VII. — Conclusion
Cette longue étude sur la tragédie attique demande une conclusion.
Si les analyses qui précèdent ont atteint leur but, elles auront montré l'importance de la tragédie dans la vie intellectuelle de la Grèce conviée tout entière aux représentations du théâtre athénien de Dionysos. Elles auront montré aussi la force d'invention du génie grec, capable de créer un genre nouveau et d'immortels chefs-d'œuvre en s'inspirant, pour les transformer, de l'épopée et du lyrisme.
Quant aux plus illustres des poètes tragiques, Eschyle, Sophocle, Euripide, nous ne chercherons pas à les classer par ordre de mérite, car ils sont chacun à leur façon, de très grands poètes et des créateurs que nous sommes libres d'admirer plus ou moins au gré de nos préférences ; mais nous pouvons rappeler en quelques mots leurs caractères distinctifs.
Eschyle et Sophocle ont sur Euripide l'avantage d'être des génies beaucoup plus simples, et plus réguliers; et à ne les considérer qu'au point de vue
conclusion. -1:;
technique, ils ont le mérite d'avoir achevé parleurs inventions la constitution du genre tragique qu'Euripide a plutôt déformé : le premier, religieux, lyritjue, et sublime, plane très haut, avec une grandeur surhumaine, dans le monde des idées et du langage ; le second, esprit très équilibré, est religieux et numain, épris d'idéalisme et psychologue pénétrant et sincère, merveilleusement habile (avec un art qui se dissimule) à construire une pièce et à tenir éveillée l'attention du spectateur.
On est donc tenté de placer Eschyle et Sophocle au-dessus d'Euripide, surtout si l'on songe à ce qu'il y a d'inégal dans l'art de cet esprit inquiet et chagrin, souvent plus philosophe et plus orateur que dramaturge et poète. Mais si nous avions d'Eschyle et de Sophocle autant de pièces que nous en avons d'Euripide, leurs œuvres secondaires à côté de leurs chefs-d'œuvre (et de ces œuvres secondaires les Suppliantes ou les Trachiniennes donnent quelque idée), nous aurions sans doute à montrer dans leur génie comme dans celui d Euripide des défaillances et des lassitudes.
On ne saurait d'ailleurs trop reconnaître combien Euripide, môme dans ses défauts, est original, combien il est pathétique, combien il a créé la tragédie telle que nous la comprenons, c'est-à-dire une tragédie élargie, et dont la plus générale et laplus humaine des passions, l'amour, est le principal ressort, génie complexe, souvent troublé et troublant, mais dont un critique moderne a pu dire (et ce n'est un faible éloge) qu'il « avait au plus haut- degré le don d'émouvoir les cœurs et de faire réfléchir lf s rits (1) ».
(I) lltori Wed, Étude» sur le drame, antique, p. I il.
-16 LA TKAGEDig.
RÉSUMÉ
lorsque Athènes au ve siècle réunit à l'hégémonie politique la primauté intellectuelle que lui assureront jusqu à la fin du ive siècle ses poètes et ses prosateurs, c'est par la tragédie qu'elle montre le plus tôt au monde grec les chefsd'œuvre les plus éclatants.