I. — Origines de lalexandrinisme
Effet littéraire des conquêtes d'Alexandre. —
Les vastes conquêtes d'Alexandre avaient ouvert h l'hellénisme un mondr nouveau, et Athènes, en perdant
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son indépendance, perdait ce qui avait fait l'originalité de sa littérature, reflet de la vie d'un peuple libre. D'autres villes, plus jeunes ou plue vivantes, vont donc se disputer la gloire d'interpréter la pensée grecque. Celle-ci même se modifie sous l'influence d'une organisation politique très différente : puisque la vie de la cité n'existe plus, la littérature devient individuelle; elle devient aussi cosmopolite, l'écrivain cessant de représenter la cité pour être citoyen du monde ; enfin elle devient savante, et elle manque de naturel et de vie, tantôt étudiant les anciens auteurs (c'est l'œuvre des érudits), tantôt imitant les grands modèles (c'est l'œuvre des poètes).
Rôle secondaire d'Athènes. — Dans cette nouvelle période, Athènes, malgré sa déchéance, ne cesse pas d'être une ville lettrée, mais elle n'occupe plus une place prépondérante.
G'est en achevant l'évolution de la oomédie qu'elle reste le plus attique, et voilà pourquoi nous avons étudié cette évolution dans un des chapitres consacrés à la période précédente. De même, c'est à Athènes que nous avons montré la philosophie morale succédant à la philosophie spéculative vers la fin du ive et à travers le me siècle ; mais dans les systèmes qui s'y développent, un exposé moins sommaire aurait signalé les défaillances de l'esprit attique s'ouvrant aux idées venues de l'extérieur et perdant un peu du bon sens et de la modération qui étaient ses caractères distinctifs.
Athènes mérite encore ici un souvenir pbur avoir accueilli l'historien Timée% de Tauroménium (352- 256 environ). Timée était venu une première fois à Athènes dans sa jeunesse : quand il y revint, chassé de sa patrie par Agathocle, tyran de Syracuse, ce fut pour un demi-siècle, et il y écrivit la plus grande partie de ses ouvrages avant de rentrer en Sicile où il mourut. D était l'auteur d'une Histoire de Sicile
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et d'une Histoire de Pyrrhus qui continuait la précédente : de ces œuvres nous n'avons que de médiocres fragments. Nous connaissons Timée surtout par Polybe, qui l'a trop vivement attaqué. Timée était un érudit et ne manquait ni de critique ni de mesure: mais il ne tenait sa science que des livres ; il n'avait ni voyagé, ni pris part aux affaires, conditions essentielles pour composer une histoire vivante et pour éviter bien des erreurs; en outre son style était gâté par l'abus de la rhélorique et par l'affectation.
Au surplus, si Athènes donnait à Timée des loisirs et des ressources pour ses travaux, elle ne lui offrait guère des modèles de style, car le dialecte attique s'altérait par reflet des influences étrangères, et l'art d'écrire ne préoccupait plus les esprits. Si la comédie conserve alors la simplicité traditionnelle, la plupart des œuvres en prose présentent désormais un vocabulaire où abondent les termes abstraits ; et la phrase, sans perdre sa clarté, devient monotone. Ainsi se créait dans Athènes et hors d'Athènes le dialecte commun, dialecte incolore et terne, qui fut pendant les siècles suivants la langue usuelle des prosateurs.
Alexandrie et la Bibliothèque. — Quel que soit le rôle d'Athènes après la perte de sa liberté, c'est Alexandrie qui devient le centre intellectuel du monde civilisé. Placée dans une situation favorable, presque à égale distance de la Grèce, de l'Asie Mineure et de la Syrie, Alexandrie fut rapidement une ville commerçante et cosmopolite. Toutefois, le fond de la population, mélange de races diverses, ne constituait pas, à l'origine, un public lettré : c'est ce que comprit et regretta Ptolémée Soter, fils et successeur du lieutenant d'Alexandre à qui l'Egypte était échue après la mort du maître.
Aspirant à faire d'Alexandrie la capitale de la science et des lettres, Ptolémée Soter voulut s'y
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entourer de poètes et de savants qu'il s'attacherait par des dons généreux et pnr une royale hospitalité. C'est ainsi que le poète et grammairien Philétas de Cos fut le précepteur de son fils Ptolémée Philadelphe ; et quand le dernier des orateurs attiques, Démétrios de Phalère, vint lui demander asile, il reçut avec empressement cet esprit médiocre mais universel qui avait écrit sur tous les sujets. Il chargea même Démétrios de créer la Bibliothèque qui devait être, pendant plusieurs siècles, une des merveilles de l'Egypte, et 200 000 volumes furent réunis en quelques années.
Le Musée d'Alexandrie. — Ptolémée Philadelphe compléta l'œuvre de son père. Il fallait, de ces Grecs attirés par les libéralités du prince, faire des hommes dévoués à la gloire d'Alexandrie et retenus par des avantages durables: il fallait donner aux Muses errantes une demeure presque divine. Ce résultat fut atteint par la fondation du Musée, palais spacieux, entouré de cours, de promenades, d'annexés : dans l'édifice central il y eut des logements pour une centaine de sociétaires qui touchaient un traitement donné par le roi, et une salle commune où s'assemblaient les membres du Musée pour leur travail et pour les affaires importantes ; dans les dépendances, on établit la Bibliothèque, des salles de dissection, un observatoire astronomique, un jardin d'acclimatation pour les animaux et les plantes. Bref, le Musée ressemblait à nos Académies et à nos Universités. On y travailla pour le progrès comme pour la diffusion de la science, on y fut auteur et professeur; mais les membres de cette Académie étaient nommés par le prince, et les professeurs de cette Université étaient logés aux frais de l'État. Le Musée dura près de six siècles et ne disparut que sous l'empereur Aurélien, dans une guerre civile qui détruisit une partie d'Alexandrie.