LA COMÉDIE MOYENNE
signalé l'apaisement politique qui rendait moins agréable au public la satire des questions du jour et des hommes d'État. En même temps, les mœurs, à la faveur du développement de la vie urbaine, devenaient plus douces et amenaient le goût de la plaisanterie spirituelle et décente. Enfin l'amour du vraisemblable et du réel, grâce au génie des historiens et des philosophes, fit au ive siècle tant de progrès que la raison prit forcément le pas sur la fantaisie.
Caractères et poètes de la comédie moyenne. — Ce que la comédie moyenne offre de nouveau, c'est la représentation des mœurs en dehors de toute fantaisie. Les titres des pièces, aujourd'hui perdues, indiquent presque toujours un métier, une condition sociale, un sujet de la vie commune. Mais les fragments conservés dénotent une observation superficielle, et ce sont les ridicules extérieurs de la vie que les poètes nous montrent le plus souvent : ils excellent à décrire des festins, à contrefaire des discussions philosophiques ; ils s'attachent à des types convenus et faciles à peindre, ceux du soldat fanfaron, du cuisinier, du parasite. Leur langue est d'ailleurs simple et naturelle, leur plaisanterie assez fine. Avec eux, le chœur, déjà privé de parabase et très réduit dans les dernières pièces d'Aristophane, ne tarde pas à disparaître tout à fait.
Des poètes de la comédie moyenne le plus fécond, Antiphane^ se partageait entre les parodies mythologiques, seul reste de l'ancien répertoire, et les aventures de la vie commune; esprit trop facile, il a de la longueur et de la monotonie, et il ne s'élève pas au-dessus d'une élégance banale. — Après lui, Alexis ne traita qu'un petit nombre de sujets mythologiques et orienta nettement la comédie vers son nouveau domaine ; ses plaisanteries sont assez agréables, il a de la malice dans la gaieté, mais il manque de force et de pénétration.
Eggbk. — Litt. gr. 14
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Caractères de la comédie nouvelle ; Philémon et Ménandre. — La comédie nouvelle, en s'adonnant de plus en plus à la peinture de la vérité, acheva ce qu'avait commencé la comédie moyenne. On n'y trouve ni « pièces à thèse », ni caractères fortement tracés et impérissables, mais elle nous offre une peinture sincère et large de la vie bourgeoise faite par des artistes délicats, experts en l'art des nuances. Elle est ainsi amenée à peindre les passions ; dès lors il n'y a plus de pièces sans amour, et le mariage est le dénouement habituel. L'intrigue est ingénieuse, à la manière d'Euripide. « Un des types les plus ordinaires du genre était celui-ci . un jeune homme s'éprend d'une jeune fille inconnue; divers obstacles s'opposent à la réalisation de ses vœux, la condition de la jeune fille, le manque d'argent, la volonté d'un père ou d'un tuteur; un esclave rusé aide le jeune homme; on réussit et on échoue, on espère et on désespère ; à la fin, on découvre que la jeune fille est de naissance libre ; tout se termine par un mariage Gela pouvait se varier de mille manières » (1).
Les poètes de la comédie nouvelle furent nombreux ; ce n'est que par des fragments, ou par les imitations des poètes comiques de Rome, que nous connaissons les plus illustres, Philémon et Ménandre.
Philémon, le rival de Ménandre à Athènes, semble avoir eu de l'imagination et de l'esprit, de la verve et de la bonne humeur, mais il n'étudiait pas asse* la réalité, et ses personnages manquent de relief, Ménandre lui est bien supérieur.
Ménandre naquit et mourut à Athènes (340-292 environ). Il fut, dit-on, le neveu et l'élève d'Alexis, subit l'influence des philosophes Théophraste et Épicure, et dut beaucoup à Euripide dont il partage le goût
(i) A. et M. Groiset, Uist. de la litlér. gr., t. III, î* éd., p. 614.