LES PREMIERS PHILOSOPHES
d'Ionie et sont tous des savants chez qui la philosophie se confond avec l'étude de la nature : le plus remarquable et le plus ancien, Anaxlmandre de Milet (vers 550), est le premier auteur d'un système philosophique et peut-être le premier Grec qui ait écrit en prose un véritable ouvrage. Heraclite, né à Éphèse vers 540, penseur solitaire et hautain, est mieux connu, et peut être rattaché à la tradition inaugurée par Thaïes. Tous ces philosophes ioniens expliquent l'origine des choses par les transformations d'un élément matériel et primordial, l'eau, l'air, ou le feu.
Pythagore. — En même temps que les Ioniei* développaient leurs idées, Pythagore de Samos (né vers 580) fondait à Grotone, dans la Grande-Grèce, l'école qui porte son nom, le pythagorisme. Il n'écrivit rien, mais son influence fut grande. Ses adeptes s'imposaient une discipline morale très sévère; il enseignait la métempsycose, c'est-à-dire la croyance qu'après la mort l'âme passe successivement dans plusieurs corps où elle achève de se purifier. Tandis que les Ioniens cherchaient un principe physique des choses, Pythagore imagine un principe mathématique, le nombre, et sa théorie, si bizarre qu'elle fût, eut le mérite de créer en Grèce la science des mathématiques. L'élévation de ses doctrines et leur caractère religieux ont inspiré l'École d'Élée.
L'École d'Élée. — Vers l'an 540 venait s'établir à Élée en Lucanie un homme de condition médiocre, philosophe et poète, qui avait mené jusque-là une vie errante : il était né vers l'an 600 à Colophon et s'appelait Xénophane. Ses disciples et lui forment Y École d Elée, dont les théories idéalistes s'opposent aux tendances matérialistes des Ioniens. Pour exprimer ses idées philosophiques, il employa la forme poétique : son poème Sur la Nature était écrit en hexamètres daclyliques : il croit à un Dieu unique, immuable et éternel, et il en parle presque avec l'ac-
cent d'un chrétien. On louait aussi ses élégies, ses ïambes, ses deux poèmes sur les fondations de Golophon et d'Élée. C'était un génie bien grec, un esprit aux conceptions élevées et libres, un artiste dont la pensée se revêtait de grâce sérieuse et de belle humeur.
Parménide d'Élée, né vers 540, développa les principes de Xénophane * il écrit aussi en vers, mais avec plus de force ; il expose avec enthousiasme, et parfois avec éclat, les doctrines les plus abstraites.
Les systèmes de conciliation. — Quelques esprits tentèrent de concilier les Ioniens et les Éléates. Tels furent, au ve siècle, Empédocle d'Agrigente et A naxagore de Clazomène. —Empédocle était un grand seigneur curieux de toute science et de toute philosophie : il reste de lui environ quatre cent cinquante vers, œuvre d'un vrai poète Anaxagore vécut longtemps à Athènes : comme Empédocle, il était issu d'une famille noble et riche; comme lui, il unissait le goût de la science à celui des hautes spéculations métaphysiques; il écrivit en prose, et nous avons des fragments de son livre Sur la Nature.
Les sophistes. — A côté des conciliateurs apparaissent les négateurs : ce sont les sophistes, qui se disent professeurs de science (en grec sophia). Mais de quelle science? D'une science toute négative, assurément, car à leurs yeux la science véritable est impossible, et l'on ne peut que discourir habilement sur les apparences des choses, rien que sur les apparences. Ces hommes de pensée subtile et dangereuse sont aussi d'ingénieux artisans de langage, des rhéteurs. Leur œuvre, d'une part, se lie à la philosophie de Socrate qui les combat : suivant eux, l'utile doit passer avant le vrai, qu'ils déclarent inconnaissable, et alors Socrate leur répond en fondant la science de la morale et sur cette science toute une philosophie. Avec eux, d'autre part, la prose phiioso-