ÉCOLE D'ATHÈNES
SmËÈem.
Julien n'était point, comme Tbémistius, un homme sage et réfléchi. Il ne connut bien ni son temps , ni les hommes de ce temps. La passion, dans son âme, l'emportait sur la prudence, et son mysticisme l'entraîna aux plus fftcbeux écarts. Il ne gagna que de l'odieux dans l'entreprise de restaurer le polythéisme, et de ramener la foule aux anciens temples. Ses vertus personnelles , ses talents militaires , son courage, son esprit, tout ce qui aurait suffi en un autre siècle pour le placer au rang des héros de l'humanité, n'a abouti qu'à faire de lui un sophiste d'une espèce bizarre, ou, si l'on veut, un artiste dont les fantaisies archéologiques ont un instant compromis le sort du monde. Mais nous n'avons point à juger ici le politique malhabile. U s'agit de l'écrivain; et les ouvrages de Julien méritent de figurer parmi les plus remarquables et les plus originales productions du génie antique. On n'a pas souvent écrit, dans les siècles de décadence, avec cette verve, avec cette spirituelle vivacité, ni surtout avec ce bon goût classique et cette pureté de diction, peu s'en faut, irréprochable.
Nous ne connaissons que par fragments le livre de Julien pour la défense de l'hellénisme, c'est-à-dire des traditions religieuses de la Grèce, contre les attaques du christianisme. Nous n'avons rien de ses mémoires sur ses campagnes en Germanie. S*il était permis, dit un critique, de juger de cet écrit par le caractère général de ses œuvres littéraires, il semble qu'on devait y retrouver la simplicité et la précision de César, avec plus de grâce, mais avec moins de nerf et de concision. Le chef-d'œuvre de Julien , c'est la satire intitulée Les Césars ou le Banquet, C'est le tableau des vertus , des vices et des travers des empereurs. Les figures y sont tracées de main de maître, avec une finesse de touche et une vérité de couleurs admirables. Constantin n'y est pas flatté ; maïs cet homme sanguinaire, hypocrite, e£féminé, couvert de crimes, méritait peut-être moins de ménagements encore. La satire contre les habitants d'Antioche, intitulée Misapogon^
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c'est-k-dire, Tennemi de la barbe , n'est guère moins plént '^-m de sel et d'agrément. Toutefois, on éprouve une sorte de >! sentiment pénible, en voyant le maître de l'univers commettre la majesté impériale dans l'ironie et l'invective, parce que le$ Galiléens d'Antiocbe se sont moqués de ses prétentions philosophiques, et de son costume négligé, et desakairbe mal peignée , et de ses manières brusques et sans dignité. Mais c'est là surtout, c'est dans les aveux qu'il ne peut s'empêcher de faire lui-même, qu'on aperçoit le plus visiblement quel était alors l'état général des âmes, et combien le paganisme décrété par ordonnance répondait peu aux instinct et . aux besoins des peuples : « Vers le dixième mois anive l'ancienne solennité d'Apollon ; et la ville devait se rendre à Daphné, pour célébrer cette fête. Je quitte le temple de Jupiter Gasius, et j'accours, me figurant que j'allais voir toute la pompe dont Antioche est capable. J'avais l'imagination remplie de parfums , de victimes, de libations, de jeunes gens revêtus de magnifiques robes blanches , symboles de la pHreté de leur cœur ; mais tout cela n'était qu'un beau bod^. J'arrive dans le temple, et je n'y trouve pas une victime, pas un gâteau, pas un grain d'encens. Pen suis étonné ; je crois pourtant que les préparatifs sont au dehors, et que, par respect pour ma qualité de souverain pontife, on attend mes ordres pour entrer. Je demande donc au prêtre ce que la ? iHe offrira dans ce jour si solennel : « Rien, me répondit-il; « voilà seulement une oie que j'apporte de chez moi, ^r la « ville n'a rien offert aujourd'hui. »
Les discours et les lettres de Julien prouvent, non moins éloquemment, que la réaction païenne s'était arrêtée à la société officielle, et qu'elle n'avait point gagné la grande société de l'empire. Pour donner au polythéisme une apparence de vie, Julien est réduit à prêcher, pour ainsi dire, la contrefaçon du christianisme. Ainsi, dans ses instructions à un gouverneur de la Galatie, il reconnaît que les chrétiens remportent en vertus extérieures sur les païens ; et c'est à cette contagion du bien, apparent ou réel , qu'il attribue tous les progrès de la secte abhorrée. Puis, après avoir recommandé à ceux qui la détestent comme lui de ne plus se laisser
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vainere ainei aux yeax des peuples, et après avoir dit à Ârsaee de ne pas souffrir que les prêtres des dieux mènent une vie inconvenante ou dissipée, Julien ajoute ces paroles : « ËtabKS'dans chaque cité des hospices, pour que les gens sans asile ou sans moyens de vivre y jouissent de nos bienfaits, quelle que soit d'ailleurs la religion qa*ils professent. U serait trop honteux que nos sujets fussent dépourvus de tout secours de notre part, tandis qu'on ne voit aucun mendiant ni chez les Juifs, ni même parmi la secte impie des Galiléens, qui nourrit non-seulement ses pauwes, .mais souvent les nôtres. »
L'historien de l'école d'Alexandrie, qui a consacré à Julien des pages excellentes, caractérise comme il suit le taleqt littéraire de l'auteur des Césars : « ïlcrivain plein de grâce et de naturel, il laisse rarement échapper des traits delnauvais goût ou des mouvements déclamatoires. Il a plus d'esprit que d'imagination, plus de vivacité que d'éloquence, phis de finesse que d'élévation et de grandeur. Aucun auteur du temps ne peut lui être comparé pour la simplicité de la composition, pour la clarté et Téléganee du style.»
Entre Julien et Proclus , il y a un laps de temps assez considérable ; mais la littérature païenne n'oSre de l'un à l'autre que des noms obscurs. Les moins indignes d'être cités sont ceux des hommes modestes qui enseignaient la philosophie à Athènes, vers la fin du rv* siècle et dans la première moitié du v* : ainsi Plutarque fils de Nestoriutf et Syrianus, les deux maîtres qui transmirent à Proclus le riche héritage de la science alexandrine. Mais ces deux philosophes eux-mêmes nous sont peu connus. Leurs ouvrages ont péri , à l'exception du savant commentaire de Syrianus sur la Métaphysique d'Aristote. Pcwt^être quelqnesuns des écrits de Proclus ne sont-ils que les rédactions des leçons de ses maîtres. Nous savons du moins que Phitarque, dans son extrême vieillesse, avait voulu lire et étudier, avec un jeune homme de si grande espérance, certains dialogues
de Platon , et qu*il lui avait fait rédiger des commentaires, > ^^ en disant : « C'est sous ton nom que les connaîtra la pos- \± térité. »
Proclus était né eu 412, à Xanthe en Lycie, ou, selon d'autres, à Gonstantinopie, mais d'une famille lycienne.ll alla fort jeune faire ses premières études à Alexandrie; puis il vint, à l'âge de vingt ans, se mettre à Athènes sous la di^e^ tion de Plutarque et de Syrianus. Après avoir complété son éducation par les voyages, il se fixa à Athènes, et il succéda, vers l'an 450, à Syrianus dans la direction de l'école. De là le surnom de Diadochus, c'est-à-dire, successeur, qu'on joint quelquefois à son nom. Ilenseignapendantplus de trenteannées, avec un succès extraordinaire, et il mourut en l'an 485. C'est le dernier des grands philosophes grecs ; et c'est aussi le dernier des grands prosateurs, et le dernier des grands poètes. La littérature grecque eut l'insigne honneur de finir avec un homme en qui revivait tout à la fois quelque chose de l'âme d'Homère et quelque chose de l'âme de Platon.
Traités phllos^phlqoes 4e Pr«elwi«
Proclus avait beaucoup écrit; et, quoique nous ne possédions qu'une portion de ses œuvres, ce reste est très-considérable, et contient des traités d'une importance capitale, entre autres les immenses commentaires sur le Timée, sur le Parménide^ sur VAlcibiade , et les Éléments de Théologie. Il y a aussi certains opuscules fort remarquables, dont les originaux grecs ont péri , et qui n'existent plus que dans une grossière et défectueuse traduction latine du xm* siècle. La manière de Proclus n'a rien de la brusquerie impétueuse, du désordre, de la confusion que nous avons signalée dans les écrits de Plotin : elle se rapproche plutôt de l'élégance facile et agréable de Longin et de Porphyre. Le penseur profond et le savant universel ne font jamais tort à l'écrivain. Proclus s'avance méthodiquement , lentement , avec détail, mais avec clarté, disant tout ce qu'il a à dire , et ne laissant rien à deviner au lecteur. C'est un excellent auteur didactique. Si Plotin fait sentir plus vivement et plus fortement la
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Vérité, Proclus, comme dit M. Vacherot , la fait mieux comprendre. Le même critique caractériae excellemment l'entreprise du philosophe d'Athènes. > Proclus fut, plus qu'aucun latre philosophe de cette époque, pénétré de l'esprit alexandrin, de cet esprit qui aspire à tout comprendre, tout expliquer, tout concilier. 11 n'est pas une tradition du sens commun, quelles qu'en soient la nature et l'importance, dont il n'ait tenu compte. Toute la philosophie alexandrine d'abord, et en outre toute la science du passé , viennent se résumer dans ce système, qu'on pourrait dé&nir avec raison la synthèse universelle des nombreux éléments de la sagesse antique, élaborée sous l'influeiice du platonisme. Proclus exprimait énergiquement le caractère de aa mission , quand il s'appnlait le pontife de toutes les religions; il aurait pu ajouter : ei le philosophe de toutes les écoles. ■
Les poésies de Proclus prouvent que le philosophe n'était pas moins propre à exprimer lui-même la vérité sous des formes éclatanteset populaires, qu'à la retrouver au fond des symboles antiques, dans les vers d'Orphée, d'Homère ou de Pythagore. Ces poésies sont des hymnes religieux. C'était le temps où de prétendus poètes mettaient sous le nom d'Orphée des prières hiératiques et mystiques, où la poésie fait complètement défaut, et qu'ils appelaient des hymnes : il y en 8 quatre-vingt-huit, qui n'ont rien de commun, je ne dis pas avec le génie d'Orphée , mais môme avec le talent des sectaires orphiques qui vivaient au temps de Pisiatrale vl des Pisistratides. Les hymnes de Proclus, au contraire, sont tout éùncelants de verve et d'inspiration; et trois au moins de ces six morceaux peuvent passer pour des chefs-d'œuvre. Les deux'hymnes à Yènus n'ont pas une grande importance peut-être ; celui i'Hkale et Jantis est très-court et un peu insignifiant; mais l'hymne au Soleil est magnifique de pensée et d'images, et l'hymne à Minervt Polymétis, c'esl-k-dire, k la Science et à la Sagesse , est plus élevé et plus brillant encore. Vbymae aux Musa, que je vais transcrire en entier.
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donnera un^ idée des transformations que Proclus faisait subir aux vieilles traditions. On verra que tout est nouveau dans ses prières, excepté le& noms des divinités qu'il invoque, et que ce sont les dogmes de sa philosophie qu*il traduit poétiquement, alors même qu*il a l'air de marcher dans les chemins battus de la mythologie. C'est lace qui fait le vif intérêt de ces vers; c'est par là que cette poésie est vivante et immortelle, et comparable aux œuvres les plus admirées que nous ait léguées le génie littéraire de la Grèce. Proclus est un vrai poète et un grand poète; non pas un d^ héros de la poésie» comme Homère ou Eschyle , mais un des plus grands après les premiers. C'est l'égal au moins de Cléanthe. « Chantons, oui, chantons la lumière qui élève en haut les mortels : ce sont les neuf filles du grand Jupiter, les Muses à la voix harmonieuse. Quand nos âmes erraient au travers des abîmes de la vie, leurs livres salutaires les ont sanctifiées , et les ont préservées de l'atteinte funeste des terrestres douleurs. C'est par elles que nos âmes ont appris à s'élancer au-dessus des flots profonds de l'oubli , afin d'arriver pures vers l'astre associé à leurs destins, vers cet astre qu'elles ont abandonné jadis, lorsqu'elles tombèrent sur la plage de l'existence, follement éprises d'amour pour la matière. Quant à moi, déesses, calmez mes agitations tumultueuses, et enivrezHnoi des paroles sensées des^ sages; faites que la race des hommes impies ne puisse me dévoyer du sentier sacré, lumineux et fécond. Du sein de la foule sans rè<«le et sans frein, attirez continuellement vers la lumière sainte mon âme errante; chargez-la des fruits de vos livres précieux, et accordez-lui de posséder toujours le don d^éloquence et de persuasion. Ecoutez-moi , dieux qui tenez le gouvernail de la sagesse sacrée ; vous qui allumez dans les âmes des mortels la flamme qui les enlève en haut; vous qui les ravissez au séjour des immortels , loin du gouffre ténébreux de ce monde , en les sanctifiant par les purifications des chants mystiques. Écoutez-moi, sauveurs puissants* dans les saints livres, montrez-moi la pure lumière; dissipez le brouillard qui est sur mes yeux, afin que je distiikgue sans peine le dieu Immortel et l'homme. Qu'un pernicieux démon
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ne me retienne pas élernellemen t loin des bienheureux, soua les courants profonds de l'oubli. Qu'un châtiment funeste n'enchaiue pas dans les liens de la vie mon ftme tremblante au sein des flots de l'humanité glacée, mon ftme qui ne veut plus errer ainsi désormais. Hais exaucez-moi, dieux guides de la sagesse resplendissante : je fais effort pour gagner la Toie qui condoil ver» vous; rérélez-moi les mystères, et les ioitiations des paroles sacrées. ■
Le seul défaut qu'on puisse reprocher aux vers de Produs, c'est un peu de redondance dans les épilhëtes, et la répétitioa brap fcéquute des mômes idées et des marner mots.
Proclue laissa après lui l'école d'Athënesassexilorisfiftiits. Harinus, qui lui succéda comme lui-même avait succédé k Sjrianua, était un homme de quelque talent et un philosophe distingué. Nous n'avons de luiqu'une Vie deProcUts, ouvrage intéres^nt, quoique fort médiocre; mais noua savons qu'il avait composé des traités estimés surplusieurs pointa importants de la acience. Damaacius, qui était un écrivain élégant, et dont l'imaginalion enthousiaste s'était éprise d'une vive passion pour les doctrines particulières ti lamblique, se sépara plus d'une fois de Proclus son maître. C'est ce que noua apprend Simplicius, l'excellent commentateur d'Arislote et d'Épiclète. Simplicius et Damascius étalent dans tout l'éclat de leur renommée, quand Justinien, en l'an 529, ordonna de fermer les écoles de philosophie. Ils se réfugièrent, avec quelques-uns de leora disciples , auprès du roi de Perse Choaroès. Ils rentrèrent plus tard dans l'empire; mais ils furent impuissants à y ranimer le foyer éteint de la civilisation païenne.
BÉLIODORB. — LOHOUS. — ACHILLE TATIUS. — XÉNOPBON D*iPHÈSB. - ARISTÉNÂTB. — STOBÉE. — EONAPE.— NONNUS. — COLUTHOS. — TRT- FHIODORE. ^ QUINTUS DE SMTRME. — UUSéB LE GRAUMAIRIBIT. ^ AGATHIAS.
Nous pourrions nous dispenser de pousser plus loin Ténamération des auteurs qui ont écrit en grec et se sont fait un certain nom dans le iv* et le v* siècle, ou même plus tard encore. Ceux qui n'appartiennent point à la littérature chrétienne font partie de cette littérature byzantine qui ne produisit jamais une œuvre originale, et dont les pastiches plus ou moins ingénieux sont aussi peu classiques qae ne le sont, dans un autre genre, les écrits latins des plus habiles cicéroniens de la renaissance. Il y a cependant quelques prosateurs et quelques poètes qu*on est accoutumé à compter parmi les Grecs proprement dits , et dont deux au moins , Héliodore et Longus , ont en France une réputation égale à celle des plus grands génies de l'antiquité. Il est donc nécessaire de dire un mot de chacun de ces auteurs , et de caractériser leurs ouvrages.
Héliodore.
Héliodore était un chrétien ; il fut même, dans sa vieillesse, évéque de Tricca en Thessalie. U vivait à la fin du nr* siècle et dans la première moitié du siècle suivant. Son fameui roman , intitulé Éthiopiques , cette histoire des amours du Thessalien Théagène et de l'Éthiopienne Chariclée , serait parfaitement inconnu chez nous, si Jacques Amyot ne s'était donné la peine de le traduire, et si Racine, dans sa jeunesse, ne s'était passionné pour les tableaux erotiques de l'évoque de Tricca. Ce roman, tout fantastique, n'est qu'un tissu d'aventures sans vérité, sans vraisemblance, sans rien qui
orte à aucun temps ou à aucun lieu particulier ; et lira que peint Héliodore ne sont pas moins fausses et aires. Quant aux combinaisons dramatiques , en quoi 3 tout l'intérêt de la fable, elles n*ont pas dû coûter à * de grands e£forts d'esprit. Il s'est borné à entasser, n livre, les inventions éparses à travers les œuvres des mciens, et surtout des poètes de la Ciomédie nouvelle : , brigands, combats, enlèvements, captivités, recontces, etc. Malgré le mouvement qu'il se donne, Hélioaboutit guère qu'à être ennuyeux. Mais notre vieux l'a gratifié de ce style naïf et charmant qui ferait lire its plus mauvais encore que les Éthiopiques.
us a eu le même bonheur qu'Héliodore : il a été trar Jacques Amyot. Longus, dont l'époque est inconnue, les écrivains les plus sophistiques et les plus affectés ait : il n'a d'autre souci que le jeu des mots et des s ; son récit pastoral ne lui est qu'une matière à seniX k descriptions ; la vérité des tableaux l'occupe infimoins que leur vivacité et leur éclat. Le roman de s et Chioé est un livre mal composé, où tout est faux, 'es, mœurs, caractères, style surtout ; je dis le livre de ; mais tous ces défauts ou s'atténuent, ou disparaisans la prose exquise du vieux traducteur français ; riginal plus que médiocre, un ouvrage spirituel sans mais dénué de naturel et de grâce, indécent et oblutôt que voluptueux, est devenu, sous la main d'Aion pas un livre bien chaste, mais un tableau plein de et d'agrément. Paul-Louis Courier, qui a complété et la version d' Amyot, a eu le bon esprit de n'en point la physionomie, et de comprendre que Longus serait î illisible , s'il était reproduit autrement que sous ce î gaulois qui dissimule ou transforme ses imper-
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Atchille Tatius remporte sur Longus ^ Héliodore par U purelé du style et par rintérét des récits. Mais il n*a point eu d*Amyot pour illustrer son nom et pour naturaliser chez nous son œuvre. Son roman de Uucippe et Clilophon n*66t pourtant pas composé avec beaucoup d'art, et Tatius ne sait pas mieux qu*HéIiodore et Longus observer les lois de la vraisemblance ; mais il est amusant, parce qu*il rit quelquefois , et parce que les poètes comiques lui ont prêté quelque cbose de leur gaieté, et non pas seulement des inventions bizarres, des aventures, des péripéties, en un mot le bagage dramatique.
On ignore si Achille Tatius est antérieur k Héliodore, ou Héliodora à Achille Tatius. Aureste, son ouvrage ressemble si fort à celui de Tévéque deTrioca, qu'il n'est guère impossible ou qu'Héliodore n'ait imité Lcudppe et CHtophon^ ou qu'Achille Tatius n'ait imité les Éthiopiques, Seulement, Héliodore est chaste, et ne peint jamais le vice que pour en inspirer ^ho^ reur, tandis qu'Achille Tatius se complaît dans certains sen* timentft et dans certaines idées qui prouvent que les lecteurs de ce temp8*là n'étaient pas très^difBciles en fait de morale et de pudeur. Leucippe conserve, comme Chariclée, sa pureté virginale, à travers, toute sorte d'aventures; mais le résultat final n'excuse nullement les moyens, et les tableaux d'Achille Tatius méritent trop souvent les plus graves reproches. Pour rendre complète justice à cet auteur, il est indispensable^ comme le remarque M. Zévort, de s'arrêter surtout aux détails , à la forme , au style^ dans lequel brille encore, à travers les grâces fardées et l'afféterie , un visible refl^ de l'élégance antique, et quelque chose de la manière de Platon.
Le roman à'Anihia et Habrocome, autrement dit les JÉpWsiaquesy ressemble aux livres de Tatius et d'Héliodore, et pour la marche des événements, et pour le choix des épisodes, et
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pour le mépris de la réalité. C'est surtout , tomme chez Tatius, une parfaite indifférence morale, et un cynisme étrange dans l'emploi des matériaux les plus immondes. Mais Xénophon d'Ëphèse, Tauteur de ce roman, est bien loin d*avoir le talent de ses devanciers. « L*élégaace travaillée de Tatius, dit M. Zévort, a fait place à la sécheresse; à la manière épique d'HéKodore a succédé une froide exposition historique; les inventions, de plus en plus communes, s*enflent et «'exagèrent jusqu'à l'absurde; l'unité même est sacrifiée : Habrocome et Antbia, séparés dès le début, ont chacun un roman à part; l'auteur court sans cesse de l'un à l'autre, et est obligé de renouer vingt fois le fil de leur histoire. On sent, en lisant les Éphésiaques^ que Xénophon s'efforce de renchérir sur ses prédécesseurs, pour ne point leur ressembler; mais, comme les couleurs lui manquent, il va d'une hyperbole à une autre, et finit pas perdre entièrement le sens du vrai et du possible. S'il veut donner une idée de la beauté des deux amants, il montre tous les peuples prosternés devant eux, et les adorant comme des dieux. Pour mieux éprouver leur vertu et intéresser à leurs maux , il invente de bizarres supplices. ^ En somme, le livre de Xénophon d'Éphèse ne mérite guère d'être lu , même dans le français excellent de son dernier traducteur. Cela est sec, comme l'avoue le traducteur lui-même, et pauvre d'idées, et d'un intérêt plus que médiocre , et digne enfin de ces arrangeurs de mots qui pullulaient durant les derniers siècles de la Grèce.
AilBtéiièfte.
Aristénète , qui est du y* ou du vi* siècle , est un sophiste , ou , si Ton reut , un romancier dans le genre d*Alciphron. Ses Lettres sont des contes amoureux, ou plutôt des exercices de style sur des sujets erotiques. Il ne faut chercher, dans ces compositions sophistiques, que ce qu'y a voulu mettre l'auteur, c'est-à-dire des phrases assez habilement construites, pleines d'ornements d'un goftt suspect et de locutions empruntées aux poètes. Aristénète est un dédamateur sans talent : ses amoureux sont des foua dft «At^%
rassis, dissertant à perte de vue sur des sentiments qui leur sont étrangers, et impuissants à produire en nous aucune émotion véritable.
 tous ces écrivains soi-disant originaux , qui n*out d'original que leurs défauts de toute espèce, je n'hésite guère à préférer ce Stobée qui s*est borné à recueillir et à mettre en ordre les extraits de ses lectures, ou même cet Eunape qui a rédigé en mauvais style et avec peu de critique les Viesies philosophes et des sophistes de son temps. Leurs livres sont très-précieux pour nous, surtout celui de Stobée, où Ton trouve d'admirables morceaux de prose et de poésie qui , sans la compilation de ce philosophe amateur, seraient perdus à tout jamais.
Mm
Les poètes du y* et du vr siècle, ou du moins les versificateurs qu'on s'accorde à faire vivre dans cette période, sont, en général, au-dessous du médiocre, et bien dignes de l'oubli où les a laissés la postérité. Il n'y a pas, dans les quarante-huit chants des Dionysiaques de Nonnus, la moindre étincelle de ce génie poétique qui brille encore dans Proclus d'un si vif éclat. Nonnus est très-savant dans la mythologie ; il n'ignore aucune des traditions qui concernent Bacchus, son héros; il fait le vers avec facilité : peut-être de son temps l'a-t-on pris pour un Homère. Hais cette érudition et cette versification habile n'ont produit qu'un poème insipide. Nonnus était un Égyptien de Panopolis. Il se fit chrétien; et il écrivit, après sa conversion, une paraphrase en vers de l'Évangile de saint Jean.
Coluthus, qu'on croit Égyptien aussi, nous a laissé un petit poème, intitulé Y Enlèvement d' Hélène ^ qui n'a d'autre mérite que d'être extrêmement court , et de ne pas ennuyer
trop longtemps le lecteur curieux de connaître ce pastiche homérique. Harles, un des éditeurs de Coluthus, dit en propres termes que l'auteur de VErUèvement cCHélène n'est qu'un inepte imitateur d'Homère. Ses vers sont bien faits ; mais il n'a guère plus de mérite à les avoir faits que notre P. Giraudeau à avoir fabriqué ceux de son utile rhapsodie. Il y a pourtant une belle chose dans le poëme : c'est le tableau du désespoir d'Hermione, au moment où la fille d'Hélène s'aperçoit du départ de sa mère. Mais il est trop manifeste que Coluthus, là comme partout, n'a fait que copier, et que ce n'est pas à lui qu'il faut rapporter l'honneur d'avoir trouvé ces pathétiques accents. Cela vient de quelque poëme ou de quelque tragédie antique. Le rédacteur nouveau n'y est que pour les fausses notes qui y détonnent de temps en temps, et surtout sans doute pour les derniers traits, qu'il m'est diflicile d'attribuer à d'autres qu'à Coluthus : •« Ce ne sont pas les bois que j'accuse de mon malheur, et je ne crains pas davantage les eaux sacrées de l'Eurotas. Serait-il possible qu'elles fussent assez calmes pour te retenir submergée, sans te porter de temps en temps à la surface? Les fleuves ainsi que les mers sont peuplés de naïades; et ces naïades ne font point de mal aux femmes qui vont les visiter. »
La Prise d'Ilion par Tryphiodore, compatriote, dit-on, et contemporain de Coluthus et de Nonnus , est un peu plus longue que [* Enlèvement d'Hélène , et n'en est pas beaucoup meilleure.
flnlmiofl de SniTrae.
Le poème de Quintus de Smyrne, intitulé Reliefs d' Homère ^ ou les Posthomériques y est une sorte d'abrégé des épopées cycliques, divisé en quatorze chants. Il y a fort peu d'originalité de composition et de style dans ces récits, par lesquels Quintus a prétendu continuer VIliade. Mais, si le poète ignore l'art de former un tout de diverses parties, et de soutenir l'intérêt par des gradations habilement ménagées, il a de temps en temps des veines assez heureuses, et on sent que ses vers ont été inspirés quelquefois par de bons modèles. Sans doute Arctinus , Leschès et d'autres pourraient
TI90 GfiAPmtE U.
rerendiquer pour leur part prescfue tout ce qu'on est tenté d* admirer chez Quintus ; mais il y a quelque mérite littéraire à avoir su dioisir avec assez de goût parmi les inventions dont les poètes cycliques avaient rempli leurs épopées.
vnmée le i^nmmAliieM.
Le chef-d'œuvre épique de celte période, c'est le petit poème intitulé Hêro -et Lèamdrt^ de Musée le grammairien. Le récit de la catastrophe est simple €t touchant; le poème est assez bien conduit , et écrit en général avec une pureté de style et une naïveté de sentiment qui rappellent les'siècks de la belle poésie. Mais on y trouve aussi des traces d'affectation sophistique, et comme une marque manifeste des temps de la décadence. Ce n'est d'ailleurs qu'une bluette, puisque l'ouvrage entier n'a pas quatre caits vers; mais c'est une bluette jolie et ^acieuse.
VAnthologu eonrtient un certain nombre d'épîgrammes assez piquantes, dont les auteurs appartiennent à la période que nous sommes en droit de regarder comme la fin de la littérature grecque proprement dite. Le genre épigrammatiqoe est le seul où les Grecs n'aient pas cessé d'exceller, et même assez longtemps après Julien et Proclus. Ainsi Agathias, à la fin du vi* siècle^ composait encore de trèsspirituelles épigrammes, dont plusieurs comptent parmi les meilleures de X Anthoiogiô. Il n'était pourtant versificateur que par occasion, et c'est comme historien qu'il est plus ordinairement connu. Il avait formé un recueil d'épigrammes anciennes , qui a servi de base à e«ux de Cëphalas et de Planude ; et c'est en compilant ce recueil qu'il s'était avisé d'y introduire des morceaux de sa façon. En voici un que Lucien n'aurait pas désavoué peut-être, et qui terminera agréablement, je Fespère, cette interminable revue des dernières productions du génie païen ex]Mrani :
« Jie paysan Galligène, après avoir ensemencé aa terre,
dans la maison de l'astrologue Aristophane, et tu! deda : ■Ferai-je une bonnemoisson t recueillerai-je des ëpis grande abondance? ■ Celui-ci , ayant pris des jetons, lisposa sur sa tablette, puis il supputa sur ses doigls, t b Calligëne : ■ SI ton cbamp est suffisamment arrosé r la pluie; s'il ne produit pas des touffes de mauvaises rbes; si la geMe ne brise pas les sillons; si la grêle ne chire pas la pointe des gerbes naissantes; si le gibier dévaste pas tes guérets ; enfin si ta récolte n'éprouve aun autre désagrément, soit de l'air, soit de la terre, je le édis une bonne moisson, et lu couperas des épis magni- [ues; seulement, crains les sauterelles. •
)LE ANALYTIQUE DES MATIÈRES