ithaque, mais en son absence ses ennemis ont convoité son héritage et recherché la main de son épouse Pénélope qui leur résiste. Ulysse se fait reconnaître et châtie les prétendants.
Par le nombre plus grand des narrations et des épisodes, l'Odyssée est moins dramatique que l'Iliade. L'unité repose sur le caractère d'Ulysse, désireux de revoir sa patrie, et qui en redevient paisible possesseur. Il y a dans les récits
tô L'ÉPOPÉE HÉROÏQUE.
moins de grandeur et d'idéal; descriptions et comparaisons (ces dernières assez rares) cherchent à expliquer les faits plus qu'à les orner; toul se rapproche de la réalité. Par l'énergie persévérante qui le fait triompher de la mauvaise fortune, Ulysse domine le poème ; Pénélope est un modèle de prudence et de fidélité ; Nausicaa, personnage épisodique, est la plus gracieuse création de l'épopée grecque. Les dieux se mêlent moins fréquemment à l'action et avec moins d'ardeur. Les caractères généraux de la langue et delà versification sont les mêmes que dans Ylliade.