IV. — Historiens du iv* siècle hors
DE l'AtTIQUE.
Ctésias et Philistos. — Au iv* siècle, l'histoire fut encore cultivée par des écrivains étrangers à l'Attique dont nous n'avons que des fragments; ces fragments et les témoignages de l'antiquité nous autorisent à croire que les œuvres de ces historiens n'avaient pas une grande valeur littéraire : leur perte n'est regrettable que pour la connaissance des faits.
Ctésias, de Cnide en Carie, médecin d'Artâxerxès, à la fin du vc et au début du ive siècle, écrivit en ionien mélangé d'atticisme une Histoire de la Perse et un livre Sur VInde : il savait beaucoup de choses, mais était dépourvu d'esprit scientifique.
Peu après Ctésias, Philistos de Syracuse, mort en 356, imita Thucydide dans son Histoire de Sicile : il resta loin de son modèle, et manqua d'impartialité.
Éphore et Théopompe. — Dans la seconde moitié du iv* siècle, Éphore et Théopompe sont des historiens plus intéressants malgré leurs défauts : ils ont cherché à renouveler le genre et ont créé l'histoire éloquente.
Éphore, de Cyme, disciple de l'orateur Isocrate, écrivit, sur ses conseils, une Histoire générale de la Grèce : la tentative était nouvelle et hardie ; l'auteur semble avoir montré plus de conscience que de véritable esprit critique.
En même temps que lui, et, comme lui, d'une manière trop oratoire, mais avec un savoir plus sûr et une réelle pénétration psychologique, Théopompe, de Chio, autre disciple d'Isocrate, écrivit l'histoire de son temps : ses Helléniques continuaient l'histoire de Thucydide ; ses Philippiques montraient Philippe da Macédoine devenu le centre du monde grec (vue pénétrante, exacte, et originale) et exposaient l'histoire de la Grèce sous le règne de ce prince.
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RÉSUMÉ
La prose grecque atteint sa perfection à Athènes vers la fin du v« et au iv« siècle dans les œuvres d'historiens, de philosophes et d'orateurs dont le génie marque la pleine maturité de l'hellénisme. Le premier en date des chefsd'œuvre de la prose attique est l'ouvrage par lequel Thucydide a créé l'histoire savante et politique.
Thucydide (460-395) écrit V Histoire de la guerre du Péloponnèse. Dans la recherche des faits et de leurs causes, il vise à l'exacte vérité, sans dissimuler toutefois ses sentiments personnels. 11 suit un ordre rigoureux, saison par saison ; ça et là, des tableaux généraux résument une situation, une période; dans les discours, il se tient aussi près que possible de la pensée qui a inspiré les personnages. La sobriété expressive, l'émotion contenue donnent à l'ensemble et aux détails un caractère dramatique très saisissant. Le style est le plus précis, le plus nerveux que nous ait laissé l'antiquité grecque.
Xénophon (430-355), disciple de Socrate, historien et moraliste, écrivain aimable et clair, nature heureuse et facile, est inférieur à Thucydide. Son Anabase, attachant et gracieux récit de l'expédition et de la retraite des Dix-Mille, appartienlau genre des mémoires militaires plus qu'à l'histoire proprement dite. Les Helléniques, qui continuent l'Histoire de Thucydide, sont une œuvre inégale et pleine de partialité pour Lacédémone.
Les autres historiens du iv siècle, étrangers à l'Attique et connus seulement par des fragments, semblent n'avoir eu qu'une faible valeur littéraire : le plus distingué d'entre eux fut Théopompe t de Chio.
LECTURES RECOMMANDÉES
Sur l'ensemble du chapitre : A. et M. Croiset, Histoire de te littérature grecque, t. IV; L. Lkvrault Auteurs grecs (P. Delaplaue}.
Sur Thucydide : Alfred Croiset, Notice sur Thucydide, en tête de son édition des livres I et II, 1886; Jules Girard. Essai sur Thucydide, 2e édition, 1884.-
Sur Xénophon : Alfred Groiskt, Xénophon, son caractère et son talent, 1873 F. Dûrrbach, L'Apologie de Xénophon dans VAnabase, article de la Revue des Études grecques, t. VI (1893), p. 343-394 ; H. Taine, Xénophon, l'Anabase, dans les Essais de critique et d'histoire.
TEXTES A CONSULTER
Thucydide : Édition avec commentaire, par Classen, revue par Stecp (Berlin, Weidmann, 1897-1905); édition critique par Hcde (Teubner, 1898-1901); édition des livres I et II par Alfrbi Croiset (Hachette, 1886); éditions de Morceaux choisis par Alfred Croiset (Hachette) et par Am. Hauvette (Delagrave).
Xénophon : Anabase, éditions Dûrrbach (Extraits, Colin), Couvreur (Hachette), Feuillet (Belin), abbé En. Perrin (Poussielgue), Vollbrecht (Teubner), Rehdawti et Carnuth, revue par W. Nitsche (Weidmann) ; Helléniques, éditions Bûchsenschûti (Teubner), Breitenbach (Weidmann), E.-C. Marchant et G.-E. Uitderhill (Oxford, 1906).
Pour les fragments des historiens du -iv* siècle, voir le tome I des Fragmenta historicorum graecorum de C. Mûllee, dans la Bibliothèque Didot.
CIÎAPITKE IV
'LA 1MIM OSOI'IIIB.
I. Lks 8ophtstes. — Le scepticisme et la morale des sophistes.
— Les principaux sophistes; leur genre de vie.