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LES SOPHISTES

Avant les sophistes, les Grecs n'avaient aucuno morale idéale et abstraite, d'origine religieuse ou philosophique. Acôtédes lois écrites, une morale vulgaire, populaire, ensemble de lois non écrites, réglait les relations de famille, de concitoyens, d'homme à homme, et ils la rattachaient vaguement et maladroitement à leurs croyances religieuses ; la morale des Sept Sages et des poètes gnomiques, purement utilitaire, se greffait sur cette morale vulgaire sans la contredire, bien qu'animée d'un esprit un peu différent. C'est alors que survint l'enseignement des sophistes, tendant à affranchir la jeunesse de la morale traditionnelle comme d'une servitude et d'un préjugé : d'après eux, chacun pouvait se donner à lui-même sa loi, selon ses goûts, ses désirs, ses ambitions, ses haines, au gré des préoccupations quotidiennes causées par les affaires privées ou publiques ; la tin adoptée, toujours personnelle, justifiait donc tous les moyens; la loi écrite, la constitution des cités, ne méritait pas plus que la loi non écrite le respect des esprits libres, et par conséquent en politique le succès réhabilitait les coups d'État les plus illégaux. Cet individualisme intempérant scandalisa les contemporains des sophistes, leur nom ne tarda pas à désigner tout homme qui fait un raisonnement captieux, et aujourd'hui encore H est toujours pris en mauvaise part.

Mais il ne faut pas voir uniquement dans les sophistes des destructeurs de la morale, car ils avaient donné aux esprits une secousse à bien des égards salutaire. Avant eux la pensée grecque se complaisait presque uniquement dans larêverie poétique,dansles légendes, dans la spéculation sur l'origine des choses de la nature et sur les destinées des mondes. En la détournant des vaines hypothèses théoriques, en la portant vers les arts et les sciences pratiques, vers la dialectique, la rhétorique, la grammaire, ils lui rendirent le grand service de l'obliger à se replier sur elle-même

et à prendre pleine connaissance de ses aptitudes uni verselles.

Les principaux sophistes; leur genre de vie.

— Protagoras d'Abdère, né vers 485, fut le principal propagateur de la sophistique et le plus philosophe des sophistes. Son contemporain Gorgias de Léontini, philosophe lui aussi, fut plutôt un rhéteur. Après eux, Prodicos de Géos n'est déjà qu'un personnage de second plan. Tous trois (ainsi que d'autres moins connus) passèrent par Athènes et y séjournèrent plus ou moins ; de leurs ouvrages nous n'avons que de courts fragments.

Indépendants les uns des autres et ne formant ni une secte ni une école, les sophistes donnaient, sous forme oratoire, des leçons pratiques sur des sujets variés, philosophie, morale, politique, rhétorique, grammaire, etc. ; ils vivaient de leur art et se faisaient payer fort cher, conférenciers ou professeurs ambulants, honorés et fêtés par la jeunesse riche, mais en butte à tous les soupçons de la foule.

IL — Sograte.

Vie de Socrate — En face des sophistes, Socrate fut tout ensemble leur élève, leur imitateur, et leur adversaire ; et, comme ses conclusions furent dogmatiques et profondément originales, il devint le fondateur d'une philosophie nouvelle. Né à Athènes (469), fils d'un sculpteur, et sculpteur lui-même pendant quelques années, il ne tarda pas à s'occuper de philosophie, passant sa vie à discuter les plus hautes questions morales et religieuses avec les jeunes gens que séduisaient sa bonhomie, sa finesse souvent ironique, sa verve intarissable dans les discussions. Il remplit d'ailleurs ses devoirs de citoyen, brave soldat pendant la guerre du Péloponnèse, magistrat courageux quand il défendit/ les généraux que le peuple

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