‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 49 sur 156 · VII. — Les destinées du lyrismb (v* ET IVe siècles · texte numérisé non relu

VII. — Les destinées du lyrismb (v* ET IVe siècles

La victoire de la musique sur la poésie dans le lyrisme des V* et IV* siècles. — Il reste à indiquer les destinées de la poésie lyrique aux v' et iv* siècles. Les fêtes publiques ou privées des cités grecques et les besoins de l'ame humaine désireuse d'exprimer ses sentiments gardaient à cette poésie une raison d'être permanente; mais elle avait atteint son point de perfection, et la décadence allait commencer. Laissons de côté les parties chorales et lyriques le la tragédie et de l'ancienne comédie attique : outre

qu'elles abondent eu beautés poétiques qui maintiennent très haut la gloire du lyrisme grec, elles ne sont point du domaine de ce chapitre. Mais on constate dès le temps de Pindare un développement de la musique qui fait sortir de l'ombre le nome et le dithyrambe, particulièrement propres à se prêter aux fantaisies des musiciens; du même coup les autres genres passent peu à peu à l'arrière-plan. Le nome était chanté par une seule voix, et son étendue autant que sa gravité religieuse ouvrait une ample carrière au talent des solistes ; en introduisant parfois un chœur dans le nome, on fit valoir davantage par le contraste ce talent même. Dans le dithyrambe, qui, chanté par un chœur et contenant un élément passionné, se prêtait à une transformation du lyrisme choral, ce furent au contraire des personnages, des solistes, qui vinrent se mêler au chœur et créer une sorte de drame lyrique où tout était chanté. De même qu'il y avait des concours et des représentations dramatiques, il y eut alors des 3oncours et des représentations lyriques, et leur importance grandit tellement, que Périclès fit construire à cet effet un édifice spécial, 1' « Odéon », le temple du chant.

La musique dans ce nouveau lyrisme obtenait donc le premier rang, comme dans nos opéras. Les auteurs continuèrent à être à la fois musiciens et poètes, mais beaucoup plus musiciens que poètes ; et si leur poésie, pour s'adapter à leur musique, devint très brillante, très pathétique et très sonore, elle fut en revanche très pauvre d'idées. C'est surtout à Athènes, que s'accomplit cette transformation, mais par des artistes du dehors qu'elle accueille avec faveur sans que le génie attique leur suscite des rivaux. « Peut-être, dit M. Maurice Groiset, la faculté pensante fut-elle de bonne heure trop affinée dans l'âme athénienne pour un art qui ne saurait se passer à' une certaine inconscience: ce qui est irèa

DESTINÉES DU LYRISME (V* ET IVe SIÈCLES). 109

clair et très précis n'est jamais très musical (i). » Timothée. — De ces musiciens-poètes des ve et ive siècles, Timothée de Milet (447-357) est le mieux connu, et sa vie semble avoir été glorieuse. Il n'était pour la postérité que l'ombre d'un grand nom lorsqu'un papyrus égyptien découvert en 1902 révéla une notable partie du plus populaire de ses nomes, les Persety le texte seul sans la musique, le livret d'une des plus célèbres « partitions » de l'antiquité. Les Perses sont un nome citharédique, un long- solo de chant avec accompagnement de cithare, où le poète traite d'une bataille navale perdue par les Perses sous les yeux du grand Roi, et qui est évidemment celle de Salamine. Sur ce sujet dramatique et propre à exciter l'enthousiasme patriotique d'un Grec, Timothée déploie un immense talent, souple et varié, servi pur une prodigieuse richesse de mots et d'images ; mais il ne trouve aucun accent qui parte du cœur. « La virtuosité, dit un de ses meilleurs critiques, prend donc ici nécessairement la place laissée vide par l'émotion. Les Perses de Timothée ne sont qu'une succession habile de morceaux de bravoure, tableaux de bataille, scènes de mœurs barbares, discours pathétiques ou burlesques. Épopée, tragédie, comédie, tous les genres, tous les tons sont également mis à contribution. Le nome ainsi conçu est un véritable potpourri (2). »

L'étude du lyrisme grec nous a fait voir son caractère essentiellement ionien ou dorien, et elle nous a menés presque à la fin de la période athénienne. Toutefois, avant d'aborder les œuvres du génie littéraire d'Athènes, qui marquent la maturité de l'esprit grec, nous devrons montrer dans le plus prochain

(1) Maurice Croiset, Histoire de la lin. gr., t. III, 1* éd., p. «40.

Ui Théodore Reinach, Revue de» Études grecques, t. XVI (190.*). p. 77,

Eggkr. — Litt. gv 7

chapitre les débuts de la prose chez les premiers philosophes et historiens, chez Hérodote en particulier.

RÉSUMÉ

Le second âge des lettres grecques (vn€-ve s.) est marqué par le développement du lyrisme et par les premiers essais de la prose littéraire.

La poésie lyrique des Grecs néglige les récits et fait aux sentiments une place prépondérante ; elle invente des métrés variés, elle est accompagnée de musique, souvent même de danse, et la musique est l'œuvre du poète luimême.

La forme lyrique qui se rapproche le plus de l'épopée, Yéléyie, chant de deuil à l'origine, fut surtout gnomique, c'est-à-dire abondante en préceptes et en sentences : au vne siècle Archiloque, Callinos, Tyrtée, Mimnerme, puis au vie siècle Soion et Théognis en sont les principaux représentants.

Uépigramme ou inscription, funéraire ou votive, se rattache à l'élégie : Simonide de Céos (vie-ve s.) y excellait.

La poésie iambique s'éloigne davantage de l'épopée ; elle tire son nom de ïiambë (u — ), pied très vif. Rapide et railleuse, elle est surtout connue par les fragments d'Archiîoque (vne s.), le créateur de la satire personnelle et de la poésie passionnée.

L'ode ou chanson, légère et souvent passionnée elle aussi, est portée à sa perfection d'abord dans l'île Éolienne de Lesbos vers l'an 600 par le poète Alcée et par la poétesse Sappho, puis à la fin du vi* siècle par un Ionien, Anacréon.

Le principal genre lyrique, la poésie chorale ou lyrisme d'apparat, chantée et dansée par un chœur, originaire des fêtes de Sparte, doit à Alcrnan et aux dithyrambes d'Arion (▼ii# s.) son premier éclat, puis à Stésichore (600 environ)» qui invente la triade, ses grands progrès techniques.

LK LYRISME. iii

Aux vie et y- siècles Simonide de Céos> habile à prendre tous les tons, et surtout célèbre par la douceur de son pathétique, puis son compatriote et neveu Bacchylide, dont la virtuosité fut plus grande que le génie, Pindare enfin, la portent à la perfection.

Pindare (521-441), le plus illustre des lyriques grecs, est le seul, avec Bacchylide, dont nous ayons autre chose que des fragments. Ses Épinicies ou Odes triomphales (environ six mille vers), écrites pour des fêtes données en l'honneur des vainqueurs aux jeux de la Grèce (jeux Olympiques, Pythiques, Néméens, lsthmiques), sont une ample matière de poésie où se confondent les mythes, les actualités et les conseils dans un ensemble harmonieux et savant ; il a l'imagination puissante et de la grandeur dans les idées ; mais les allusions et la hardiesse du style en rendent difficiles aux modernes la lecture et la jouissance.

Après Pindare, au v* et au ive siècle, le développement de la musique amène la décadence de la poésie lyrique : de nombreux auteurs de nomes et de dithyrambes (genres lyriques particulièrement musicaux) sont beaucoup plus des musiciens que des poètes; le plus connu est Timothée deMilet (447-357)

LECTURES RECOMMANDÉES

Snr l'ensemble dm lyrisme grec : A. et M. Croiset, Histoire de la littérature grecque, t. Il : Nageotte, Histoire de la poésie lyrique grecque, 1888-89.

Sur Archiloque : An. Hautette, Archiloque, sa vie et ses poésies, 1905.

Sur Bacchylide : Henri Weil, Les odes de Bacchylide, dans •es Études sur l'antiquité grecque, 1900.

Sur Pindare : Alfred Croiset, La poésie de Pindare et les lois du lyrisme grec, 3e édition, 1895; Jiles Girard, Pindare, dans ses Études sur la poésie grecque, 1884.

Sur Timothée : deux études, l'une de Théodore Reinach, l'autre de Mmjrice Croiset dans la Revue des Études grecques, i. XVI (1903), p 62 et p. 323.

TEXTES A CONSULTER

Édition générale des lyriques grecs : Poetae lyrici graeci (y compris Pindare) par Bergk, 5e édition, 1900 et suiv.

Bacchylide : édition princeps par Kenyon, Londres, 1897 , éditions Blass, 1898 (3« 'édition, 1904); Jebb, 1905 ; Taccone, 1907.

Pindare : éditions de Bobckh, 1811-1821, critique et explicative, avec le scoliaste, traduction latine, etc. , de Dissen-Schneidewin, 1843-1847, avec commentaire en latin ; de Christ, 1896, très importante à tous égards ; de Schroeder, 1900 (volume I, lre partie, dans la dernière réédition des Poetae lyrici graeci de Bergk).

Timothée : édition de Wilamowitz-Mobllendorff, 1903. et traduction de Paul Mazon dans la Revue de Philologie, t. XXVil (4903), p. 209.

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