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III. — Caractères généraux et représentations

Théâtre grec et théâtre moderne. — Une pièce de Corneille ou de Molière, les conditions du spectacle sous Louis XIV ou aujourd'hui sur les scènes de l'Europe, rien de tout cela ne nous représente l'art dramatique des Grecs. Les différences sont nombreuses, et Ton doit les connaître si Ton veut apprécier à sa valeur une tragédie de Sophocle ou une comédie d'Aristophane. Ici nous parlerons de la tragédie ; nous ajouterons dans un autre chapitre ce qui concerne spécialement la comédie.

Les légendes héroïques et religieuses au théâtre. — Engénéral,lesujetd'unetragédiegrecque est tiré d'une des légendes, héroïques et religieuses, qu'avaient popularisées les vieilles épopées et en particulier Y Iliade et Y Odyssée. Aussi la tragédie grecque est-elle nationale et populaire : l'auditeur s'intéresse sans peine à ces histoires des familles d'OEdipe, d'Agamemnon, ou de Priam, que les poètes reprennent et rajeunissant ; ce sont pour lui de vieilles connaissances, il aime entendre sous la

forme dramatique ces contes terribles et charmants qui ont été le fond de son éducation. Les poètes n'oublient pas non plus que par ses origines dithyrambiques la tragédie est une œuvre relig-ieuse : l'éloge des dieux revient souvent dans les chants du chœur, et quelquefois les dieux participent à Faction d'une manière visible ; même invisibles, ils ne sont pas sans influence sur la marche du drame, car leurs oracles et leurs devins font agir les personnages ; ils punissent ceux qui les bravent, ils récompensent ceux qui les honorent.

L'émotion. — Ces vieux sujets sont traités de manière à émouvoir : point de tragédie sans pathétique. Ce pathétique nous émeut, soit par la terreur, soit par la pitié. Quand on rencontre l'union harmonieuse de la terreur et de la pitié, l'âme qui cherchait le plaisir de l'émotion tragique est satisfaite et soulagée. C'est ce qu'Aristote exprime dans sa fameuse théorie de la catharsis ou purgation des passions par le drame, qui a torturé les commentateurs et qui paraît enfin éclaircie : « Aristote, observateur sagace et plein de bon sens, fait tout simplement remarquer que la tragédie répond à ce besoin d'émotion que tous les hommes éprouvent dans une certaine mesure. Ce besoin est satisfait d'une manière agréable par les fictions dramatiques. Le spectacle de malheurs réels nous fait mal, l'image poétique qui nous en est offerte au théâtre nous donne le plaisir de l'émotion sans mélange d'amertume (1). »

Structure de la tragédie. — Nous avons dit quel était le fond de la tragédie ; pour la forme, ce qui la distingue du drame moderne, c'est qu'elle garde la trace des ses origines lyriques, bien que le rôle du chœur diminue chaque jour d'importance et d'étendue au profit de l'action. Nous verrons plus loin quel fut,

(1) Henri Weil, Études sur le drame antique, p. 161.

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