LA FIN DE L'AGE EPIQUE
lante; nulle part ces qualités ne sont plus visibles que dans Y Hymne à Apollon Dell en, destiné à Tune des fêtes de Délos, et qui célèbre la naissance du dieu.
La « Batrachomyomachie ». — Les Hymnes étaient des poèmes sérieux. Rien de plus puéril, au contraire, rien qui marque mieux la décadence de l'épopée que la Batrachomyomachie (combat des rats et des grenouilles) : on ne sait quel est le poète qui écrivit, aux environs de Tan 500 ou même plus tard, ce récit en trois cents vers d'une lutte imaginaire entre deux peuples d'animaux, avec imitation burlesque des poèmes homériques; l'invention y est nulle; quant au style, dès qu'il s'écarte de l'imitation de la grande épopée, c'est presque de la prose.
Le « Margitès ». — La destinée bizarre qui nous a conservé la Batrachomyomachie nous a fâcheusement privés du Margitès, qui était fort estimé d'Aristote, et dont l'auteur inconnu semble devoir se placer très près de l'an 700. On y voyait figurer comme principal personnage un certain Margitès (1), intelligence bizarre et pleine d'idées incomplètes : comme le dit un vers conservé par Platon, « il savait faire beaucoup de choses, mais pas une seule comme il faut (2) ». En ce poème, la satire s'associait à l'épopée, et le vers iambique se mêlait au vers dactylique.
L'épopée aux Ve et IVe siècles. — Les œuvres dont nous venons de donner un aperçu ne sont pas les dernières productions du genre épique chez les Grecs, et ce genre devait revivre avec un certain éclat dans la période alexandrine. Dans l'intervalle il donna lieu à des œuvres que nous connaissons mal, mais don t. la perte ne paraît point très regrettable : Panyasis, parent de l'historien Hérodote, écrivit vers 450 une Héraclée et des Migrations Ioniennes ; vers 400,
(1) M*pifÎTiiî, de (AàpY°<« insensé.
[t\ [1AV <i«in«-fo içt«, «axùî S" j)*iVtaio «4v»«. Platon, Stcond Alcibiad«> p. 147 H.
Chœrilos de Samos mit en vers l'histoire des guerres Médiques; Antimaque de Golophon (ive s.) écrivit une Thébaïde. On voit que, si les sujets héroïques restaient en honneur, l'histoire pénétrait aussi la poésie : c'est un effet de l'apparition de la prose littéraire, qui se manifesta d'abord, comme nous le verrons, en s'essayant à écrire l'histoire.
RÉSUMÉ
Un esprit plus positif, des beautés plus sévères carartérisentl'épopée didactique de la Grèce continentale, préparée, comme l'épopée héroïque, par une poésie plus ancienne et mal connue.
Le Béotien Hésiode, son plus illustre représentant, vivait au commencement du vme siècle et n'était qu'un pauvre paysan ; la langue de sa poésie est l'ionien. 11 composa les Travaux et Jours, type de la poésie pratique, où domine le souvenir de ses luttes contre son frère Perses, recueil de conseils moraux et de préceptes techniques à l'usage des gens de la campagne.
La poésie généalogique présente un autre aspect de l'épopée didactique et le premier effort de l'esprit grec pour débrouiller les idées religieuses : la Théogonie, œuvre d'un auteur inconnu qui s'adresse, comme Hésiode, aux paysans, en est le modèle et chante les générations des dieux.
La fin de l'âge épique est marauée par les pièces improprement appelées Hymnes homériques ; par la Batrachomyomachie, poème burlesque et médiocre ; par le Margitès, mélange de satire et d'épopée, malheureusement perdu.
LECTURES RECOMMANDÉES
Sur l'épopée didactique et la lin de 1 âge épique en général: À. et M. Gboiset, Histoire de la littérature grecque, t. I.
Sur Hésiode et son œuvre : Pierre Waltz, Hésiode et son poème moral, 1906, et De la portée morale et de l'authenticité
des œuvres attribuées à Hésiode, article de la Revue de* études anciennes, t. IX (1907).
Sur la poésie généalogique: Paul Dbcuarme, Mythologie de le. Grèce antique, 2« édition, 1886, et La critique des tradition* religieuses chez les Grec*, des origines au temps de Plutarque,
Sur la fin de l'Age épique H. Hignard, Le* Hymne* homiri* ques, 1864.
TEXTES A CONSULTER
Œuvres de l'épopée didactique: au point de vue critique, l'édition essentielle des Poèmes hésiodiques est celle de À. Rzach, Teubner, 1902; pour le commentaire explicatif, édition de Sittl, Athènes, 1889.
Œuvres de la fin de l'âge épique : les Hymnes homériques et la Batrachomyomachie sont à la suite des éditions d'Homère par PiEnRON et Monro ; éditions spéciales des Hymnes homériques par Baumeister, 1860. Goodwin, 1893, Ali.rn et Sikes, 1904 (Londres, Macmillan) ; les fragments des épopées des ve et rr« siècles se trouvent dans le recueil de G. Kinkbl, Epicorurr, grsKcomw fragmenta, 1877 (Teubner).