I. — Les Sophistes
Le scepticisme et la morale des sophistes. — Au temps où Thucydide donnait le modèle de Fart et do la science historique, aucun philosophe n'avait produit à Athènes une œuvre de prose qui s'imposât à la fois aux penseurs et aux lettrés ; mais déjà, par l'enseignement oral de Socrate, apparaissait une philosophie qui allait susciter les chefs-d'œuvre de Xénophon et de Platon. La philosophie même de Socrato
avait pour origine le mouvement d'idées provoqué en Grèce par le scepticisme et la morale des sophistes, mouvement qu'il faut étudier tout d'abord.
On appelle sophistes, du nom qu'ils prirent à la suite de Protagoras, le plus célèbre d'entre eux, tous ceux qui dans la seconde moitié du v* siècle firent profession d'enseigner la « science » (en grec sophia). C'est par eux que la philosophie pénétra à Athènes vers le temps de la guerre du Péloponnèse : quelle était donc leur philosophie, et quelle science se vantaient-ils d'enseigner?
Jusque-là les philosophes avaient fait très petite la part de l'homme dans le monde. Au contraire, chez les sophistes tout se ramène à l'homme et en dépend ; les choses extérieures n'ont plus de valeur et d'existence par elles-mêmes, mais seulement par rapport à l'homme qui les voit et qui les juge ; selon la formule de Protagoras, « l'homme est la mesure de toutes choses » (1). Cette doctrine, en ruinant les fondements de la certitude, conduisait à une sorte de scepticisme, car elle amenait les sophistes à proclamer que l'on ne peut connaître la vérité sur l'origine des choses et sur l'essence en monde, ni même aucune vérité durable. Il n'y a: de vrai, à leurs yeux, que l'apparence du moment pour l'individu qui l'éprouve et son opinion du moment. Mieux vaut donc, selon eux, abandonner des recherches stériles pour se consacrer à des études pratiques, à une philosophie plus utile ; et comme, en Grèce, tout dépendait de la parole, ils s'appliquèrent à enseigner non seulement l'art de discuter, ou dialectique, mais aussi Fart de discourir, l'éloquence, et ils furent en même temps des rhéteurs. Nous parlerons ailleurs de leur rhétorique. Tci nous devons insister sur les conséquences philosophiques de leur doctrine.
(1) 0&VTWV J^Il|A«TO)V IMTpOV «v9pw«M.