ÉCOLE D' ATHÈNES
niuSy ei qu'il se souT-ienne un peu trop de son métier de maître de Thétoriqoe, la chalear de ses coitTictione , /la noblesse de ses sentiments, la haoteur de ses idées, impriment à son style cette gravité éloquente, cette «notion, ce je ne sais quoi qui fait estimer TécTiTain , parée que sons cet écri- Tain il y a un homme. Thémistius était né vers l'an 325, dans la Paphlagonie. Il prolongea sa yie jusqu'à la un du IV* siècle ; car on sait qu'il vivait encore sous Arcadiua. Il remplit à Gonstantinople des charges importantes; et ses vertus lui concilièrent Testime des chrétiens mêmes, comme celle des païens. Théodose n'hésita pas à le donner pour maître à son fils Arcadius. Cependant Thémistius resta toute sa vie un païen, ou plutôt un libre penseur. Sa réputation d'éloquence lui avait fait donner le snrnom d'Ëuphradès, ou de parleur distingué.
Nous possédons plusieurs ouvrages de Tiiémisbius. Ses commentaires sur quelques-uns des traités d'Aristote sont estimés, et méritent de l'être. Mais oe ne sont pas ces utiles travaux qui lui avaient valu son surnom. Ses discours ne sont quelquefois que des harangiies d'ifqparat, des ponégyriqnes d'empereurs, des pièees de chancellerie , et non pas des monuments littéraires. Mais la plupart roulent sur des objets d'une importance éternelle, et n'ont rien perdu, m6me aujourd'hui , de leur intérêt et de leur à-propos. Voyez, par exemple, avec quelle vigueur de bon sens et de raison il s'adresse k l'empereur Valons , pour lui reeommander la tolérance religieuse* : « Il est des bornes où expire le pouvoir de la force. Les décrets et les colères des irots sont forcés d'avouer la liberté des vertus, et, par-^ssus tout, du sentimeiit religieux. (hi<commande, on impose les opérations du corps; mais aux sentiments du cœur, aux actes et anx dispositions de la pensée appartiennent l'indépendance et la •souveraineté... Un despotisme insensé a déjà osé cette violence sar les hommes, et, méprisant leurs résistances^ a prétendu imposer à tous les opinions d'un seul ; mais il aboutit. à ceci, "qae tous, en face des supplices, dissimulaient leurs senti-
ments véritables, sans se convertir à sa doctrine... Ce qui est hypocrite ne saurait durer : or, une religion née de la crainte et non de la volonté , qu'est-ce autre chose qu'une hypocrisie ? Dieu a déposé Tidée de sa divinité au fond de toute âme, même de celle du barbare et du sauvage ; et cette idée est si souveraine en nous, que la violence ou la persuasion ne peut rien contre elle. Quant à la manière de l'exprimer, il Ta laissée à la volonté de Tbomme. £n appeler à la force contre la conscience , c'est donc entrer en guerre avec Dieu , puisqu'on essaye d'arracher aux hommes un pouvoir qu'ils tiennent de Dieu même... C'est la variété des opinions religieuses qui a nourri et développé la piété ; c'est elle qui l'entretiendra éternellement. Les coureurs, dans le stade, se dirigent tous vers le même juge; mais ceux-ci d'un côté, ceux-là d'un autre : de même , au terme de notre vie , il est un juge unique, souverain et juste ; mais différentes routes mènent à lui, routes tortueuses, droites, rudes, planes, qui toutes se réunissent au même lieu de repos. L'ardeur et l'émulation des athlètes s'éteindraient, sans cette multiplicité des chemins : intercepter ces mille sentiers, n'en laisser qu'un seul pour tous, ce serait étouffer le combat dans un étroit défilé. Enfin, s'il faut dire la vérité, l'accord de toutes les opinions, ce rêve des hommes ignorants, ne peut que déplaire à Dieu. Ne semble- t-il pas, en effet, interdire et condamner lui-même cette uniformité de culte? La nature, dit Heraclite, aime le mystère. Le père de la nature l'aime davantage encore. Ainsi, en se tenant loin de nos regards et hors de la portée de la science humaiile , ne nous déclaret-il pas assez qu'il ne demande pas à tous le même culte, mais qu'il veut que nous le méditions chacun par notre intelligence, et non par celle d'un autre?»
Thémistius a dirigé quelques-uns de ses discours contre ceux qui s'enorgueillissaient du nom de sophistes ; et il repousse énergiquement ce titre pour lui-même , comme une qualification infamante. On voit qu'il était en droit de se compter parmi les membres d'une famille plus noble que celle de Gorgias, et qu'il n'était pas complètement indigne de ce grand Platon dont il méditait assidûment les œuvres.