LES ÉCOLES DE PHILOSOPHIE PRATIQUE
elles se développèrent surtout à Athènes, et voilà pourquoi nous les étudierons ici comme nous venons d'y étudier le successeur d' Arisiote, Théophraste, bien que leurs principaux représentants appartiennent plutôt par .les dates de leurs vies à la période suivante, à la période alexandrine.
Le Pyrrhonisme. — Pyrrhon d'Élis (360-270 environ) trouvait le bonheur dans l'indifférence et le scepticisme : indifférent à la gloire comme au reste, il n'écrivit pas. Son disciple et admirateur Timon (315-228), de Phlionte, vécut à Athènes : il vulgarisa les idées de Pyrrhon dans un poème intitulé les Images, et il raillait sans pitié les autres philosophes dans des vers satiriques intitulés les Silles (les railleries). Cette école bizarre dura peu ; mais il y eut deux renaissances du scepticisme, la première au temps de Cicéron avec Énésidème, la seconde vers 200 après J .-G. avec Sextus Empiricus ou Sextus l'Empirique, ainsi désigné du nom de la secte médicale à laquelle il appartenait ; la vie de ces deux philosophes est tout à fait obscure, et l'œuvre du second, qui seule s'est conservée, n'a qu'un intérêt purement philosophique.
L'Épicurisme. — Épicure, Athénien (342-270), fonda à Athènes vers l'an 300 l'école qui porte son nom. Il professe que le bonheur vient du plaisir, mais du plaisir calme et modéré ; il condamne la débauche, et beaucoup de vertus sont pour lui des moyens de plaisir. En plaçant le bonheur dans le plaisir, même avec les plus sages restrictions, Épicure formulait un principe dangereux que tous les adeptes de sa doctrine n'appliquèrent pas avec la modération des disciples fidèles : aussi l'épicurisme a-t-il abouti parfois dans la pratique aux pires excès, surtout ou uniquement chez les Romains.
Épicure et, à son exemple, ses disciples écrivirent beaucoup, mais en style négligé. On connaissait un certain nombre de p l' Épicure conservées par
Diogène Laerce, historien de la philosophie (vers 230 ap. J.-C.), quand les fouilles d'IIerculanum, au pied du Vésuve, en 1750, mirent au jour dans la villa des Pisons de nombreux rouleaux de papyrus : c'était toute une bibliothèque philosophique où dominaient les ouvrages épicuriens ; outre des fragments nouveaux de l'œuvre du maître, on y découvrait les écrits de philosophie et de rhétorique d'un de ses sectateurs, Philodème (ier s. av. J.-C), qui avait été l'hôte et l'ami des Pisons. L'école d'Épicure se perpétua à Athènes jusqu'au n* siècle de l'ère chrétienne, mais elle fut après lui sans* originalité philosophique.
Le Stoïcisme. — Du vivant même d'Épicure, Zenon de Gitium dans l'île de Chypre (né vers 340) fondait à Athènes Yécole du Portique ou stoïcienne (du mot grec stoa, qui signifie portique). A Zenon succéda Cléanthe d'Assos; à Cléanthe, Chrysippe de Soles (mort en 207), qui constitua définitivement la doctrine. Ce fut, à la différence des Épicuriens, une école vivante, active, toujours à la recherche du mieux dans les pensées et dans les actions. Le mal moral vient ctes passions ; résister aux passions par un continuel effort intérieur, et arriver à Yapathie ou absence de passions ; tout supporter sans être ému, ne rien craindre et ne rien désirer, tel est l'idéal des stoïciens, et il en résulta une morale austère, hardie, parfois sublime.
L'influence des stoïciens fut considérable dans toute la Grèce avant de s'étendre à Rome et à l'empire romain. Au ne siècle, leur doctrine fut illustrée par Panétios (170-100), puis au ier siècle par Posidonios (128-45) qui fonda l'école de Rhodes et qui compta Gicéron parmi ses auditeurs.
On n'a que de courts fragments de tous ces philosophes (le plus connu est V Hymne à Zeus de Cléanthe), et il faut aller jusqu'au siècle des Antonins pour trouver quelques monuments complets du stoïcisme.
liÉSUMÉ
A côté de l'histoire, la philosophie grecque produit à Athènes à la lin du ve et au ivB siècle les œuvres les plus durables par l'importance des idées et par la beauté de la forme.
Les premiers philosophes qui enseignèrent à Athènes, les sophistes, un Protagoras, un Gorgias (v« siècle), ramenèrent la philosophie à l'étude de l'homme ; en déclarant qu'il est la mesure du toutes choses, ils aboutirent à une sorte de scepticisme et à la ruine de la morale.
Socrate (469-399), le plus grand philosophe de l'antiquité, combattit renseignement des sophistes, rétablit la morale sur des bases solides, et fonda la doctrine spiritualiste (distinction de l'âme et du corps, croyance à l'immortalité de l'âme). Confondu bien injustement avec les sophistes, il ne put triompher d'une accusation d'impiété et fut condamné à mort. Il enseignait par la conversation et il n'a rien écrit, mais il nous est connu par les œuvres de ses disciples.
Nous avons étudié Xénophon historien. Disciple de Socrate, il présente le côté pratique et religieux des enseignements de son maître : dans les Mémorables (recueil de Souvenirs) et dans V Economique, Socrate intervient comme personnage ou interlocuteur principal ; YHiéron est un dialogue politique, et la Cyropédie un roman historique et moral.
Platon (428-3*7) a développé le côté spéculatif de la doctrine de Socrate. on philosophie découle de la théorie des Idées, premiers principes des choses : il l'a exposée dans des Dialogues d'un style admirable, tour à tour simple, gracieux, éloquent, où il met en scène Socrate causant avec ses amis. U Apologie, le Criton, le Phédon font revivre à nos yeux les péripéties du procès et de la mort de Socrate ; le Gorgias et le Protagoras sont dirigés contre ophistes, l'Ion contre les rapsodes ; dans la République et dans les Lois, fauteur (race le plan d'une cité idéale#
Aristote (384-322), d'abord précepteur d'Alexandre Le Grand, fut ensuite à Athènes, comme Socrate et Platon, le fondateur d'une école de philosophie: génie encyclopédique, précédé dans la voie de la science par le médecin Hippocrate et par le philosophe Démocrite (ve-ive s.), il fonde sa philosophie sur la recherche des Causes, et il applique la méthode d'observation et d'analyse à toutes les connaissances de son temps, dans des ouvrages d'un style austère et précis (la Poétique, la Rhétorique, la Morale à Nicomaque, la Politique, etc.). Au moyen âge, il a exercé une influence incalculable sur la direction générale de l'esprit humain. — De son principal disciple, Théophraste (372- 287), qui fut aussi un esprit encyclopédique, il reste deux traités de botanique et les Caractères, petites peintures de mœurs, .fragments d'un ouvrage mal connu.
A la fin du ive et au me siècle, la spéculation pure est abandonnée pour l'étude pratique du problème moral. De là trois écoles qui se développent surtout à Athènes : Pyrrhon (360-270) trouve le bonheur dans l'indifférence et le scepticisme; pour Épicure (342-270), le bonheur est dans le plaisir; la philosophie de l'école du Portique, le stoïcisme, fondée par Zenon (né vers 340), a pour idéal la résistance aux passions.
LECTURES RECOMMANDÉES
Sur l'ensemble du chapitre : A. et M. Groiset, Histoire de la littérature grecque, t. ÏV; les ouvrages déjà cités, p. 126, de Th. Gompehz et Ed. Zelleu ; L. Levradlt, Auteur* grecs (P. Delaplane).
Sur Socrate : P. Landormt, Socrate (P. Delaplane).
Sur Xénophon : Alfred Groiset, Xénophon, son caractère et son talent, 1873.
Sur Platon : A. Fouillée, La philosophie de Platon, 2e éd., 1889; Ch. Huit, La vie et Vœuvre de Platon, 2 vol., 1893; G. Milhaud, Les philosophes géomètres de la Grèce, 1900 ; Cl. Piat, Platon, 1906; M. Renault, Platon (P. Delaplane); L. Robin, La théorie platonicienne des idées et des nombres d'après Aristote, et La théorie platonicienne de l'amour (thèses,
4908) ; H. Roedee, Platons philosophische Bnlwic/tetung, Teubner, 4905
Sur Aristote : Boutroux, j4n'.s/o/e, article de la Grande encyclopédie, réimprimé dans ses Études d'histoire de Lapliilosophie, 1897; Cl. Piat, Aristote, 1903.
Sur les écoles de philosophie pratique : V. Brocha»d. La triforie du jlaisir d'après Épicure (trois articles dans le Journal de» Savants, 1904); M. Renault, Épicure (P. Delaplane).
TEXTES A CONSULTER
Xénophon : Mémorables, éditions complètes par Kuhnbr (Teubner) et Breitenbach (Weidmann) ; éditions partielles par Jacob et Lkbkcub (Hachette) et l'abbé Ragon (Poussielgue) ; Économique, eh. i-xi, par ChJ Graux, édition revue par Jacob; Cyropédie, édition complète par Breitenbach (Teubner), édition d'extraits par Petitjean (Hachette).
Platon : Éditions complètes de Hirschig, Schneider, etc., dans la Bibliothèque Didot. i vol.. et de Burnet, 5 vol., Oxford, 1900-1907. Nomnreuses < dînons partielles ou particulières, parmi lesquelles : la République, par Jowett et Lewis CAMniELL, 3 vol., Oxford, 1894 ; Morceaux choisis, par Dalmeyda i Hachette), Ménéxène, par Couvreur (Garnier), Apologie, par Cucuel (Colin), Phédcn, par Couvreur (Hachette).
Aristote : Éditions complètes de Bekker, Brandis, etc., publiée par l'Académie de Berlin, 5 vol., 1831-1870; de Dûbner, Bissbmàker et Heitz dans la Bibliothèque Didot, 5 vol., 1848-1874. Nombreuses éditions partielles, parmi lesquelles celles de la Rhétorique, par Cope et Sandys. Londres, 1877, de la Poétique, par Butchkr, Londres, 1895, et de la Constitution d'Athènes, par Blass, 3« éd., 1898. Traductions françaises de la Constitution dAthènes, par Haussoullier (Bouillon. 1891) et par Th. Reinach (Hachette, 1891). Les éditions du nepl tyvyy\ç, par G. Rodier, 1900, et du IIe livre de la Physique, par Hamelin, 1907, sont fort importantes pour l'intelligence de la terminologie aristotélique.
Theophraste : Dans la Bibliothèque Didot, éditions des Caractères, par Dûbner, et des autres œuvres, par Wimmbr. Éditions des Caractères par la « Société philologique de Leipzig.», Teubner, 1897, et par Kdmonds et Austkn, Londres, 1904.
Hippocrate : Éditions Littré, 1839-iSUl» et Klkhuswein, 1895 et suiv.
Fragments divers : Stoïcorum veterum fragmenta, édition d'AnNiM, 3 vol., 1903-1905 (Teubner); fragments de Dômocrite, Timon, Cléanthe et des Sophistes dans les Fragmenta philo.sophorum graecorum de Mullach, t. I et II (Bibliothèque Didot); fragments de Démocrite par Diels dans Die Fragmente der Vorsokratiker, %• éd., 1907 ; fragmenta d'Épicure, par U«rn**> 18871'feubner).